Fadhel Kaboub est professeur associé d’économie à l’université de Denison dans l’Ohio et président du think tank Global Institute for Sustainable Prosperity aux Etats-Unis. Il est passé par le collège Sadiki et l’Université Tunis El Manar où il a obtenu une licence en économie monétaire et bancaire avant de partir vers l’Université Missouri Kansas où il a obtenu un doctorat en économie.
Dans une interview accordée à Lilia Blaise au quotidien français Le Monde, il a diagnostiqué la situation en Tunisie avec son taux d’endettement élevé et proposé une réelle piste pour des solutions durables pouvant sortir l’économie tunisienne de son marasme. On est loin, bien loin, des agitations et effervescences de nos politiques tunisiens.
A propos de l’endettement, de 30 milliards de dollars dépassant les 100% du PIB, M. Kaboub a indiqué qu’il faut puiser dans nos réserves de change (alimentées par l’export, le tourisme, les IDE et les transferts de la diaspora) pour rembourser cette dette. Or le constat est que ces recettes de devises ne suffisent pas à couvrir nos importations massives (denrées alimentaires, énergie, équipements high tech, produits à haute valeur ajoutée pour faire fonctionner l’industrie…) d’où ce cercle vicieux où l’on souscrit des dettes pour en rembourser d’autres. « Nous ne pouvons même plus nous reposer sur certains secteurs autrefois florissants comme le tourisme. Ils ont montré leur limite en période de pandémie (…) nous exportons des produits à faible valeur ajoutée comme l’huile d’olive, le textile, les câbles électriques ou le phosphate. Tout cela crée un déséquilibre structurel de la balance commerciale et fait pression sur la valeur de la monnaie. Or, plus la valeur du dinar baisse face à l’euro et au dollar, plus nous importons à un coût élevé et plus l’inflation augmente. La hausse des prix pèse aussi sur le pouvoir d’achat des Tunisiens.
Malheureusement, dans les négociations actuelles entre le FMI et le gouvernement tunisien, il n’y a pas vraiment de proposition pour résoudre ces problèmes d’ordre structurel. Nous sommes plutôt dans des solutions de court terme.»
Que faire ? Y a-t-il une alternative à l’endettement extérieur de la Tunisie ?
A cette question, Fadhel Kaboub a répondu : « Même si nous revenons au même niveau de tourisme, au même niveau d’investissement direct que lors de nos meilleures années, ce ne sera pas suffisant. Pour échapper au piège de la dette et renforcer la résistance aux chocs extérieurs, la Tunisie ne doit pas faire redémarrer le même moteur, mais en changer complètement. Il faut investir dans la sécurité alimentaire via une agriculture durable, les énergies renouvelables et se spécialiser dans les industries produisant des biens à haute valeur ajoutée. »
Interrogé à propos des crispations politiques qui pourraient être une explication à la crise, M. Kaboub a indiqué que nos gouvernants et nos partis n’ont pas repensé à notre modèle économique, synonyme d’après lui, à de la corruption, des inégalités et de chômage de masse. « L’inflation, par exemple, est largement liée aux monopoles détenus par certains acteurs sur l’importation dans les secteurs de l’alimentation, de la construction ou des produits de grande consommation. Ils fixent les prix sans forcément s’aligner sur les cours mondiaux quand ceux-ci descendent. Nous sommes là face à un problème de corruption et d’abus de pouvoir, peu sanctionné par le gouvernement tunisien », diagnostique Fadhel Kaboub.










