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Il ne faut pas compter sur Kaïs Saïed

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    « Celui qui commet un crime odieux – on ôtant la vie ou pire – mérite la peine de mort » a déclaré Kaïs Saïed hier lors de la réunion du conseil de sécurité intérieure. Quelques jours seulement après une série d’assassinats odieux qui ont secoué l’opinion publique, le chef de l’Etat se prononce en faveur de la peine de mort. Il déclare même que l’auteur de l’assassinat de Rahma « serait » un récidiviste qui a bénéficié d’une grâce, lui qui a déjà gracié, depuis qu’il est en exercice, plus de 6000 détenus.

     

    Un conseil de la sécurité pourtant consacré à la pandémie, que le chef de l’Etat préfère détourner en évoquant, en premier, la situation sécuritaire, et en adoptant la colère populaire pour la faire sienne.

    Est-ce la réaction d’un chef d’Etat, que de réagir à chaud et de répéter, dans le palais de Carthage, ce que la gronde citoyenne clame sous le choc ? La peine de mort n’est-elle pas un sujet plus sérieux et plus grave qui mériterait plus que trois minutes enflammées dans un conseil de sécurité consacré à la Covid ?

     

    « Il parait que le criminel est un récidiviste gracié », déclare le chef de l’Etat, seule autorité responsable des grâces présidentielles. « Il existe des réseaux organisés, qui se tiennent derrière certains actes criminels dans le but de semer le chaos et la peur dans la société tunisienne. Il faut leur faire face ! », déclare le chef de l’exécutif. Sidérant, croyez-vous ?

    Pas tant que ça, puisque le même homme est un multirécidiviste des discours tenus à chaud et dépourvus de toute substance. Des discours dans lesquels il ne fait que donner sa propre opinion personnelle.

    N’est-ce pas lui qui avait déclaré, lors d’un précédent conseil de la sécurité, qu’il « existe des tentatives de faire exploser l’Etat » et que « le danger nous guette » ?

    N’est-ce pas lui qui avait déclaré que l’amendement de l’article 45 du règlement intérieur du Parlement était « une maladie constitutionnelle, plus grave que la pandémie Covid-19 » ?

    N’est-ce pas lui qui a déclaré que « l’Etat n’a pas de religion » mais que « le Coran est clair au sujet de l’égalité dans l’héritage et qu’il n’accepte aucune interprétation » ?

    N’est-ce pas lui qui avait déclaré, hier même, que « la société n’attendra pas le verdict de la justice pour ceux qui ont été, déjà, condamnés par l’Histoire » et que « la condamnation de l’Histoire est, dans tous les cas, plus forte que celle de la justice » ? Lui, le constitutionnaliste maitrisant les délicatesses de la justice et ne devant, en aucun cas, la remettre en doute dans l’enceinte du palais présidentiel.

     

    Que faut-il comprendre de tout cela ? Tout simplement que le chef de l’Etat se permet de donner son avis – rien de plus que sa propre opinion personnelle – sur tout ce qui affole et anime l’opinion publique. La situation sécuritaire, les nominations au sein de la Kasbah, les tiraillements politiques, le règlement intérieur du Parlement, l’argent des campagnes électorales… Est-ce de son ressort ? Il semble lui-même s’en contrebalancer.

     

    Mais qu’attendre d’un président de la République qui, au moment de se présenter, a clairement affirmé qu’il n’avait aucun programme et qu’il ne fera que « réaliser les aspirations du peuple ». Il semblerait que Kaïs Saïed est resté bloqué dans cette optique là. Celle d’un candidat qui est là pour donner raison au peuple, et non d’un président qui unit les Tunisiens et qui gouverne en suivant une ligne de route claire. C’est pourtant tout ce dont le pays a besoin à l’heure actuelle.

     

    La peine de mort est un sujet bien trop sensible pour l’aborder alors que nos blessures sont encore béantes. Si les crimes odieux nous font craindre le pire pour notre propre sécurité, ils nous font perdre de vue l’essentiel.

    Qu’est-ce au juste cet essentiel ? C’est, avant tout et surtout, le modèle de société dans lequel nous avons envie de vivre et de faire grandir nos enfants et les générations à venir. Voudrions-nous leur offrir une société dans laquelle on répond au mal par le mal, dans laquelle la vie humaine n’aura plus aucune valeur ? Une société dans laquelle, on ne s’attarde pas sur les fonds des problèmes et dans laquelle on préfère anesthésier le mal au lieu de le traiter ?

    Est-ce que la peine de mort, dans les pays où elle est encore en vigueur, a permis de faire baisser les crimes les plus odieux ? Les études prouvent indéniablement que non. La peine de mort ne sert qu’à apaiser une colère – ô combien grande – de familles endeuillées et d’une société meurtrie dans sa chair. Anesthésier le mal jusqu’à ce qu’un autre crime odieux vienne frapper de plein fouet une société qui ne fait rien pour soigner ses enfants malades. Où la justice remet en liberté des criminels multirécidivistes, et où les tribunaux populaires priment sur les droits humains les plus élémentaires.

     

    Que fait Kaïs Saïed à cette société ? Ne devrait-il pas tracer la route au lieu d’épouser la colère populaire aléatoire et hasardeuse ?

    Alors que nombreux citoyens attendaient, comme un sauveur, cet outsider de la scène politique, il ne leur offre aujourd’hui que le miroir de leurs contradictions et de leur haine la plus viscérale. Egalité dans l’héritage, tensions politiques et peine de mort, à chaque occasion, Kaïs Saïed fait comprendre qu’il ne faut pas compter sur lui pour se comporter comme un chef d’Etat mais comme un simple miroir de tous les travers du peuple….

     

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