Faire de la politique depuis plus de quarante ans et se trouver à la tête d’un tel échec sur tous les plans devrait suffire à faire taire le président du parti islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi. On ne peut lui reconnaitre qu’un seul mérite, celui d’avoir compris, assez tôt, que son parti Ennahdha n’aurait aucune existence s’il n’est pas, d’une manière ou d’une autre, au pouvoir. En coalition, seuls, avec des partis qu’ils n’ont jamais cessé d’insulter…cela importe peu. L’essentiel, le plus important, est d’être au pouvoir. Cette avidité et cet opportunisme ont dégouté les Tunisiens dans un premier temps.
L’on pourrait admettre qu’à la limite, se raccrocher au pouvoir pour un parti politique est légitime. Mais la vraie question est : pour en faire quoi ? Le parti Ennahdha a démontré son incapacité et son manque de compétence dans la gestion des affaires du pays. Ils ont été au pouvoir pendant près de dix ans et ont été les complices de la détérioration multidimensionnelle du pays. Les arguments fallacieux selon lesquels ils n’étaient pas seuls et n’ont pas appliqué leur programme ne sont, en aucun cas, acceptables. Nous n’avions pas vu cette humilité quand ils étaient au pouvoir avec la ferme conviction que rien ne pourrait les en déloger.
Rached Ghannouchi est le principal responsable de cette débâcle et de cette déconfiture. En l’espace d’une dizaine d’années, il a fait de l’affairisme et du népotisme une politique. Son seul programme était de jouer aux dames pour assurer sa pérennité et celle de ses principaux soutiens. Même quand des dizaines de leaders de son parti se sont rebellés et ont contesté le fait que la formation politique à laquelle ils appartiennent ne se souciait plus des conditions de vie des Tunisiens, il les a isolés et poussés à la démission. Ce politicien, supposé chevronné et doté d’un sens politique infaillible, a réussi à diviser le nombre d’électeurs de son parti par trois en seulement huit ans ! Dans n’importe quel parti qui se respecterait, Rached Ghannouchi serait éjecté devant de tels résultats. S’il avait un semblant de sens de la responsabilité et s’il ne croyait pas dur comme fer qu’il est irremplaçable, Rached Ghannouchi aurait démissionné de son propre chef. Au lieu de cela, il a été porté à la présidence de l’Assemblée des représentants du peuple. Trouver à la tête de cette institution l’une des personnalités politiques les plus détestées par les Tunisiens est bien la preuve que cette démocratie avait un problème.
C’est là que Rached Ghannouchi s’est pris pour ce qu’il n’est pas. Il a fait du bureau de l’Assemblée un complice de l’illégalité malgré les protestations vigoureuses d’élus comme Nabil Hajji, Abir Moussi et d’autres. Il a également inventé une institution qui n’existe dans aucun texte de loi qui s’appelle « présidence de l’Assemblée des représentants du peuple ». Il a même osé se constituer un cabinet composé de proches comme Habib Khedher, qui a fini par démissionner, et il a recruté des personnes comme Mohamed Ghariani. Pendant ce temps-là, ses sbires Rafik Abdessalem et Abdelkarim Harouni étaient occupés à faire taire les voix au sein d’Ennahdha qui réclamaient un congrès équitable pendant lequel ils pourraient demander des comptes à leur leader. Avant cela, la même bande tentait de faire amender le règlement intérieur du parti pour garantir la pérennité de Rached Ghannouchi à sa tête. Pour se permettre aujourd’hui de donner des leçons de démocratie et de pluralisme, il ne faut pas moins que l’aplomb et le toupet d’un Rached Ghannouchi.
Mais Rached Ghannouchi est « une vieille qui se fout d’être pincée » comme le dit un célèbre dicton tunisien. Pire, au cours des funérailles de l’un des membres de son parti, Rached Ghannouchi évoque, sans sourciller le « Taghout ». Il s’agit d’un mot largement utilisé par les formations terroristes pour désigner leurs ennemis de la police et de l’armée. Il s’agit surtout d’un mot chargé de sens, de sang et de douleur pour l’ensemble des Tunisiens car il est viscéralement lié à tous les horribles attentats que le pays a subi.
A chaque fois que Rached Ghannouchi se trouve devant un auditoire qu’il sait amical et bienveillant à son égard, il se lâche et révèle ce qu’il est profondément en faisant appel à un vocabulaire et à un référentiel qui lui est cher. En fait, il se fout éperdument de la démocratie, de la séparation des pouvoirs ou des droits et libertés. La seule ambition de Rached Ghannouchi était de prendre la place de Ben Ali et de se venger. Rien de positif ne peut émerger d’un terreau aussi pourri.
Il existe beaucoup de personnes sincères qui se battent pour de vraies valeurs démocratiques, mais certainement pas pour un simulacre qui porterait Rached Gahnnouchi à un poste de responsabilité. Chaque fois qu’il parle, il rappelle à tout le monde pourquoi le cheminement démocratique tunisien a été perverti pour ensuite être confisqué. Chaque fois qu’il parle, il redonne envie à des milliers de personnes de sortir casser les sections du parti. Chaque fois qu’il parle, il attise encore plus la colère et le dégoût. Rached Ghannouchi, tais-toi !










