Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Le Parlement des singes

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

     

     

    Un célèbre dicton tunisien dit en substance que c’est les plus vides qui font le plus de bruit. A la manière d’un bidon sur lequel on taperait avec un bâton, plus le bidon est vide, plus l’écho sera fort. Et on en a entendu des bidons résonner à l’Assemblée hier.

    Les stars étaient Abir Moussi du PDL, les élus intégristes d’Al Karama et certains élus d\’Ennahdha. Une journée à l’Assemblée gâchée par des élus qui n’ont rien d’autre à proposer que leurs querelles de bas étage. Aucune réforme, aucune avancée, aucun progrès n’a été fait hier pour l’intérêt du peuple tunisien qui les a placés là-bas. Voyant qu’il y a des caméras, certains élus se transforment en starlettes dans un casting. C’est sur-joué, c’est moche, c’est bas et ça ne recule devant rien pour attirer l’attention. La célèbre toile du « Parlement des singes » faite par Banksy n’a jamais été aussi d’actualité.

    A ce stade, il faut dissiper un malentendu qui est en train de s’installer de plus en plus sûrement. Ce que font ces personnes sous la coupole du Bardo, le bruit qu’elles engendrent, leurs participations par la suite à des plateaux de télévision, ce n’est pas de la politique. La politique telle que l’ont imaginée les Grecs anciens ou telle que l’a pratiquée Nelson Mandela ou Winston Churchill n’a absolument rien à voir avec le spectacle désolant qui nous est offert en Tunisie. La politique est une chose bien trop noble et bien trop importante pour l’associer aux vociférations stériles d’une bande d’incapables qu’un destin bien sournois a placé au Bardo. La régence des affaires de la cité pour l’intérêt général n’a aucun lien avec les crises d’égo des politicards du dimanche. Malheureusement, quelques hommes et femmes politiques sincères et travailleurs se retrouvent dans le même sac que les accidents du cheminement démocratique tunisien. Ils en payent le prix et se trouvent décriés de la même manière, pour leur plus grand malheur.

    Pour notre plus grand malheur en tant que peuple, nous trouvons notre destin lié aux décisions des hystériques et des intégristes. Nous avons aussi eu le tort de croire en des mensonges et de s’être faits avoir par des discours grandiloquents. Certains ont vraiment cru aux mythes sur les richesses du pays volées par des puissances étrangères, d’autres ont cru à l’avènement d’une ère bourguibiste et sans islamistes sous l’égide de Abir Moussi. Tous sont tombés dans les mêmes panneaux. Ils s’en rendront compte progressivement, et chacun d’entre eux prendra le temps nécessaire pour constater à quel point il a été pris pour un pigeon. Mais le pire, c’est que ces mouvements continueront à recruter du monde parce que leur verve plait et va à merveille à l’ignorance que nous partageons tous. Le populisme, quand il n’est contré par aucune conscience, a de beaux jours devant lui et pourra profiter du terreau d’ignorance et de bêtise que nous préparons.

    Pour faire de la politique, la vraie politique, il faut tout d’abord une connaissance profonde de l’Histoire. Cela évite aux vrais politiciens de commettre les erreurs du passé et cela leur permet de comprendre les équilibres actuels et leur provenance. Une lecture, même rapide, de l’Histoire montrerait à certains qu’il n’y a jamais eu une Tunisie sans islamistes. Tantôt en position de force, tantôt persécutés par le régime, mais ils ont toujours existé et il est utopique de prétendre les éliminer de toutes les sphères de notre société. Une lecture superficielle de l’Histoire montrerait à Mohamed Affes et ses acolytes que le discours intégriste n’a jamais pris en Tunisie et qu’il est refusé instinctivement par le pays des imams qui ont cloué le bec aux wahhabites. Ils comprendraient que parler d’apostasie ou des fatwas ne marche pas en Tunisie. Mais cela n’intéresse pas nos petites starlettes en herbe. Ce qui les intéresse c’est d’exister, c’est d’être là sur la scène. Ils n\’hésiteront devant aucune aberration pour atteindre cet objectif et seront prêts à toutes les acrobaties pour amuser la galerie et pour donner au « peuple » ce qu’il demande. C’est exactement la même mécanique des émissions de racolage à la télévision, qui ne reculent devant aucune atrocité pour garder leur audimat.

    Ce simple constat montre déjà le fossé qui sépare certains des élus de l’ARP de la pratique réelle et noble de la politique. Inutile de l’approfondir en parlant de valeurs humaines, du déni de soi nécessaire pour se mettre au service de la communauté, de l’intégrité ou du courage. Nous sommes loin d’être sortis de l’auberge avec ces politiciens. Le spectacle, l’absurde comédie offerte aujourd’hui par Abir Moussi et ses élus en est une illustration de plus.

     

     

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *