Pourquoi s’embarrasser d’organiser un référendum, de débourser des milliers de dinars, de mobiliser des centaines d’agents ? Pourquoi faire déplacer les Tunisiens aux urnes sous un soleil de plomb en plein été, un jour férié, alors qu’ils préféreraient sûrement rester bien au froid derrière des persiennes closes ou se rafraichir dans les belles plages de sable fin ? Pourquoi tout ce tohubohu, ces déclarations énervées, ces débats agités qui mèneraient à un seul et même résultat, celui décidé par le sauveur juillettiste ? A un état d’exception qui s’éternise il aurait mieux fallu au final faire montre de franchise et se la jouer cartes sur table.
Pourquoi réunir des gens et leur imposer de dialoguer pour remplir les cases d’une inclusivité participative, pourtant factice ? Un dialogue ne le serait-il vraiment que si les dés n’étaient pas pipés depuis le début ? Les deux pages demandées aux participants finiront à la corbeille et ces participants ne sont, en réalité, que des faire-valoir d’un projet préétabli, de la poudre de perlimpinpin.
Pourquoi organiser des élections législatives si la finalité est de laminer le rôle des partis politiques et de s’assurer une assemblée éparpillée, faiblarde et docile ? Pourquoi s’encombrer de toute une mise en scène pour donner le change et jouer un semblant de pratiques démocratiques.
Pour préserver les formes ? Dites-vous bien que les formes n’y sont plus. Le mirage ne fait que se dissiper et voilà que ceux frappés par une étrange cécité depuis des mois commencent à entrapercevoir le visage hideux du pouvoir hégémonique. Décret : accaparation des pouvoirs. Décret : dissolution du Conseil supérieur de la magistrature et prérogatives présidentielles élargies. Décret : dissolution de l’Instance supérieure indépendante pour les élections et président qui nomme les nouveaux membres et dicte les règles du jeu. Décret : 57 magistrats révoqués sans possibilité de recours (du jamais vu), aucun respect de la présomption d’innocence, aucun respect des procédures, aucun respect au CSM provisoire qu’il a nommé lui-même. D’ailleurs… Décret : modification du décret relatif au Conseil supérieur provisoire de la magistrature s’accordant la prérogative de révoquer les juges au même moment qu’il publiait la liste des révoqués. On ne perd pas son temps. On ne fait pratiquement plus semblant, alors pourquoi se fatiguer à organiser pleins de trucs pour continuer à maintenir une illusion qui s’effiloche ?
Même le code électoral amendé par décret présidentiel ne prévoit pas le scénario d’un « non » au référendum. Il n’y a qu’un seul cas de figure : l’approbation. Et puis qu’on ait un taux de participation hyper bas ne mettra pas en cause la légitimité du vote puisque le décret prévoit l’acceptation du projet soumis au référendum dans le cas où la réponse « oui » obtient la majorité des suffrages exprimés. Pour caricaturer, il suffit qu’une seule personne mette un « oui » dans l’urne et qu’une autre vote blanc, pour que le texte soit adopté.
Pourquoi donc s’incommoder de toute cette démarche factice, pourquoi continuer à nous rire au nez alors qu’il aurait été plus facile (et surtout cohérent) de pondre un bon vieux décret et que l’affaire soit dans la poche. Un décret pour promulguer la constitution et un autre pour nommer des députés et qu’on en finisse. En défaut de transparence, le pouvoir devrait y aller franco en assumant ses actes et ses projets. Qu’on ne vienne pas après nous seriner avec des discours sur la démocratie et le respect des lois ou de justice indépendante ou de pluralité et de société civile. Ce serait vraiment abusé. Un pouvoir qui casse carrément tous ceux qui n’adhèrent pas à sa vision n’a rien de démocratique. Un pouvoir qui menace les corps intermédiaires qui n’ont pas montré patte blanche ne peut être qu’une tyrannie naissante.










