Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Lettre ouverte à Najla Bouden et Sihem Nemsia : la solution est ici, pas au FMI !

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

     

    Mesdames,

    Vous vous apprêtez en vos qualités respectives de cheffe du gouvernement et ministre des Finances, à vous diriger vers le Fonds monétaire international (FMI) pour souscrire un nouveau crédit pour boucler le budget fortement déficitaire de notre État. Un État défaillant par la faute de vos prédécesseurs. En 2010, quand Ben Ali était au pouvoir, nos indicateurs étaient bons, voire très bons. Il s’est avéré cependant que les bons indicateurs ne suffisent pas à assurer une paix sociale. Les gouvernants de la troïka ont donc changé de stratégie, ils ont plombé les indicateurs pour obtenir une accalmie sociale. Ils ont recruté des dizaines de milliers de personnes incompétentes (sous prétexte d’indemnisation), multiplié les emplois fictifs dans des entreprises publiques fantômes (les sociétés écologiques), supprimé les sociétés de sous-traitance, réduit drastiquement les budgets d’investissement, consommé toute l’épargne, etc. C’est la troïka, sous Moncef Marzouki, qui a été la première à se diriger vers le FMI pour obtenir des crédits de consommation. Et c’est à cause d’elle et de ses engagements pris envers tous ces nouveaux fonctionnaires que les gouvernements suivants (Mehdi Jomâa, Habib Essid et Youssef Chahed) se sont trouvés en otage du FMI.

    Onze ans après, on constate que nous n’avons toujours pas de paix sociale et que nous avons perdu nos bons indicateurs de 2010. Onze ans après, nos problèmes structurels se sont approfondis et nous n’avons aucune réserve pour affronter les problèmes conjoncturels liés à la révolution qui ne finit pas, au Covid qui s’allonge et à ce 25-Juillet qui est venu asphyxier ce qui respire encore en nous.

     

    Mesdames, je m’adresse à vous en ma qualité de citoyen, de contribuable, de journaliste, de commentateur de la vie publique, de père de famille et de chef d’entreprise. Autant de casquettes qui me donnent le droit de vous questionner et d’exiger des réponses claires de votre part.

    Sauf que voilà, vous êtes en train de prendre toutes seules les décisions qui nous regardent et qui fixent notre sort. Vous êtes en train de dilapider notre argent et vous vous apprêtez à hypothéquer davantage l’avenir de nos enfants par ces nouveaux crédits que vous voulez souscrire en notre nom.

    Il n’y a pas d’assemblée à qui vous rendez des comptes, vous refusez tout débat public contradictoire, vous réfutez toutes les bonnes solutions proposées par les experts et vous n’allez même pas dans les médias pour expliquer votre politique budgétaire. En avez-vous une déjà ?

    Vous considérez le multi-casquettes que je suis comme une vache à lait dont l’avis compte pour du beurre.

    Vous agissez comme agirait n’importe quel ministre de toute dictature qui se respecte. Vous ne rendez compte qu’au chef et rien qu’au chef. Le peuple ? Une poussière d’individus, juste bons à payer taxes et impôts.

    Au nom de l’intérêt supérieur de l’État et de la collectivité, on aurait pu accepter cette situation despotique. On aurait pu accepter l’idée que notre dictateur est plus intelligent que nous et qu’il est là pour nous sauver de nous-mêmes. On aurait pu accepter d’être infantilisés, dès lors que l’État aille mieux et ait de bons indicateurs.

    Sauf que voilà, Kaïs Saïed n’a rien d’un Bourguiba ou d’un Ben Ali et encore moins d’un Poutine ou d’un Xi Jinping. Il ne connait rien à l’économie et vous le savez. Il ne connait rien aux indicateurs et vous le savez. Il n’a aucune solution concrète pour sauver les comptes de l’État et améliorer la vie du peuple et vous le savez. Votre chef vit dans une autre époque, dans un autre pays et vous le savez. Votre chef est un ignare obtus et vous le savez.

     

    Mesdames, vous avez le choix entre deux mauvaises solutions. Soit prendre des décisions douloureuses afin de sauver l’État et le peuple en résolvant ses problèmes structurels. Soit vous faites comme vos prédécesseurs, vous jouez la fuite en avant en souscrivant des crédits pour boucler le budget et passer ainsi la patate chaude à vos successeurs. Parenthèse en passant. Vous êtes bien conscientes que vous aurez des successeurs ? Vous êtes bien conscientes que la dictature ne perdurera pas ? Si ce n’est pas le cas, alors prenez conscience de cela, car si la dictature pouvait perdurer, elle aurait perduré pour vos prédécesseurs. Vous n’êtes ici que de passage, alors faites de telle sorte que votre nom soit corrélé au dénouement pérenne et non à la solution éphémère ! Je ferme la parenthèse.

    Des deux mauvaises solutions qui se présentent à vous, vous avez théoriquement choisi la moins mauvaise, mais en pratique vous avez choisi la moins bonne.

