La proposition des mesures exceptionnelles soumise et votée aujourd’hui à l’Assemblée des représentants du peuple est curieuse et relève, une nouvelle fois, soit du grand esprit démocratique de Rached Ghannouchi, soit de son machiavélisme. D’aucuns diront que c’est plutôt son machiavélisme.
Le dernier discours d’Elyes Fakhfakh a insisté sur l’urgence de l’heure et la nécessité de légiférer par ordonnance, conformément à l’article 70 de la Constitution et ce afin d’éviter les longues et chronophages procédures de l’assemblée. Pour ce faire, il doit obtenir l’aval de 131 députés. Ceux d’Ennahdha sont, dans ce cas, quasi incontournables. Réuni hier, le parti a donné son aval pour voter cet article donnant les pleins pouvoirs à Elyes Fakhfakh pour lutter contre le coronavirus (covid-19).
Elyes Fakhfakh a soumis hier son projet de loi et, en dépit de son aspect fort inquiétant, n’a pas suscité beaucoup de remous dans les partis, y compris le bureau exécutif d’Ennahdha.
Jeudi 26 mars 2020, surprise, Rached Ghannouchi président de l’assemblée et d’Ennahdha, soumet aux députés un texte autorisant des mesures exceptionnelles, non limitées dans le temps, permettant à l’assemblée de voter les lois relatives au coronavirus dans des délais records et même à distance.
Ces mesures de l’assemblée, maintenant votées, rendent caduque la proposition de loi du gouvernement. Soit, on a besoin de gouverner par ordonnance, auquel cas on n’a plus besoin des mesures exceptionnelles de l’assemblée ; soit on a les mesures exceptionnelles de l’assemblée, auquel car on n’a plus besoin de loi pour gouverner par ordonnance.
Samia Abbou a vu le stratagème de Rached Ghannouchi et a crié au scandale ce matin à l’assemblée. Personne ne lui a répondu et pour cause. Mme Abbou ne défend aucunement un principe démocratique, mais plutôt son époux de ministre, principal acteur et rédacteur du projet de loi soumis hier par le gouvernement. Il est en effet évident que la gouvernance par ordonnance est un acte totalement anti-démocratique.
Sachant qu’il est très difficile de croire que Rached Ghannouchi défend la démocratie, sachant que la proposition de loi d’Elyes Fakhfakh est remplie de pièges et soulève plus d’interrogations sur ses intentions que de solutions réelles à la résolution de la crise, il est évident que l’on se dirige à une grande vitesse vers une crise politique entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif.
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N.B.
Crédit photo : Ons Abid pour Jeune Afrique










