Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Les islamistes et leurs alliés n’ont pas bâti une démocratie, Kaïs Saïed ne fera pas mieux

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

     

    Peut-on bâtir une démocratie sans démocrates ? C’est la question récurrente qui se pose depuis la révolution du 14 janvier 2011, mais qui devient pressante depuis un peu plus d’un trimestre.

    Pour ce qui est de la décennie d’avant le 25 juillet, il est évident qu’avec le pouvoir en place composé pour l’essentiel d’islamistes et d’anciens « destouriens », il était impossible de mettre les bases d’une véritable démocratie dans le pays. Parmi eux, il y a eu certes quelques individus animés de bonnes intentions démocratiques, mais ne dit-on pas que le chemin est pavé de bonnes intentions, quand il se confond avec les méandres de la politique, peut mener souvent vers le pire des cataclysmes ? Sous prétexte d’une cohabitation (tawafek) présentée comme la seule alternative possible pour réussir la période de transition démocratique, les nouveaux dirigeants du pays se sont partagé les sphères d’influence, pris chacun sa part du gâteau et ont mis le pays à plat ventre. La banqueroute de la Tunisie aujourd’hui n’est qu’une conséquence logique et inéluctable d’une décennie de gestion  frauduleuse et calamiteuse.

     

    Concernant les islamistes, seuls les rêveurs ont pu croire qu’ils sont capables de s’inscrire dans une dynamique démocratique. Leurs alliés de droite et de gauche, depuis le mouvement du 18 octobre 2005, l’ont constaté à leurs dépens. En réalité, les islamistes ne croient pas aux vertus d’un système démocratique. Le modèle qu’ils défendent est le modèle de l’Etat islamique sur la base d’une charia archaïque. Aucun pays islamiste, du golfe au Pakistan en passant par l’Iran et l’Afghanistan n’a réussi à concilier la charia et la démocratie. Les expériences édulcorées en Egypte et en Tunisie n’ont pas eu de meilleurs résultats. En attendant donc la concrétisation de leur modèle de société, l’Etat et l’ensemble de ses institutions est considéré comme un butin de guerre. Quant au discours démocratique qu’ils peuvent produire selon les circonstances, il est destiné à berner encore plus les rêveurs et les âmes sensibles.

    Leurs alliés destouriens sont en fait les anciens du Rassemblement constitutionnel démocratique, RCD. Leur longue expérience du pouvoir fait qu’ils sont prêts à s’allier avec leurs pires ennemis pour préserver leurs privilèges. La démocratie étant un simple détail sur lequel ils ne se sont jamais attardés.

     

    Ceux qui ont vu dans ce qui s’est passé le 25 juillet dernier une réelle opportunité pour remettre le pays sur les rails d’une reconstruction démocratique doivent déchanter malheureusement. L’attitude du président de la République Kaïs Saïed et ses décisions annoncées montrent peu d’égard à la question démocratique. Pire, son comportement montre un refus, un dédain même, de la confrontation des idées, de l’échange des points de vue et de toute démarche participative, qui sont les fondements d’une démocratie viable. Ni lui, ni ses proches collaborateurs, ne semblent prendre conscience que le concept de despote éclairé est un concept archaïque et désuet dans notre monde moderne.

    En s’attaquant d’une manière quasi frontale au pouvoir judiciaire, en annonçant des mesures assujettissantes de la justice, en activant des mesures coercitives contre ses opposants et en dénaturant la véritable mission de la justice militaire, Kaïs Saïed s’embourbe chaque jour un peu plus dans la tyrannie.

     

    Ses adeptes, de plus en plus visibles, ne font rien pour apaiser les craintes, au contraire. Les hordes lâchées dans l’espace virtuel contre tous ceux qui osent critique le président de la République font peur. Les panégyristes qui se proposent d’expliquer la pensée de leur maître, tout en précisant qu’ils ne sont ni mandatés pour le faire ni d’accord sur tout avec lui, laissent perplexe.

    Avec Kaïs Saïed et ses fans donc, nous sommes sûrs de ne pas aller vers un système démocratique. Mais nous nous dirigeons vers un système dont les contours ne sont pas encore clairement définis.   

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *