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« Nous manquons des millions », dixit le président

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    Dans un élan de sympathie et d’amitié, le président de la République, Kaïs Saïed, a reçu les ambassadeurs des pays de l’Union européenne à Carthage et a tenu une réunion sans ordre du jour préétabli. Visiblement, il n’aurait pas dû faire l’économie d’une telle organisation car cela lui aurait assuré, au moins, d’évoquer uniquement des sujets qui concernent ces ambassadeurs.

    Il n’est pas pertinent de revenir sur la forme de ce discours d’une quinzaine de minutes publié sur la page de la présidence. Il est clair que son accent prononcé a écorché les fines oreilles des habitués de la principauté de la Marsa, mais dans l’ensemble c’était correct.

     

    Il est plus intéressant de se pencher sur le contenu de cette allocution d’introduction où beaucoup –trop ?- de choses ont été dites. La migration est, selon Larousse, « le déplacement volontaire d\’individus ou de populations d\’un pays dans un autre ou d\’une région dans une autre, pour des raisons économiques, politiques ou culturelles ». Donc, il ne s’agit en aucun cas d’un fléau, monsieur le président. Les personnes qui partent illégalement de Tunisie pour rejoindre les plages italiennes sont les victimes de l’incompétence et des mauvaises politiques de tous ceux qui ont officié aux destins de ce pays. Il ne s’agit en aucun cas de criminels qu’il faut combattre ou d’un fléau qu’il faut éradiquer. La migration comprend également les cohortes d’ingénieurs et de médecins qui quittent leur pays pour s’installer ailleurs, où ils seront plus valorisés, plus respectés et mieux rémunérés. Ce sont des cerveaux formés dans les facultés tunisiennes qui partent ensuite en tant que main d’œuvre pour de grands groupes internationaux, sans que nous puissions y faire quoi que ce soit puisque chez nous, les docteurs sont chômeurs et font des grèves de la faim. Il faudrait, à un moment donné, arrêter de faire la victime devant la rive nord de la méditerranée et ne plus se contenter du rôle humiliant de garde-côte. Il s’agirait de revoir notre copie en profondeur car le monde change et que cette politique n’a rien apporté de bon à la Tunisie. Il existe des études et des travaux qui peuvent aider dans cette démarche. Mais le préjugé et l’idée reçue sont tellement plus confortables. « Je crois profondément que le problème réel qui est derrière […] c’est la pauvreté des peuples de la rive Sud de la Méditerranée », ce n’est sûrement pas avec des lieux communs comme cela qu’on avancera.

     

    Il y a également la question des biens mal acquis et du gel des avoirs. Un sujet que le président prend très à cœur comme il l’a dit dans cette réunion. Le président indique dans la foulée que la question est également très importante pour le peuple tunisien, ce qui est beaucoup plus discutable car le peuple n’est pas Kaïs Saïed, quoi qu’il puisse en penser. Mais de toute manière, cette question concerne au mieux deux ou trois ambassadeurs parmi les présents et n’a pas à être discutée dans le cadre d’une telle réunion. La lutte contre la corruption au sens large est également à mettre dans la même case. Dire ou insinuer que les institutions tunisiennes sont gangrénées par la corruption est un constat qui ne devrait pas être énoncé par le président de la République lors d’une réunion avec les ambassadeurs de l’Union européenne. Un président ne se plaint pas de son pays devant les représentants d’autres nations.

     

    La plus grosse gaffe que le président a commise dans ce mot introductif est d’évoquer les problèmes qu’il a avec Hichem Mechichi, le chef du gouvernement. Le chef de l’Etat s’est épanché sur son attachement à la Constitution avec notamment un théâtral et inutile « toute la Constitution et rien que la Constitution ». Les ambassadeurs de l’Union européenne n’ont pas à être pris à témoin de l’attitude du président de la République dans sa mésentente avec un chef du gouvernement qu’il a lui-même choisi. « Je dois vous assurer que je tiens à la Constitution », a déclaré le chef de l’Etat comme pour rassurer les ambassadeurs. Ensuite il s’est perdu dans l’explication de la différence entre instabilité gouvernementale et instabilité politique. Ils n’ont pas besoin non plus d’un cours magistral sur la société civile selon Hegel. Tout cela était parfaitement inutile et n’a pas à être discuté avec les ambassadeurs.

    Le président a également dit à ses invités que « nous manquons des millions ». C’est un constat parfaitement juste surtout quand on essaye d’avoir du soutien financier pour des projets comme le TGV entre Bizerte et le sud de la Tunisie ou encore le complexe sanitaire de Kairouan. C’est encore plus vrai quand Moody’s dégrade la note de la Tunisie. C’est encore plus vrai quand on voit la situation des finances publiques et notre gestion de la dette. Au moins, au niveau de la dette, les amis de la Tunisie peuvent apporter une certaine aide. Kaïs Saïed a également dit une phrase extrêmement juste et parfaitement incontestable : « La Tunisie mérite un meilleur sort ». C’est vrai.

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