La politique en Tunisie repose sur certaines notions binaires et simplistes. Si tu n’es pas avec moi, tu es forcément contre moi. Plus encore, tu es avec l’Autre. Il demeure compliqué de comprendre que certains puissent défendre certains principes indissociables de personnes en particulier et qu’il ne s’agit pas de soutenir un nom, mais une valeur. De la science-fiction pour certains…
On parle souvent de Kaïs Saïed. Beaucoup trop souvent. Vous en avez marre chers lecteurs et nous aussi. Mais comment faire autrement avec un homme qui s’est accaparé tous les pouvoirs alors qu’il s’était présenté comme l’espoir ultime ? Vous y avez vraiment cru et bâti de grands espoirs. Et c’est bien ça le problème, c’est que certains préfèrent continuer à y croire car ils estiment qu’il n’y a aucune autre issue. Alors que d’autres n’y ont jamais vraiment cru et continuent de donner l’alerte.
Mais nous ne parlerons pas de lui aujourd’hui, non pas car il n’y a rien à dire – vous savez très bien que c’est faux – mais parce qu’à force de trop s’intéresser aux travers de l’Omni-Président, nous oublions tous les autres. Parmi ces autres, nos « amis » les islamistes.
Alors qu’il aurait dû depuis longtemps quitter la vie politique et se consacrer à écrire ses mémoires, bichonner ses petits-enfants et cultiver des tomates bio dans son potager, Rached Ghannouchi continue de parler. Et il devrait avoir la décence de se taire.
Sur Al Jazeera, hier, le chef islamiste impute à l’Omni-Président, tous les torts que le pays a connus ces dernières années. Dans le confort de celui qui a été gelé et n’a donc plus rien à perdre, mais aussi de critiquer celui qui est sous le feu des critiques, à cause de son statut de chef suprême.
Comment ne pas taper sur celui qui s’est accaparé toutes les responsabilités – et donc tous les torts – et qui donc a le privilège de s’attirer toutes les critiques ? Pourquoi ne pas, au passage, lui faire porter le chapeau pour ses propres failles et travers ? Le quidam, n’ayant pas la grandeur d’esprit d’avouer son propre échec, met tout sur le dos de celui qui lui a coupé l’herbe sous le pied. L’opportunité est trop facile pour ne pas être saisie.
Monsieur indécent croit qu’il peut tout faire oublier, qu’il peut se refaire une virginité, revenir sur la scène politique et faire comme si de rien n’était en profitant du fait que le chef de l’Etat a foiré son coup. Imaginez un bourreau, un mari violent, qui a pris pour habitude de martyriser sa femme, de la tabasser et de l’agresser, et qui vient la défendre le jour où quelqu’un d’autre se met à le faire en allant jusqu\’à se placer lui-même dans le rôle de la victime. Comprenez par-là qu’il est le seul à avoir le droit de violenter sa victime, sa chose, sa possession. Idem pour Rached Ghannouchi et le pays. Les islamistes ont longtemps considéré la Tunisie comme étant ce dû qui leur revient de droit, en récompense de leurs années de « militantisme » et d’« injustice », appelez ça comme vous voulez.
Aujourd’hui, Rached Ghannouchi se présente comme une victime de l’Omni-Président, de ses mesures exceptionnelles, de sa rengaine contre les islamistes et son gel du parlement. « Kaïs Saïed a failli à tenir ses promesses, à mettre un terme à la crise économique, à répondre aux aspirations des jeunes, à constituer un gouvernement apte à faire face à la situation du pays, et à fédérer la classe politique au lieu de la diviser davantage ».
Etonnant de la part de celui qui a été au pouvoir depuis 2011 et dont le parti, alliés et satellites sont en grande partie responsables de la déliquescence du climat politique et social en Tunisie, de l’aggravation de la crise économique, de la division et de la haine au sein de la classe politique…
Le quidam va encore plus loin et affirme que la période qui vient de s’écouler, et durant laquelle son parti tenait les rênes du pouvoir, a été marquée par des accomplissements historiques : l’écriture d’une constitution, la fondation d’un Etat de droit et de véritables institutions. Quoi de plus prévisible face à un président qui a laissé le champ libre à ses détracteurs de lui faire porter tous les torts et n’a cessé de les justifier jour après jour, en ajoutant à chaque fois un nouveau pouvoir à son arc.
Mais il ne faut pas avoir la mémoire courte. Ce n’est pas parce que Kaïs Saïed fait n’importe quoi et offre des cadeaux en or pour alimenter les critiques de ses détracteurs, qu’il faut pour autant tomber dans des pièges aussi grossiers que ceux de Rached Ghannouchi. L’Histoire ne pardonne pas et les faits sont têtus et ils sont clairement contre Ghannouchi and co. Il ne faut pas être pro ou anti- Kaïs Saïed pour le reconnaitre. Seules les valeurs priment, les noms, eux, sont éphémères…










