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Refus de signature ou mise à mort de l’éthique ?

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    Finalement, la Tunisie n’aura pas son pacte de stabilité et de solidarité. Le mouvement Ennahdha a annoncé au dernier moment, son refus de signer ce pacte et le chef de gouvernement a été contraint d’annoncer, le report sine die de la cérémonie de signature de ce document. Il était pourtant censé symboliser l’engagement éthique et solennel des partis de la coalition gouvernementale en faveur d’une meilleure coopération et d’une cohabitation plus cordiale entre eux. Le choix des lieux qui allaient abriter la cérémonie de signature était lui aussi symbolique : Beit Al Hikma. La tournure prise par les événements a montré malheureusement que ce qui manque le plus au paysage politique tunisien, c’est précisément la sagesse ou, comme disent les anciens, Al Hikma.

    Il est évident que la position du mouvement Ennahdha et sa volte-face vendredi est une réaction au déroulement de la séance tenue au siège de l’ARP deux jours plus tôt. Cette plénière avait discuté et voté une motion présentée par le bloc parlementaire du parti destourien libre sur la situation en Libye et le refus de la Tunisie de s’engager en faveur de l’un des deux belligérants dans le conflit libyen. Le résultat du vote, même s’il n’a pas permis à la motion de passer, a mis les islamistes et leurs acolytes dans un coin et montré leur poids au sein du parlement. Un poids qui leur permet au plus, d’avoir le tiers bloquant au besoin au sein du parlement,  mais aucunement une majorité absolue des voix. Le deuxième point de cette plénière était consacré à la discussion de la question épineuse de la diplomatie parlementaire qui a viré très vite, comme c’était attendu, à une mise en accusation du président du parlement et du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, accusé d’outrepasser ses prérogatives et d’engager tout le pays sur des positions non concertées qui sont en définitive des positions défendues par les seuls islamistes et leurs appendices. Jamais les islamistes n’ont vu leur chef aussi critiqué, malmené, maltraité ; et jamais ils ne se sont sentis aussi esseulés et isolés au sein du parlement et probablement aussi au sein de la société tunisienne.

    Cette volte-face du mouvement Ennahdha était pourtant attendue. L’invocation de la plénière du 3 juin dernier n’est qu’un alibi. En effet, les islamistes avaient boycotté les réunions de négociation qui ont précédé la cérémonie de signature. Ils avaient envoyé leurs remarques par écrit ce qui a provoqué un premier report de la signature du pacte de la stabilité et de la solidarité, quelques jours avant les fêtes de l’Aïd. Ennahdha voulait profiter de la discussion de ce pacte, pour imposer à ses autres partenaires de la coalition gouvernementale et au chef du gouvernement lui-même, l’idée d’élargissement de la coalition à d’autres partis politiques notamment le parti Qalb Tounes.

    L’autre alibi invoqué par les islamistes pour refuser de signer le pacte est tout aussi fallacieux. Dire que le mouvement Ennahdha n’accepte pas qu’un parti membre de la coalition gouvernementale, le Mouvement Echâab en l’occurrence, soit l’un des animateurs de la fronde contre leur chef à la tête du parlement, relève d’un double langage manifeste. Les islamistes étaient les premiers à appeler à dissocier le processus parlementaire du processus gouvernemental et ont refusé toute négociation concernant le gouvernement avant l’élection de Rached Ghannouchi à la tête de l’ARP. C’était juste après les dernières élections législatives et les islamistes ne pensaient pas que cet argument allait se retourner contre eux.

    Aujourd’hui, la Tunisie n’aura pas un pacte éthique qui balise les rapports entre les composantes de la coalition gouvernementale et ce n’est pas plus mal. L’éthique ne doit pas être l’objet de négociations ou de tractations. C’est un code et un ensemble de règles auxquels on adhère par un simple engagement personnel sans aucune contrainte ou obligation. En plus la non-signature de ce document fera au pays l’économie d’un nouveau mensonge.

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