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Un hôpital pour les juges – Hichem Mechichi attise la colère de la toile

Lundi 16 novembre 2020, les juges tunisiens ont crié leur colère face à ce qu’ils ont qualifié de « désintérêt total » de l’Etat à l’égard de leur situation sociale et financière « difficile », du fait de la pandémie Covid-19. Leur grève se poursuit, d’ailleurs, jusqu’au mercredi 25 novembre, en dépit des mesures que le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, a annoncées en leur faveur afin de satisfaire leurs revendications sociales. Des mesures qui, à priori, n’ont plu ni aux concernés ni au commun des citoyens tunisiens. 

En effet, pour remédier à la situation, le locataire de la Kasbah a ordonné – dans la précipitation – la construction d’un hôpital dédié aux magistrats et leurs familles, la désinfection des tribunaux, ainsi que l’amendement des règlementations régissant le secteur. Plus tôt dans cette soirée du vendredi 20 novembre 2020, les juges avaient annoncé la prolongation de leur grève pour cinq jours supplémentaires. 

Faisant le rapprochement entre cette décision et l’existence d’un hôpital militaire dédié au corps de l’armée, certains ont vu, dans ces mesures, un traitement de faveur accordé à une partie de l’élite tunisienne alors que, d’abord, les citoyens n’ont droit qu’à des établissements de santé en piteux état, et qu’en plus l’Etat ne dispose même pas de moyens pour se procurer des respirateurs pour les patients Covid-19 ou de prendre en charge les tests RT-PCR.

On est même allé jusqu’à relever que la construction d’un hôpital de 200 lits – équipements compris – coûterait en moyenne 250 millions de dinars, sans compter les salaires du personnel médical, si on arrive déjà à recruter des soignants avent qu’ils ne filent vers l’étranger ! Ce budget colossal viendrait, selon certains, élargir le gouffre financier de l’Etat alors que celui-ci avait opté pour une optimisation des dépenses, selon le ministre des Finances, Ali Kooli, afin de pallier, en partie, le déficit budgétaire cumulé ces dernières années, du fait, de l’augmentation de la charge salariale, entre autres. 

Cette opposition à la construction d’un établissement de santé pour les juges – partagées par plusieurs internautes – a fait réagir l’ancien ministre de la Santé, Abdellatif Mekki. Dans une publication sur sa page Facebook, il s’est exprimé au sujet du rapprochement entre la décision de M. Mechichi et l’hôpital militaire. Faisant un rappel du rôle de l’armée, il a assuré qu’avoir des services de soins dédiés n’était guère un privilège mais une nécessité de par la mission assignée aux forces armées. 

Considérant la décision du chef du gouvernement comme une consécration des clivages sociaux et laissant entendre que demain il pourrait y avoir des hôpitaux pour les ingénieurs et les dirigeants – alors que, le pauvre citoyen démuni n’aura que dieu pour pleurer son sort – des internautes ont estimé que « le régionalisme, l’esprit tribal et certaines professions conduirait à sa chute, « l’Etat de la vanne » (en référence à l’affaire El Kamour, ndlr). 

L’universitaire, Olfa Youssef est, elle, allée plus loin. Revenant sur le sujet dans une publication sur Facebook, elle a jugé « inutile », la construction d’un hôpital pour les magistrats affirmant que ceux-ci n’en avaient guère besoin, mais qu’il en faudrait plutôt un pour la Justice tunisienne. Olfa Youssef faisait sans doute référence aux affaires de corruption qui secouent la justice tunisienne et les accusations scandaleuses que certains juges se balancent depuis quelques jours. L’affaire de l’ancien procureur de la République Béchir Akremi, et le premier président de la Cour de cassation, Taieb Rached, a, notons-le, ébranlé l’opinion publique jusqu’à faire réagir l’Association des magistrats tunisiens (AMT) dans une tentative pour sauver la face devant l\’opinion publique. 

L’ancien ministre de l’Énergie, des Mines et de la Transition énergétique, Mongi Marzouk, a, lui, aussi, pointé du doigt le mal qui ronge la justice tunisienne. C’est sur un ton ironique qu’il a fait part de son opinion concernant la construction d’un hôpital dédié aux juges. « Un hôpital pour les juges pour que la justice règne sur tout le pays », a-t-il écrit, sur Facebook.  

D’autres internautes ont brandi la notion d’équité. Adhérant à la décision de Hichem Mechichi, ils ont revendiqué un hôpital pour chaque ministère et chaque secteur d’activité signalant que nul n’est meilleur qu’un autre. 

Les magistrats tunisiens – considérant qu’ils étaient en première ligne face à la pandémie Covid-19, ont réclamé, entre autres, une meilleure couverture santé. Ils ont dénoncé des conditions de travail déplorables dans des tribunaux en état « catastrophique » rappelant l’affaire de la juge Sonia Laddhiri décédée – la semaine dernière – des suites du Coronavirus après qu’une clinique a, semble-t-il, refusé son admission sans une garantie d’une valeur de 30.000 dinars. 

 

Nadya Jennene 

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