A l’occasion de son allocution lors du conseil ministériel du 21 octobre 2021, le président de la République a précisé que cette réunion portait essentiellement sur la situation économique, financière et sociale. « Notre devoir sacré nous oblige à souligner notre attachement à la souveraineté nationale. La situation du pays est une affaire purement tunisienne et il n’y a pas d’affaires à débattre en dehors de la Tunisie », a-t-il continué.
Le président de la République, Kaïs Saïed, a considéré que la tenue de conseils ministériels hebdomadaires signifiait que les institutions de l’Etat continuaient à fonctionner. « Il existe une véritable volonté politique pour atteindre l’efficacité souhaitable à l’activité gouvernementale », a-t-il continué.
Rappelant ce qu’avait écrit Ali Belhouane dans son livre « La Tunisie Rebelle », Kaïs Saïed a dit : « Nos âmes sont de l\’âme de ce pays et nos corps sont de la matière de ce pays ». Il a considéré que la Tunisie était rebelle et blessée et non-pas martyre. Le président a estimé que seul le peuple et sa volonté pouvaient soigner ces blessures. « Nous ne voulons pas d’une sympathie et d’une collaboration dépourvues de respect », a-t-il poursuivi.
Le respect des choix du peuple représente un élément essentiel de la souveraineté nationale, selon lui. « La Tunisie n’est pas un champ, une marchandise ou un chiffre à étudier par l’étranger ! Avons-nous débattu de la situation d’un pays étranger au sein d’un conseil ministériel ? La situation interne d’un pays européen, américain ou asiatique avait-elle fait l’objet d’un débat au sein du conseil ministériel ? », s’est-il interrogé.
« Nous voulons traduire la volonté du peuple et notre souveraineté résulte de la volonté populaire et de notre indépendance », a-t-il insisté.
Par la suite, Kaïs Saïed a critiqué ceux qui recouraient à l’intervention étrangère et y appelaient. « Par la suite, ils récitent l’hymne national ! Peut-être qu’ils parlent d’eux-mêmes sans le savoir ! Ils essaient, également, de recourir aux sociétés étrangères de lobbying afin de porter atteinte à la Tunisie et aux Tunisiens ! », s’est-il exclamé.
Le président de la République a, aussi, précisé que le conseil ministériel étudiera un projet relatif à la réconciliation pénale auquel il avait appelé depuis 2021. « La réconciliation inclut, également, ceux qui ont continué à piller le pays après 2011 », a-t-il révélé.
« Ce projet consiste à classer d’abord par ordre décroissant les sommes d’argent dues à ces gens par une commission indépendante… Ensuite, il est procédé à un classement par ordre décroissant des délégations selon le taux de pauvreté. Ceux qui ont volé le plus, devront investir dans les délégations les plus pauvres. On parlait, en 2011, de 460 personnes et le nombre ne cesse de décroitre depuis, au point où il n’y a plus personne sur la liste aujourd’hui. Où est la justice ? On ne peut libérer la nation qu’avec une justice équitable… Un député fait l’objet d’une affaire de mœurs documentée et il est encore libre et son affaire est reportée d’un mois et d’une année à une autre car il est de mèche avec ces bandes qui pillent le pays… Ceux, qui avaient pillé 13.500 milliards, doivent répondre aux attentes du peuple en bâtissant des écoles, des hôpitaux, des routes et autres. Il ne s’agit pas d’investissement mais de la restitution de l’argent du peuple » a-t-il poursuivi.
« Si l’étranger veut vraiment nous aider, qu’il nous rende l’argent du peuple tunisien spolié et placé dans des banques à l’étranger. Il y a 500 millions de dollars à l’étranger qui ont été transférés à l’un des anciens responsables mais qui n\’ont pas été acheminés vers le Tunisie… Les pays européens doivent restituer l’argent avant de proposer des solutions ! Nous avons des solutions ! », a souligné le président de la République.
Par ailleurs, Kaïs Saïed a considéré que le projet de réconciliation administrative avait été appliqué afin de blanchir les soi-disant compétences. « Il s’agit d’un arrangement ni plus ni moins ! On continue à inciter à l’investissement mais ce dernier ne s’est pas montré courageux ! Pourquoi ? A cause du pillage du pays ! », a-t-il affirmé.
