Le président de la République Kaïs Saïed a accordé, ce jeudi 30 janvier 2020, une interview spéciale, diffusée en direct, exclusivement par la chaîne Al Wataniya 1, pour revenir sur le bilan des cent premiers jours depuis son investiture, conformément à son engagement tenu lors du débat présidentiel.
Revenant sur « le deal du siècle », le président de la République a rappelé sa position par rapport à la normalisation avec l’entité sioniste, la qualifiant de « haute trahison ». « La normalisation est un terme qui n’existe pas », a-t-il dit.
Il ajoute avoir contesté la faiblesse du communiqué publié hier par le ministère des Affaires étrangères, soulignant qu’il a dû intervenir en personne pour rectifier la position officielle de la Tunisie. Le président de la République a considéré que la cause palestinienne est bien plus grande que les initiatives législatives.
Kaïs Saïed a abordé la loi relative à l’Etat d’urgence estimant que c’est une loi anticonstitutionnelle. « J\’ai décrété l\’état d\’urgence par obligation et il n’est appliqué que dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Dans ce contexte, j’ai proposé d’ajouter un paragraphe dans la loi antiterroriste pour en finir définitivement avec cette loi, sauf que cela ne peut avoir lieu qu’après une réunion du conseil des ministres ».
Le chef de l’Etat est revenu sur les défaillances constatées sur le plan de la communication de la présidence de la République. « Il est vrai qu’il y a eu certaines erreurs au niveau de la communication. Toutefois, ces erreurs ne sont pas aussi importantes que certains le prétendent et nous ferons en sorte de remédier à ces lacunes. Les remarques exagérées sont des tentatives vaines de déstabilisation, mais nous n’allons pas succomber à ces manœuvres ».
Kaïs Saïed a, également, tenu à expliquer certains points à l’instar du choix du directeur de l’institut des études stratégiques, assurant que le choix était réfléchi de nommer à sa tête une personnalité indépendante et neutre afin d’éviter de faire de cette institution une académie privée.
Revenant sur la visite du président turc Recep Tayyip Erdogan, le président de la République a indiqué que cette visite a fait couler beaucoup d’encre inutilement, soulignant que le président turc a été reçu comme tout autre dirigeant qui visitera la Tunisie dans le cadre de la préservation des relations d’amitié que le pays entretient.
D’autre part, Kaïs Saïed a assuré qu’il entretient de bonnes relations avec le chef du gouvernement actuel Youssef Chahed, précisant qu’il est indépendant et qu’il ne cherche les confrontations avec aucune partie et que son seul objectif est de garantir la continuité de l’Etat.
Le président de la République est également revenu sur son choix de désigner Elyes Fakhfakh à la Primature. Il a indiqué qu’il l’a désigné conformément aux dispositions de la Constitution et qu’il ne sera confirmé qu’après avoir obtenu la confiance de la majorité. « J’ai désigné Elyes Fakhfakh sans la moindre pression et dans le respect total de la Constitution ».
Dans un autre contexte, le chef de l’Etat a indiqué qu’il n’a fait aucune promesse durant sa campagne électorale. « J’ai parlé des mécanismes permettant de réaliser les rêves et les aspirations des jeunes et des Tunisiens. Aujourd’hui, j’ai un projet en cours d’étude concernant la création d’un grand centre hospitalier dans le gouvernorat de Kairouan, plus précisément à Reqqada. C’est un projet pilote et nous cherchons des financements. Nous avons des promesses dans ce sens et plusieurs parties ont exprimé leur disposition à financer ce projet sauf qu’elles exigent que les financements soient contrôlés directement par l’institution de la présidence de la République. Je veillerai à la vérification de la source de ces financements afin que ce ne soit pas une tentative de blanchiment d’argent ». Il a ajouté qu’il travaille en silence et qu’il a d’autres projets en cours d’étude.
D’autre part, il a assuré qu’il n’a aucune intention de créer un parti politique ajoutant qu’il poursuivra la même démarche. « Je n’ai pas changé et je ne suis pas revenu sur mes engagements envers les jeunes ».
Le chef de la Etat a tenu à préciser que lorsqu’il a parlé de complots lors de sa visite à Sidi Bouzid, il s’agissait des crises fabriquées pour détourner l’attention de l’opinion publique et semer la confusion et la zizanie. « Les forces de l’ordre feront face à toutes ces tentatives. Les Tunisiens doivent être rassurés parce qu’il y a un Etat qui les protège ».
D’autre part, il a indiqué qu’il est contre l’exclusion, soulignant que le mode du scrutin actuel est responsable de la dispersion du paysage politique. Dans ce sens, il a considéré que le vote basé sur un programme peut s’avérer plus judicieux que le vote pour des listes, un mode qui a déjà démontré ses limites.
Concernant le dossier des martyrs et des blessés de la révolution, Kaïs Saïed a indiqué : « les martyrs meurent encore. Il est nécessaire de classer ce dossier une fois pour toutes en se basant sur le rapport élaboré en 2011, tout en lui apportant certaines modifications ».
Le président de la République a indiqué que le dossier de l’appareil secret du mouvement Ennahdha n’est pas du ressort du conseil de sécurité national. « Ce dossier est entre les mains de la justice. Je ne veux pas m’immiscer et j’évite les calculs politiques étroits ».
D’autre part, Kaïs Saïed a affirmé que le blocage et le retard enregistrés dans la formation du gouvernement l’ont empêché de se rendre plus tôt en Algérie, outre l’annulation de sa participation au Forum économique de Davos. Dans ce contexte, il a ajouté que les représentations diplomatiques de la Tunisie seront mises en place également après l’installation du prochain gouvernement.
Toutefois, il a considéré qu’il était nécessaire de rattacher le département de l’Investissement et de la Coopération internationale au ministère des Affaires étrangères pour plus d’efficacité et d’harmonie du rendement et de la performance de la diplomatie tunisienne.
Au final Kaïs Saïed a assuré qu’il reste fidèle à ses habitudes et déteste la vie des palais. « Je ne connais que quelques salles du palais de Carthage. Je peux déménager près de Carthage, mais je suis fidèle et je veux rester dans mon quartier ». Il a ajouté qu’il n’a pas peur de prendre l’avion et qu’il a déjà voyagé pour donner des conférences dans le cadre de son métier d’enseignant.
Le chef d’Etat s’est indigné des critiques à propos des enfants des terroristes qu’il a reçus au palais de Carthage. « C’est des enfants innocents et les efforts déployés pour leur rapatriement sont énormes. J’ai déjà décoré un enfant des sécuritaires décédés. Mais, on ne se rappelle que de ce que l’on veut et on oublie le reste ».
Sarra Hlaoui










