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Un dialogue national ne serait-il pas une vaine illusion d’un consensus chimérique

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    Est-ce que le gouvernement aurait raison de faire cavalier seul afin de redresser la situation socioéconomique du pays, sans engager la moindre négociation avec les partis politiques, les organisations nationales et les représentants de la société civile ? Sans entrer dans un débat de fond sur l’éthique d’une telle démarche, l’expérience a montré que le dialogue pour dégager un dénominateur commun sur les mesures – est-il encore question de débattre sur les orientations ? – à entreprendre ou mettre en œuvre n’a été en fait qu’une voie de garage.

    Il convient dans ce cadre de rappeler  Carthage 1 et Carthage 2. Les discussions entre les partis politiques et les organisations nationales ont abouti à l’élaboration d’une feuille de route qui est restée à chaque fois lettre-morte. Pouvait-il en être autrement dès lors qu’elles se suffisaient à des généralités, tout au plus à pointer du doigt les problèmes qu’il faudrait résoudre. Quant à l’approche à adopter pour les résoudre, aucun n’a été capable d’exposer franchement la manière de procéder. A telle enseigne qu’on peut se demander s’ils en ont vraiment une. D’ailleurs les exemples abondent dans ce sens.

     

    Exemple : ont-ils fourni le moindre des détails sur les choix pour assainir, assainir-restructurer ou assainir-restructurer-libéraliser nos entreprises publiques ? Tous se sont défaussés derrière la formule passe-partout, « on procédera au cas par cas ». Car enfin, depuis le temps, n’y a-t-il pas au moins un cas d’assainissement d’une entreprise publique qu’ils pourraient exposer dans le détail et éclairer de la sorte l’opinion publique sur les réelles intentions dans la gestion des entreprises publiques.  Tunisair, la société El Fouledh, la société Les ciments de Bizerte ou la Sncpa (Société nationale de cellulose et de papier alfa) ou encore la Sts (Société tunisienne du sucre), par exemple ? Le choix n’est pas fortuit dans la mesure où les entreprises citées constituent un échantillon de la plus grosse entreprise à la plus petite et toutes évoluent dans un contexte concurrentiel. De plus, elles ont été auditées.

     

    Malheureusement, il ne s’est trouvé aucun parti, ni organisation nationale et surtout l’UGTT, apte à énumérer de façon simple et claire les mesures et décisions qu’il pourrait introduire pour sortir l’une ou l’autre de l’ornière de la faillite, à tout le moins du déficit. L’assainissement signifie-t-il inéluctablement une vague de licenciements ? Si oui, quelle serait son ampleur ? Cet assainissement permettra-t-il de dégager des économies suffisantes ? Vers quoi ces éventuelles économies seraient-elles allouées ? Quel serait le calendrier de réalisation ? Ce sont les réelles questions auxquelles les partis et organisations nationales sont appelés à fournir des réponses et non plus se contenter de superficialité.

    Autre exemple, celui qui concerne la politique de subvention et de transfert. Tous sont d’accord pour réformer le système. Mais aucun n’a pu définir la conduite d’une telle réforme. En matière de subvention à l’énergie, viserait-on à établir une bonne fois pour toutes la vérité des prix et l’autorité du marché ? Dans cet objectif, comment envisagerait-on de compenser les pertes conséquentes de revenus pour les entreprises et les ménages ? Pour quelles entreprises et quels ménages ? Il en est de même de la réforme du système des transferts, du sort du Pnafn (Programme national d’aide aux familles nécessiteuses) et de l’AMG I et II (Aide médicale gratuite). L’élaboration d’une nouvelle base de données à travers la plateforme Amen serait-elle la panacée alors que ce processus risque d’aboutir au même constat, à savoir établir une population de bénéficiaires qui dépasse largement la population-cible, parce qu’on ne s’est pas basé sur de seuls critères objectifs. Le clientélisme s’y est parfois invité sournoisement.

     

    La problématique des finances publiques est un autre exemple. Combien sont les partis politiques et autres acteurs économiques à proposer des solutions précises à la dégradation des déficits jumeaux du budget et des paiements extérieurs ? Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Faudra-t-il s’engager dans la voie de l’austérité ? Si oui, quelle en sera la forme ? Dans l’éventualité où l’arrêt des recrutements nets ne suffirait pas, faudra-t-il se résoudre à une baisse des salaires ou à des licenciements massifs pour réduire la masse salariale dans le budget de l’Etat?  Serait-il judicieux de réduire les importations en rétablissant le système des autorisations d’importation pour une liste de produits dits « non essentiels ».

    En 2017, cette option fut envisagée. La Banque centrale de Tunisie (BCT) avait établi une liste de produits susceptibles de faire l’objet d’autorisations d’importations. Selon une simulation, cette liste aurait permis de dégager quelque 5,5 milliards d’économie. Malheureusement, à la fin de sa navette entre les différents ministères concernés, il ne restera de la liste de la BCT qu’une portion congrue, ne rapportant que dix fois moins par rapport à ce qui était projeté.

     

    On pourrait à loisir s’attarder sur tous les problèmes économiques, établir les mêmes diagnostics. Cela est bien loin de déboucher sur des solutions concrètes et opérationnelles. Et encore plus, consensuelles. Dans ces conditions, la nécessité d’instaurer un dialogue national qui répondrait aux attentes ne serait-il pas qu’une vaine illusion et la recherche d’un consensus, une chimère ?

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