D’habitude, dans les moments de crises, les gens puisent au fond de leurs êtres pour trouver une force de résilience insoupçonnée, une capacité de se transcender, de donner le meilleur d’eux-mêmes. C’est l’instinct de survie qui a permis à l’humanité de survivre à toutes les catastrophes, tous les fléaux et toutes les guerres. En effet, en temps de crise, la zone grise, là où la masse silencieuse composée pour l’essentiel d’âmes fragiles et insignifiantes, qui a pris l’habitude de se confiner pour préserver un soupçon de confort, s’amenuise. En temps de crise, il ne reste que deux pôles. L’un est composé par les braves qui portent une âme de gladiateurs et de héros. Ce sont ces médecins, infirmiers, personnel médical, mais aussi ces policiers, douaniers, militaires, agents municipaux et ces centaines de milliers de personnes anonymes qui continuent de travailler tous les jours pour que dix autres millions de Tunisiens ne manquent de rien ou presque. L’autre pôle tout aussi réel et inévitable, est composé par ce que nous avons de pire dans notre société. Il est composé par un contingent de racailles qui ont toujours vécu avec nous et qui guettent le moindre disfonctionnement pour s’engouffrer dans les plaies de notre société et sucer notre sang. Ce sont ces spéculateurs, ces contrebandiers, mais aussi nombre de nos politiques et nos médias. Ceux-là, même en temps de pandémie, ne peuvent être meilleurs que ce qu’ils sont réellement : moches et méchants.
Dans les villes, dans les quartiers, mais surtout dans les villages de l’intérieur du pays, la semoule et la farine sont devenues des denrées rares vendues sous le manteau, à des prix exorbitants, dépassant de loin leurs prix réels fixés par l’Etat. Les quantités mises sur le marché sont suffisantes, assurent les autorités. Mais les spéculateurs en ont décidé autrement plongeant le pays dans un état de panique et détresse extrême. Ces spéculateurs ne sont pas toujours ceux qu’on croit. On les trouve dans toutes les franges de la société. A côté des grossistes en alimentation et des épiciers véreux, il y a aussi des imams et des représentants de l’autorité locale. Même si les services de contrôle, les forces de l’ordre et les magistrats se démènent pour endiguer ce fléau et faire face à ces criminels, ce qui encourage ces vampires des temps modernes, c’est la faiblesse des sanctions prévues par la loi. Une proposition d’amendement de la loi sur la spéculation, avec des peines plus lourdes, est d’ailleurs en cours de préparation croit-on savoir.
Du côté de nombre de nos politiques, le tableau n’est guère plus reluisant. Dans ce moment de guerre contre la pandémie, ils affichent un esprit déserteur, donnant la priorité absolue à leurs intérêts personnels et aux petits calculs partisans ou sectaires. La plénière de l’ARP consacrée à la discussion avec le gouvernement la semaine dernière a donné un tableau assez fidèle de la modicité et de la mauvaise qualité de beaucoup de ceux qui étaient censés nous représenter. L’un d’eux, salafiste notoire qui n’a jamais condamné la violence, ne s’est pas gêné d’exhiber son pantalon lacéré dans une rixe. Il a sûrement jugé que son cas est plus important et plus urgent que l’épidémie qui menace la vie de milliers de ses concitoyens. Mais peut-il agir autrement quand son chef de groupe se permet d’agir comme un vulgaire raquetteur et pose des conditions incongrues au gouvernement en échange de son vote en faveur de la délégation de certains pouvoirs législatifs au chef du gouvernement.
Certains ministres ne sont pas en reste et ils gagneraient à montrer plus de solidarité gouvernementale, à mettre entre parenthèse leur campagne électorale permanente et à éviter les déclarations qui divisent et qui ne rassemblent pas les Tunisiens.
Quant au chef de l’Etat, ses bourdes commencent à agacer. Essayer de nous faire croire que le don chinois en équipements médicaux est le fruit de ses relations et de ses interventions est très indélicat de sa part. Son appel aux Tunisiens, dans les circonstances actuelles, de faire des dons en faveur du peuple palestinien, l’est autant sinon plus et dénote d’un esprit populiste de plus en plus criard chez lui.
Mais la palme de la racaille de la semaine revient à l’émission de la chaine Attessia qui s’est voulue être d’actualité mais qui n’a confirmé au final que tout le mal qu’on pense de la programmation de cette chaine. Au cours de cette émission, tout était de travers. De l’angle de traitement du sujet, aux intervenants dont plusieurs n’avaient aucune raison d’être présents dans ce plateau, jusqu’à la journaliste qui n’aurait jamais du exercer cette profession qui nécessite beaucoup d’abnégation de soi et de compassion avec les gens. Quant à l’animateur, pour avoir eu le cran, après tout ce qui s’est passé de se soucier de l’audimat, il a donné la preuve qu’il est un pilier et un ténor de la télé poubelle.










