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La carte Nizar Yaïche

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    Dans les milieux économiques, financiers et plus généralement d’affaires, la rencontre entre le président de la République Kaïs Saïed et l’ex-ministre des Finances, Nizar Yaïche, a dû en désarçonner plus d’un. La durée de l’entrevue – trois heures – a dû en déconcerter encore plus. Dans le féroce duel que se livrent Rached Ghannouchi, le cumulard président d’Ennahdha et du Parlement, et Kaïs Saïed, ce dernier vient de damer un sacré pion à son adversaire. Alors que le premier ferraille pour maintenir une majorité de soutien à un gouvernement qui ne semble plus convaincre personne, avalant les couleuvres de ses partenaires parlementaires au prix de dérapages politiques et juridiques incontrôlés, totalement oublieux des graves périls socioéconomiques que vit le pays, le second en profite pour distiller que, à l’inverse, le président de la République est exclusivement soucieux de la situation du pays. Et le choix porté sur l’ancien ministre des Finances pour en discuter n’est nullement fortuit.

     

    Kaïs Saïed cherche à montrer que, à l’inverse de son irréductible adversaire, lui, il compte sur cette jeune génération de compétences que représente Nizar Yaïche pour sortir le pays des tréfonds de la crise, jeune, brillante, probe, loin du sérail politicien,  ayant le sens du devoir et l’exigence du parler vrai. Peu importe la maigre expérience. La génération qui a construit le pays, il y a plus de 60 ans, n’était-elle pas à son image ? Hédi Nouira avait 43 ans lorsqu’il fut chargé de « créer » le ministère des Finances et 47 ans lorsqu’il fut chargé de créer la Banque centrale de Tunisie (BCT) et le dinar tunisien. Mansour Moalla n’avait que 37 ans lorsqu’il fut désigné Directeur général de la BCT que présidait Hédi Nouira. Il n’avait que 46 ans lorsqu’il a fondé la BIAT en 1976, aujourd’hui l’une des plus florissantes banques du pays. Ahmed Mestiri avait 31 ans lorsqu’il fut nommé ministre de la Justice. Il avait 38 ans lorsqu’il a représenté la Tunisie au Conseil de sécurité de l’ONU qui a condamné le bombardement français de Sakiet Sidi Youssef et à 41 ans ministre de la Défense. Un pays qui ne donne pas l’occasion ou n’incite pas sa jeunesse à administrer la preuve de son savoir et savoir-faire n’est voué qu’à un sombre avenir.

     

    Par ailleurs, s’il y avait un concours qui, hebdomadairement, désignerait la personnalité la plus en vue en Tunisie, Ferid Belhaj, vice-président de la Banque mondiale (BM) pour la zone du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) l’aurait gagné haut la main la semaine dernière.

     

    Pêle-mêle. Il a rencontré ensemble les partenaires sociaux, l’UGTT et l’Utica. Il fut reçu par le président de la République. Il a rendu visite au président du Parlement. Il a eu un entretien avec le chef du gouvernement. Il a discuté avec le gouverneur de la Banque centrale et le ministre de l’Economie et des Finances. A cela, il convient d’ajouter probablement, les participations aux webinaires et les invitations des médias.

     

    Les autorités du pays avaient-elles tant besoin de sonder les intentions de la Banque mondiale (BM) après la publication du rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur la situation du pays à la suite de ses consultations au titre de l’article IV de ses statuts ?  Pourtant, le gouvernement n’avait qu’à lire le dernier rapport conjoint de la Banque Mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD) intitulé : « Tunisie, revue des dépenses publiques » à travers lequel les principaux bailleurs de fonds du pays recommandent ni plus, ni moins de « réformer l’Etat pour des dépenses publiques plus efficaces et plus équitables ». Un rapport publié bien avant celui du FMI, mais tout aussi accablant sur les défaillances des dépenses publiques, « principales causes des difficultés que connait la Tunisie ».

     

    Cependant, au-delà du constat, le rapport de la BM estime que c’est le modèle de développement du pays tiré par l’Etat, et le contrat social qui le sous-tend, qui est devenu totalement obsolète. « Les deux piliers du modèle de développement tiré par l’Etat que sont l’administration et les entreprises publiques ne sont plus en mesure de pérenniser l’actuel contrat social et ont besoin de réformes en profondeur », indiquent les auteurs du rapport, expliquant que « la capacité, la productivité et la performance de l’administration et des entreprises publiques – principales locomotives du modèle en question – se sont significativement fragilisées ».

     

    Alors même que l’Etat dépense de plus en plus pour les recrutements, augmentations salariales et autres inputs nécessaires au fonctionnement de la fonction publique, la productivité et la performance du secteur public se sont détériorées. De ce point de vue, la BM prend exemple sur le secteur de l’éducation pour l’illustrer.

    « Le clivage entre envergure de la dépense (près de 6,7% du PIB, soit 22% des dépenses du gouvernement central) et détérioration de la qualité et de la performance des services publics offerts (taux de redoublement élevés, notamment dans les zones défavorisées du pays, taux d’abandon et de redoublement élevés pendant les transitions entre primaire et secondaire, entre secondaire et universitaire, etc.), souligne l’inefficience des dépenses et l’urgence de réformer le secteur public, notamment en matière de politiques de gestion des ressources humaines » souligne le rapport, ajoutant que « la plupart des réformes et des ajustements des ressources humaines qu’il s’agit d’introduire dans le secteur de l’éducation sont communes à plusieurs secteurs ».

     

     

    Le rapport décortique aussi le secteur de la santé et celui des transports, l’un au bord de l’effondrement et l’autre totalement délabré. Et, tout comme le FMI, la Banque mondiale va être sans concession sur les conditions de son soutien.

     

    Le gouvernement espérait-il un quelconque appui du vice-président de la Banque mondiale pour atténuer ses conditions de crédit à la Tunisie ? Ce serait faire preuve d’un amateurisme proprement stupéfiant. Pire, compte du fait que ce gouvernement est composé de technocrates. 

      

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