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Ramadan, le mois des paradoxes

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    Aujourd’hui est le premier jour du mois de ramadan. Le mois saint de tous les paradoxes. Mais, si les contradictions sont poussées à leur paroxysme en ce mois de la piété/surconsommation, elles n’ont pas attendu le 2 avril pour voir le jour.

     

    Mercredi 30 mars 2022, le chef de l’Etat décide de dissoudre le Parlement. L’Assemblée des représentants du peuple n’a plus lieu d’être, d’après Kaïs Saïed, depuis que les députés – pourtant gelés – ont décidé de se réunir en plénière et de s’opposer à ses mesures du 25-Juillet.

    Dans la soirée, Saïed réunit le conseil de la sécurité nationale et fait une sortie tonitruante pour annoncer que le Parlement n’est plus, que Maurice a dépassé les bornes des limites et qu’il doit disparaitre dans les tréfonds des interprétations constitutionnelles. Lui qui, soutenait pourtant, que la Constitution – dans son article 80 – ne lui permettait pas de dissoudre l’Assemblée mais uniquement de la geler.

     

    Kaïs Saïed faire volte-face, ceci est assez inhabituel pour cet homme parti sur une autoroute depuis qu’il a annoncé sa volonté de briguer un mandat à Carthage. Saïed a, en effet, à son actif, une parole sans faille et des principes imperturbables. L’homme a toujours suivi le programme qu’il s’est lui-même fixé depuis des années sans chercher à en dévier. Un revirement est donc une première. Mais toute première marque un commencement.

    Si les principes sont imperturbables, les engagements, eux, ne sont pas sans faille puisqu’ils se heurtent souvent à une réalité qui lui échappe et dont il ne peut contrôler l’issue. Crise économique, dégradation de note souveraine, communauté internationale inquiète et guerre en Ukraine, Saïed aura beau qualifier les agences de notation de « Ommek Sannefa », s’élever contre l’ingérence étrangère et croire qu’il maitrise tout pour le bien de tous, il est une vérité qu’il ne pourra pas occulter et à laquelle il devra faire face. Le pays va mal et il devra être redressé. D’urgence.

     

    Acculé à une situation dont il s’est rendu compte qu’il ne sortira pas forcément gagnant, Kaïs Saïed réajuste son fusil d’épaule et prend des décisions qu’il avait refusées il y a à peine quelques semaines. Après avoir dissous un Parlement indissoluble, il décide de concéder un dialogue. L’omni-président n’a jamais totalement exclu un dialogue national, mais cet exercice devait, selon son plan, réunir les jeunes et prendre une forme inédite « totalement différente des expériences précédentes ». Ce dialogue a été la consultation nationale. Un mécanisme qui a voulu…pour les maigres résultats que l’on connait tous

    Finalement, le loup solitaire, qui n’a jamais réussi à dialoguer ou à écouter qui que ce soit, accepte de s’assoir à une table et de dialoguer. Un dialogue qui ne différera pas beaucoup de ceux qui l’ont précédé au fil des années. Mais attention, ce dialogue – dont les termes sont certes une concession en soi – ne pourra se faire avec l’ennemi. Exit donc les partis politiques qui n’ont aucune raison d’être selon Saïed, ainsi que les organisations qui dénoncent des libertés menacées et une accaparation des pouvoirs.  « Cette consultation est nationale et sera la base d’un dialogue avec les intègres et les sincères […] Construisons notre Etat sur des bases solides, conformément à la volonté du peuple tunisien et non pas avec les traitres qui l\’ont martyrisé ! ». Voilà qui est dit.

     

    Face donc à l’échec cuisant de sa consultation, Kaïs Saïed décide de faire une concession, s\’assoir sur une table et dialoguer. Ce dialogue lui permettra de ne pas perdre la face en annonçant avoir échoué, ni remettre en cause la légitimité des résultats récoltés. Il apporte ainsi à sa consultation l’appui des organisations nationales puisque ce sont ses résultats qui serviront de base au dialogue. C’est du moins ainsi qu’il le présente.

    Il n’est, évidemment, pas exclu que ce dialogue dévie des bases fixées d’avance et échappe au contrôle de l’omni-président. D’autres concessions ne sont pas à exclure. Les nuits ramadanesques risquent de nous révéler bien des surprises…

     

    En attendant, il ne nous reste qu’à attendre et observer, et à moi de vous souhaiter un bon ramadan. Que ce mois du recueillement/hypocrisie vous apporte cette si rare sérénité dont nous avons tant besoin…

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