La classe de la tenue de la Première dame a fait de l’ombre aujourd’hui au discours de Kaïs Saïed prononcé à l’occasion de la fête de la femme. Habituellement très discrète, la juge Ichraf Chebil a fait une apparition très remarquée aujourd’hui, jeudi 13 août 2020, assise au premier rang lors de la cérémonie de célébration de la fête nationale de la femme.
La « grande classe de sa tenue couleur bleu roi » et celle de « son brushing parfait » ont beaucoup fait réagir sur la toile. A tel point que les internautes ont plus commenté les photos de la Première dame que le contenu des propos – pourtant très attendus – du discours présidentiel.

Alors qu’il avait commencé son discours en affirmant que « l’Etat n’a pas de religion » et en critiquant l’article premier de la Constitution, Kaïs Saïed s’est ouvertement dressé contre la tant convoitée égalité dans l’héritage, affirmant que « le texte coranique est clair à ce sujet et n’est pas sujet à interprétation ».
Kaïs Saïed a, en effet, préféré parler d’« équité » plutôt que d’« égalité » déclarant dans ce sens : « Nous devons d’abord instaurer une égalité entre les femmes et les hommes concernant les droits économiques et sociaux avant de parler d’héritage. Le Coran est clair à ce sujet et n’accepte pas d’interprétation. Le système de l’héritage en islam n’est pas basé sur l’égalité théorique mais est fondé sur la justice et l\’équité. L\’égalité dans la pensée libérale est l\’égalité formelle qui n\’est pas fondée sur la justice comme elle veut bien paraitre, de sorte que l\’égalité n\’est appréciée que par ceux qui sont financièrement capables d’en profiter ».
Aujourd’hui, de très nombreuses femmes tunisiennes – et même des hommes – attendaient la position de Kaïs Saïed, élu à 72% des voix, sur cette question qui a tant divisé avant lui. Feu Béji Caïed Essebsi s’était, de son vivant, clairement prononcé en faveur de l’égalité de l’héritage qu’il a tant défendue.
Lors du dernier discours prononcé à l’occasion de la fête de la femme, au palais de Carthage, le 13 août 2018, BCE avait déclaré : « L’égalité de l’héritage est l’un des points les plus marquants du rapport élaboré par la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe). Cela dit, je n’ai pas un pouvoir décisionnel, ce point sera, donc, soumis au Parlement sous forme d’un projet de loi, et on laissera le choix à l’héritière de renoncer au principe de l’égalité, si elle a un référentiel religieux. Notre volonté étant de rassembler le peuple et non de le diviser ».
Aujourd’hui, le débat semble être ailleurs et la question ne déchaîne plus autant les passions. Elle a même été largement supplantée par l’apparition de la Première dame, la couleur de sa robe bleue signée Olfa Turki et la discrétion de son eyeliner et de son rouge à lèvres. L’ironie veut que l’on célèbre la fête de la femme sans nouveaux acquis mais avec un énième cliché sexiste…
S.T










