Il y a une large marge entre la théorie et la pratique. Nos amis Français l’ont prouvé et nous voici sur la même voie. Le déroulement de la vérification du pass vaccinal en vigueur depuis deux semaines ne fait que le confirmer. Ça piétine.
Où que nous nous sommes déplacés, la déception était bien présente. Les soirées passées sur la plateforme Evax à tenter de télécharger le pass vaccinal n’ont servi à rien où presque. A l’entrée des hypermarchés et espaces de grande distribution, les vigils se contentent de demander si nous avions un pass vaccinal. Un oui suffit pour accéder.
Dans les salons de thé, les salles de sport, les banques et les salons de coiffure, les habitués vaccinés composent leur routine sans entrave. Tout comme les antivax, d’ailleurs. Vérifier le pass vaccinal n’est pas du ressort des employés et encore moins des propriétaires qui ont, tout de même, pris le soin de placarder des affiches exigeant le pass sur les portes et vitrines.
La question d’engager du personnel pour cette tâche ne se pose même pas. La crise inhérente à l’épidémie du Coronavirus a eu raison de plusieurs entreprises. Et en l’absence de soutien de la part de l’Etat, la vérification du pass vaccinal dans les règles ne risque pas de se faire de sitôt.
Ce qui n’est guère une surprise. Les autorités tunisiennes ont décidé de lancer le protocole sans préparatifs, et surtout sans aucune campagne de sensibilisation digne. Ce ne sont certainement pas les apparitions médiatiques de certains officiels et encore moins les communiqués de presse de la présidence de la République qui viendraient expliquer au peuple la différence entre un certificat de vaccination et un pass vaccinal, l’utilité de l’un ou de l’autre ou comment le télécharger.
Le chaos qui a accompagné le lancement de la vérification du pass vaccinal n’était qu’une petite manifestation de l’absence d’une politique publique globale en due et du forme sur la mise en place de ce protocole. Les autorités ne se sont rendu compte de la bêtise que le jour même de son entrée en vigueur– le 22 décembre 2021. Au vu des files interminables devant le centre informatique du ministère de la Santé et le crash sur la plateforme Evax, des membres du Comité scientifique ont fait le tour des plateaux des radios locales pour annoncer que les autorités feraient preuve de tolérance jusqu’à ce que les citoyens tunisiens puissent décrocher le Saint Graal.
Pour remédier à la maladresse des équipes techniques en charge du site Evax, et sauver sa peau par la même occasion, le ministre des Technologies de la communication a, lui, ordonné la mise en place d’un code USSD en guise de preuve d’un schéma vaccinal complet.
Cette flexibilité qui a duré bien trop longtemps continue alors que le bilan quotidien des contaminations au Coronavirus ne fait qu’empirer. Et face à cette nonchalance doublée d’une incompréhension du protocole, les espaces publics supposés imposer un contrôle se sont, de toute apparence, rangé du côté des voix discordantes qui clament une décision liberticide, balayant ainsi les rêves des paranos qui prônent une vaccination obligatoire.
Ce n’est qu’à la fin de la semaine dernière que le Comité scientifique a remis la question sur la table revendiquant le déploiement d’unités spécialisées pour s’assurer de la vérification du pass vaccinal à l’entrée des espaces publics concernés par la décision de Kaïs Saïed. Encore faut-il généraliser l’utilisation du lecteur QR code développé par l’Agence nationale de certification électronique (ANCE-TunTrust) pour s’assurer de l’authenticité des pass présentés.
Qui sont ces unités ? Comment se fera le contrôle ? Nous n’en avons aucune idée. Si les choses se dérouleraient de la même façon que pendant le confinement de 2020 et le contrôle de l’application du protocole sanitaire et des mesures de distanciation sociale, il est certain que les antivax auront encore des jours heureux.










