La Tunisie s’est transformée en lazaret, le monde, la planète, l’individu et même son Moi profond sont un lazaret grandeur nature, pris au piège d’une machine infernale qui se présente sous les traits d’un microscopique agent pathogène. Quelle palpitante époque ! Palpitante en ce qu’elle fasse ressurgir cette peur viscérale et ancestrale de la maladie et de la mort. Celui qui s’est intéressé de près à l’histoire des pandémies mondiales se rendra compte que l’humain aura beau avoir évolué, la réaction reste la même. Notre Peste noire à nous, on lui a donné des appellations savantes, Covid, SARS-CoV-2, nouveau virus couronné. C’est la star incontestable du moment et ce n’est pas près de passer, pas avant au moins un an. Alors, ceux qui se disent que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles dès que le déconfinement sera acté, qu’ils redescendent rapidement sur terre sinon la chute n’en sera que plus abrupte.
Oppressante ambiance. On attend la suite des événements dans l’incertitude. Sera-t-on épargnés par la vague meurtrière, ou celle-ci déferlera sur nous lorsqu’on ne s’y attendait plus ou peu ? Nos gouvernants ne le savent pas. Ils restent dans le vague, eux. Le manque de tests de dépistages peut s’avérer traitre. On attend donc patiemment et psychotiquement cette fameuse déferlante, ce pic pandémique, sur le son déchiré, non pas d’un accordéon en transe, mais d’un muezzine qui chiale dans le haut-parleur de la mosquée du coin, demandant grâce au Seigneur Dieu. Histoire de bien se positionner dans la lignée des pandémies du Moyen-Age.
Restez chez vous ! Ce slogan qu’on nous martèle indéfiniment, perd son exotisme, se perd dans les méandres des jours qui s’égrènent dans l’hébétude. Mais que dis-je ? En Tunisie, nous avons des rebelles qui n’en ont cure de toute cette histoire de virus et de gens qui s’enferment volontairement chez eux. Nous avons même inventé un nouveau genre de contrebandiers. Ceux qui, pour la modique somme de 20dt, te font sortir clandestinement des zones déclarées foyer de contamination et si le contrôle se resserre te demandent d’abouler 50 à 100dt. Une partie de ce « réseau » vient d’être démantelée et sans grande surprise, il y a des sécuritaires dans le lot!
En période de guerre on doit faire montre d’unité et de responsabilité. Les dépassements des citoyens sont un fait indéniable et condamnable. Une bataille ne se gagne que grâce à l’engagement de tous. « Tous pour un, un pour tous », comme diraient certains mousquetaires. Pour paraphraser Rousseau dans son Contrat social, on peut avoir une volonté particulière, contraire ou dissemblable à la volonté générale, mais on peut aussi apprendre à se combattre, à se vaincre, à sacrifier son intérêt.
Mater les rebelles et les inconscients ne devrait non plus nous transformer en société disciplinaire où les dérives sécuritaires sont applaudies pour l’intérêt général. Dans un quartier du centre-ville de Tunis, démonstration de force tous les jours, déploiement à partir de midi (un couvre-feu qui ne dit pas son nom) pour terroriser les petits commerces alimentaires et les quelques personnes faisant leurs courses. On hurle, on agresse verbalement et physiquement, on terrorise. Très bien, on applaudit. Ils ne font que leur travail pour éviter qu’on ne meure tous, s’époumone la bien-pensence bien calée dans son conformisme. Sauf que dans les rues adjacentes, les petits commerces qui font amis-amis avec certains sécuritaires ne tombent pas le rideau, les gens qui aboulent le fric ne sont pas agressés etc.
Comme le souligne Foucault, la quarantaine est l’occasion d’un « rêve de pénétration du règlement jusque dans les plus fins détails de l’existence ».