S’adressant au ministre de l’Intérieur, le président de la République a exigé la réalisation d’un mouvement au niveau du corps des gouverneurs et des délégués. « Nous devons mettre fin aux dépassements dont je prends continuellement connaissance ! Nous devons créer des commissions régionales composées d’experts et de citoyens afin de suivre l’exécution des projets à travers la loi de réconciliation. Toute défaillance sera sanctionnée », a-t-il déclaré.
Au sujet du dialogue national, le président de la République a affirmé qu’il n’inclura pas les voleurs et ceux qui ont pillé le pays et les vendus à l\’étranger.
« Nous pouvons concevoir un projet totalement différent. J’en avais parlé avec la cheffe du gouvernement. Il existe 265 instituts technologiques, soit un ratio d’un institut par délégation. Ceci permettra aux jeunes et au peuple de présenter des propositions pour une durée déterminée. Par la suite, nous aurons la possibilité de résumer les demandes du peuple dans le cadre d’un congrès national… Nous cherchons le dialogue et nous acceptons les points de vue différents dans le cadre d’un dialogue sincère et honnête et non pas afin de sortir d’une crise politique qu’ils ont eux-mêmes provoquée… nous présenterons les mécanismes relatifs à ce dialogue national à travers une loi », a-t-il expliqué.
« Figurant parmi les thèmes abordés dans le cadre de ce dialogue national populaire, le régime politique et le système électoral créés sur mesures… Nous œuvrerons pour la réalisation des demandes du peuple dans les délais les plus brefs… Nous allons écrire l’histoire de la Tunisie émanant de la volonté du peuple. Ceux qui ont recouru à l’étranger et qui ont mendié l’intervention des ambassades étrangères n’ont pas leur place dans ce dialogue », a-t-il insisté.
Le président de la République a estimé que les agissements de certains étaient plus graves que ceux des traîtres qui ont soutenu la colonisation française en Tunisie.
« Leur objectif est de se maintenir ou de se saisir du pouvoir. J’aurais pu les traduire en justice ! La justice doit jouer son rôle et s’engager dans le projet national et non pas s’abstenir de poursuivre les coupables… La politique a infiltré les palais de justice depuis 2012… Nous voulons des palais de justice et non pas de règlement de comptes. Personne n’est au-dessus de la loi. L’immunité des juges vise à leur permettre d’exercer leur fonction sans faire l’objet de pressions et non de se transformer en hors-la-loi… Eux aussi n’ont pas leur place dans le dialogue national ! », a-t-il précisé.
Par la suite, Kaïs Saïed a considéré que la bataille de libération nationale nécessite l’application d’une politique d’austérité. « J\’ai échangé avec la cheffe du gouvernement au sujet de l’importation de voitures pour des centaines de millions. Pourquoi dépensent-ils des centaines de millions pour importer ces voitures alors que les Tunisiens meurent de faim… Leur acheminement en Tunisie pourrait avoir eu lieu de façons suspectes… Ceci en plus des produits dont nous n’avons pas besoin. Ils nous prennent pour un marché ! », a-t-il estimé.
« Parmi les plus grands crimes commis contre la Tunisie, nous trouvons celles relatives à l’enseignement et à l’éducation… La privatisation des écoles a porté atteinte aux établissements publics… Les écoles privées sont devenues une destination pour plusieurs individus. Ceci signifie que les personnes riches ont la possibilité de continuer leurs études contrairement à ceux qui n’en n’ont pas les moyens… Un reportage diffusé à la télévision montre une fille obligée de faire six kilomètres pour aller à l’école. Ne s’agit-il pas d’un crime ? », a-t-il déploré.
« La même chose peut être constatée au sujet de la santé et du transport. Notre politique doit être claire ! En état de guerre pour la libération, notre économie et nos choix et nos stratégies doivent se baser sur l’austérité », a poursuivi le président de la République.
Enfin, Kaïs Saïed a considéré que l’Etat devait retrouver son rôle social, être le principal acteur et s’opposer férocement à ceux voulant porter atteinte à l’Etat et à la dignité des Tunisiens.
S.G










