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Des génocidaires aux commandes

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    Près de 16 mille morts. Plus de cent décès par jour depuis deux semaines. Des contaminations journalières qui avoisinent les 10 mille pour 12 millions d’habitants. Des familles qui sont dans la crainte de perdre un proche malade. Des milliers de familles endeuillées. Un personnel médical à bout. Des hôpitaux pleins à craquer, des morgues aussi. Le système de santé qui s’effondre. Les annonces de décès, les images des hôpitaux qui nous parviennent tous les jours, horrifient les plus résistants d’entre nous. La Tunisie a perdu cette guerre biologique et le paie cher, très cher.

     

    Pourquoi et comment sommes-nous arrivés à cette catastrophe ? Aurait-il été possible de l’éviter ? Le constat est amer, parce que la Tunisie aurait pu effectivement éviter le drame qui se déroule actuellement sous nos yeux. Avec une véritable stratégie de riposte et non de rafistolage, avec une vision sur le moyen et long termes et non pas des actions de dernier recours, on aurait pu s’en sortir avec le moins de dégâts, on aurait pu épargner des vies. Sauf qu’aux commandes du pays la déroute a été telle que nous en sommes arrivés à ce point. La situation est aujourd’hui hors de contrôle et les semaines à venir s’annoncent très difficiles au vu de la hausse des contaminations. Le lien logique est simple à établir : une augmentation du nombre de cas entrainera irrémédiablement celle des malades nécessitant des soins dans les structures hospitalières et, forcément, des décès. Il nous faudra avoir l’estomac bien accroché.

     

    La lutte anti-Covid s’est articulée dans le monde entier autour de deux phases. La phase des premières vagues, qui a pris de court même les pays les plus nantis, et à laquelle il n’y avait aucun autre moyen de riposte hormis le confinement des populations. Nous avions assisté, effarés, au drame qui se déroulait dans plusieurs Etats européens. La riposte de la Tunisie avait été rapide et le gouvernement Fakhfakh, en prenant des mesures drastiques, avait pu endiguer la propagation. Mais la situation s’est corsée à cause de la guerre politique qui a eu raison du gouvernement, en pleine pandémie, et alors même que le pays avait besoin d’une certaine stabilité pour mettre en place une stratégie à long terme et s’engager dans la deuxième phase de la lutte contre le Covid. Cette deuxième phase, c’est celle de l’immunisation des populations, celle de la vaccination. Avec l’émergence de nouveaux variants plus virulents, ce qui est dans l’ordre naturel des choses, donc prévisible, il était devenu de plus en plus difficile de circonscrire les contaminations. Pour y faire face l’humanité a créé un vaccin. Les pays qui se respectent ont effectué des pré-commandes et ont préparé au préalable leur stratégie vaccinale, tout en continuant à faire du stop-and-go. Il fallait vacciner massivement pour épargner des vies, pour que le cours plus ou moins normal de la vie reprenne et pour que l’économie redémarre.

     

    En Tunisie, rien de tel n’a été fait. Deux mois que la campagne de vaccination a commencé et seulement 614 mille personnes ont reçu les doses du vaccin. La communication autour de l’inscription sur la plateforme Evax a été calamiteuse, les couacs nombreux, les retards aussi, les citoyens pas très rassurés. Et puis, on nous promettait à chaque fois qu’on sera carrément submergés de vaccins, mais cela n’arrivait pas. Depuis le mois d’octobre 2020, qu’on nous disait que la Tunisie sera parmi les premiers pays à vacciner ses citoyens… Entre temps les variants Alpha et Delta provoquent une vague sans précédent dans le pays, parce que la population n’est pas immunisée, parce que les autorités n’ont pas été à la hauteur de leurs promesses. Un échec de la honte !

     

    Face à l’urgence de la situation nos gouvernants n’ont pas cru bon de débloquer de l’argent pour acheter des vaccins. La situation économique était catastrophique et on voulait faire des économies de bouts de chandelle ? Eh ben, aujourd’hui elle ne s’est pas améliorée parce que la pandémie a tout fait foirer, parce que les gens ne sont pas vaccinés. On se retrouve avec des milliers de morts et une économie qui ne peut redémarrer. Ça finit en queue de poisson ou plutôt en drame national à tous les niveaux. Nos gouvernants éclairés comptaient sur l’aumône, sur la mansuétude des pays riches et sur l’initiative Covax. Mais bon sang, le monde entier cherchait à avoir le vaccin, la situation est inédite, s’attendaient-ils vraiment à autre chose qu’à des retards ou absence de livraison ? S’il s’agit de naïveté, nous n’avons pas besoin de personnes naïves pour mener la guerre contre la pire catastrophe sanitaire, qu’elles se retirent ! S’il s’agit d’irresponsabilité et d’incompétence, ce qui est le plus fort à parier, nos responsables auront des milliers de morts sur la conscience et devraient rendre des comptes.

    Une grande partie des Tunisiens ont-ils été inconscients face au danger ? C’est indéniable, mais c’était aux autorités de les faire revenir à la raison, non pas on en faisant les principaux responsables de la catastrophe. Parce que c’est le discours que répètent nos gouvernants « Nous avons mis en place des mesures mais le citoyen ne les applique pas », « les rassemblements et festivités se poursuivent que voulez-vous qu’on fasse ? ». Non, messieurs-dames, c’était à vous de vous donner les moyens afin d’appliquer les mesures, afin de communiquer clairement pour que les citoyens soient sensibilisés. Les cafouillages ont été multiples et aujourd’hui on en est là, à faire les frais de l’incompétence génocidaire de nos ir-responsables.

     

    Courage à toutes les familles qui ont perdu un être cher. Prompt rétablissement aux malades. Force au personnel soignant. Courage à nous tous.

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