    Comment cela ? Dans le document que vous vous apprêtez à envoyer au FMI, vous parlez de réformes structurelles profondes, de réduction de la masse salariale, de cession d’entreprises publiques et de plusieurs bonnes choses. En pratique, et si l’on voit votre comportement et votre loi de finances, cela se voit à l’œil nu que vous n’allez pas respecter vos futurs engagements à l’égard du FMI. Il n’y a rien dans cette loi, ni dans votre comportement, qui montre que vous allez entamer ces réformes. Vous ne faites que jouer la montre et la fuite en avant. Vous vous apprêtez, comme vos prédécesseurs, à creuser le déficit sans toucher à la cause. Vous ne faites que badigeonner la façade sans toucher la structure.

     

    Mesdames, vous êtes deux ministres d’un chef qui a pris tous les pouvoirs. Le président Kaïs Saïed n’a pas d’assemblée, méprise les médias et considère la magistrature comme une fonction et non comme un pouvoir. Vous êtes les ministres d’un peuple kidnappé. Vous avez la possibilité de faire ce que bon vous semble, puisqu’il n’y a aucun contrepouvoir pour vous importuner ou des magistrats pour vous juger (du moins, aujourd’hui).

    Plutôt que de faire comme vos prédécesseurs qui avaient des pressions de partout, saisissez cette occasion que vous êtes tous puissants pour entamer les véritables réformes dont le pays a besoin !

    Plutôt que d’endetter nos enfants pour payer les salaires des fonctionnaires fictifs et parer au plus urgent, attaquez réellement les problèmes profonds !

    Plutôt que de mentir au FMI en lui parlant de réformes à venir, réformez réellement le pays et vous n’aurez peut-être même pas besoin du FMI !

     

    Le mode d’emploi ? Il est tout simple, il est sous vos yeux. C’est celui-là même pour lequel se sont engagés vos prédécesseurs pour obtenir les crédits antérieurs. Ils ont obtenu les crédits et n’ont pas respecté leurs engagements.

    En 2010, nous avions 435.000 fonctionnaires pour une masse salariale de 7,5 milliards de dinars. En 2021, nous avons 654.922 fonctionnaires pour une masse salariale de 20,3 milliards de dinars.

    Osez donc des frappes chirurgicales en supprimant, d’un trait, les deux-cent-mille fonctionnaires recrutés sans concours d’entrée à la fonction publique depuis 2011 ! Osez la suppression de toutes les sociétés écologiques !

    Osez la privatisation des entreprises publiques évoluant dans des secteurs concurrentiels ! C’est ce qu’ont fait tous les pays développés et ils ont eu raison de le faire. Pourquoi l’Etat continue-t-il à gérer la RNTA, Tunisie Autoroutes et autres ? Pourquoi l’État a-t-il autant de parts dans Tunisair, Tunisie Telecom, les cimenteries, etc. Pourquoi n’ouvre-t-il pas le secteur de l’électricité à la concurrence ? Jusqu’à quand la Steg ou la SNCFT vont garder le monopole ? Osez la suppression de toutes ces licences et autorisations de l’État, les plus grandes portes de la corruption ! Osez la réduction des boulets (fiscaux et administratifs) sur les entreprises qui sont les seules capables d’absorber le chômage. Osez la libéralisation de l’économie tunisienne comme l’ont osée tous les pays développés.

    Il y aura de la casse ? Mais bien sûr que oui, mais cette casse est valable juste pour le court terme, car il y aura essor juste après. Preuve à cela, ce qui s’est passé ailleurs dans le monde.

     

    Pour mettre en application ce programme (et je vous rappelle que la Tunisie s’est engagée pour une partie de ce programme), il vous faut nécessairement, mesdames, engager des discussions calmes et apaisées avec les corps intermédiaires que sont l’UGTT, l’Utica, la Conect et les fédérations professionnelles. Il vous faut inévitablement avoir l’appui des médias pour « vendre » ce programme au peuple et lui expliquer que ces frappes chirurgicales douloureuses sont dans son intérêt sur le long terme.

    Mesdames, puisque nous sommes dans une dictature et puisque vous n’avez de comptes à rendre qu’à votre chef (qui ne comprend pas grand-chose de toute façon), osez les réformes, osez le changement, osez ce que n’ont jamais osé vos prédécesseurs ! Osez être des Margareth Thatcher et Angela Merkel !

    Mesdames, tôt ou tard vous allez partir. Pensez à ce jour dès maintenant et préparez une sortie par la grande porte ! Pensez à sauver votre nom dans l’Histoire de la Tunisie pour devenir les femmes réformatrices qui ont sauvé la Tunisie au lieu d’être des godillots pitoyables ! Pensez à devenir des Radhia Haddad et Aziza Othmana et non des Sihem Badi et Mehrezia Laâbidi !

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *