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Compétences indépendantes : histoire d’un mythe

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    Chaque fois qu’il y a blocage, chaque fois que l’on ne s’en sort plus, il y a toujours quelqu’un pour sortir de son chapeau la phrase magique : il faut confier le gouvernement à des compétences indépendantes. Une expression facile qui sonne comme une solution mais qui est vide de sens, ou plutôt qui est un fourre-tout.

    L’enthousiasme qui a accompagné l’annonce de Hichem Mechichi de vouloir former un gouvernement de compétences indépendantes révèle, par ailleurs, une profonde ignorance du fonctionnement de l’administration tunisienne. Un ancien ministre issu du monde de la Tech et chargé de l’emploi à un certain moment nous confiait, amer, que la seule compétence requise dans l’administration tunisienne était la longévité. Pour rester à son poste, pour être promu, pour devenir une « compétence » et un « fin connaisseur des rouages de l’Etat », il faut juste durer. Est-ce le signe d’une compétence quelconque ou le gage d’une certaine efficacité dans les postes de responsabilité ?

     

    Puisqu’on parle d’emploi, il serait inconcevable de ne pas évoquer l’incompétence d’un certain Fathi Belhaj à ce ministère avec le limogeage gratuit et bête de Youssef Fennira de l’Aneti. Un ministre sortant, qui n’a rien prouvé au cours de son court passage, se permet de limoger le directeur général d’une agence importante, sans aucune raison. Il est vrai que M. Belhaj, comme d’autres, est novice en politique, pour rester gentil. Donc, il s’est fait bouffer à la tête de son ministère et il a été entouré par des vautours qui l’ont monté contre le jeune Fennira. C’est dire que quand on est incompétent, il importe peu que l’on vienne d’une administration ou d’un parti archaïque. L’incompétence ça ne se répare pas. Prenons également le temps d’apprécier à sa juste valeur le message que cela envoie aux jeunes qui voudraient servir un jour leur pays en travaillant pour l’Etat. Je n’utiliserai pas le discours nauséabond du ministre qui rend un service à la Tunisie en refusant des offres mirobolantes de l’étranger et qui nous fait l’aumône de nous gouverner. Toutefois, il faut être conscient que l’incompétence doublée de mauvaise foi fait fuir les vraies compétences.

    L’administration est un endroit bizarre où l’on trouve les meilleurs et les plus mauvais, souvent dans les mêmes bureaux. Pour être clair, les ronds de cuir qui pullulent dans les différentes administrations du pays, les corrompus et les voleurs qui en font partie, ont une grande responsabilité dans la situation actuelle du pays. Il est vrai que la situation politique n’aide pas, et que ce n’est pas avec des ministres de la trempe de Fathi Belhaj qu’on avancera. Mais tout de même, l’administration a aussi sa part de responsabilité. L’incompétence des politiciens n’explique pas certaines nominations et promotions bizarres au ministère de l’Agriculture par exemple. Elle n’explique pas ce qui se passe depuis hier avec la mutation de Béchir Akremi, même s’il s’agit là d’un autre type d’administration.

     

    Le gouvernement de compétences indépendantes est une sorte de monstre du Loch Ness politique. On brandit cette expression comme la réponse ultime et on en profite pour titiller le besoin naïf et infantile du Tunisien de trouver un sauveur et un homme (ou femme) providentiel. « Les compétences sont là, elles vont tout résoudre ». Mais il n’en est rien évidemment. Ou du moins, pour être optimiste, ça ne suffira pas. Quand on parle de compétence, il serait utile de déterminer par rapport à quel repère. Hichem Mechichi lui-même, a-t-il été sélectionné pour conduire cette période délicate pour sa compétence ? Si oui, laquelle au juste ? Pareil pour la fameuse indépendance. Indépendance par rapport à quoi ? Le fait de ne pas posséder de carte d’adhésion à tel ou tel parti politique suffit-il pour prouver cette indépendance ? Les expériences passées ont montré que cela était ridicule, et que certains indépendants défendaient mieux les intérêts de certains partis que leurs propres adhérents. Donc, à supposer que ce soit un avantage, comment prouver l’indépendance d’une personne appelée à être ministre ?

    On pourrait multiplier les interrogations par rapport à ces deux critères, compétence et indépendance, mais comme le disait l’ancien roi du Maroc, Hassan II, il ne faut pas perdre son temps à avancer des arguments de bonne foi face à des gens de mauvaise foi. Le but véritable de cette manœuvre est d’écarter les partis du pouvoir et de les mettre au pied du mur. Le tout se fait en dressant un antagonisme pervers entre politique et compétence, comme si un politicien ne pouvait être compétent, ou un compétent ne pouvait être politisé.

     

    Par ailleurs, il semble y avoir un problème de mémoire, ou plutôt une volonté d’oublier que cette supercherie de compétences indépendantes ne saurait durer. La plupart des ministres qui sont arrivés en poste avec cette casquette se sont par la suite découverts des ambitions politiques. Des gens comme Mabrouk Korchid, Yassine Brahim, Said Aïdi ou Mehdi Jomâa, avaient été nommés en tant que compétences indépendantes. Ils sont ensuite devenus des leaders politiques, avec les carrières que l’on connait…

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