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COP 27 – Les changements climatiques, dernier souci de Kaïs Saïed

 

Le changement climatique est indéniablement le défi du siècle. Les rapports des organisations internationales sont alarmants et dénotent de l’urgence de la situation de par l’impact des variations de températures, de la sécheresse et des émissions de gaz sur la sécurité alimentaire et environnementale à l’échelle planétaire. Cependant, pour le pouvoir en place en Tunisie – pays signataire de l’Accord de Paris de 2015 – , cela n’est qu’accessoire.  

 

La délégation tunisienne à la COP27 illustre l’intérêt que porte le chef de l’État au dossier. Alors que ses homologues d’autres pays – le président algérien, Abdelmajid Tebboune, entre autres – se sont précipité à Charm el-Cheikh où se déroule la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, Kaïs Saïed n’a même pas tenté de s’afficher en bon élève. Il a préféré rester dans son palais pour discuter des ratages des JCC, de ses opposants et des complotistes, et a envoyé sa cheffe de gouvernement Najla Bouden, accompagnée du ministre de l\’Économie et de la Planification, Samir Saïed, de la ministre de l\’Industrie, des Mines et de l\’Énergie, Neila Gonji, et de la ministre de l\’Environnement, Leila Chikhaoui. 

 

De la participation tunisienne à cette conférence durant laquelle le débat portera, essentiellement, sur le financement de la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays en développement, nous n’avons vu que le bref échange entre Mme Bouden et le président israélien et quelques photos de rencontres bilatérales plutôt décontractées publiées par la présidence du gouvernement. Les tenants et aboutissants des tables rondes auxquelles prend part Mme Bouden nous seront communiqués plus tard ou pas. Peu importe, de toute façon, les mesures à prendre qui se dégageront de ces rencontres resteront probablement des paroles en l’air car, avouons-le, la volonté politique n’y est pas et les moyens manquent.  

 

Face à des problématiques qui menacent la sécurité alimentaire et environnementale d’un pays jonché d’ordures et qui souffre de stress hydrique, sans parler des émissions de gaz à effet de serre et les projets d’énergies renouvelables qui titubent, le ministère de l’Environnement ne dispose que d’un budget minuscule – en plus de huit autres ministères le département n’a que 5,42% du budget de l’État. 

 

Le département de Leila Chikhaoui se contente, bien évidemment, des moyens du bord. Rudimentaires est, d’ailleurs, le moins qu’on puisse dire de ses projets. Alors que les déchets sont responsables de 6,5% des émissions de CO2 en Tunisie (chiffres du ministère de l’Environnement datant de 2012), le département pense encore à l’enfouissement. Il prévoit sur 2022 un budget de 22,5 millions de dinars pour l’ensemble des projets de gestion des déchets dont l’enfouissement et la création de décharges contrôlées. Entre temps, pour résoudre la crise environnementale à Sfax ensevelie sous les poubelles, c’est à la chaux et à coups d’insecticides et de désodorisants que le ministère allège les souffrances des habitants.   

 

Pour ce qui est des projets environnementaux et de développement durable, le ministère prévoit sur 2022 un budget de 4,9 millions de dinars pour, entre autres, appuyer l’effort national dans le cadre de l’exécution des recommandations de l’Accord de Paris. Les projets d’énergies renouvelables n’existent, eux, que dans les discours. Le pays où il fait beau 365 jours par ans et que la part des énergies est de 57% dans les émissions de CO2 (2012), demeure un consommateur passif de photovoltaïque.  

 

La présidence de la République n’a, elle, d’yeux que pour les législatives anticipées – qui coûteront des milliards de dinars pour finir en queue de poisson – et une hypothétique lutte contre la corruption. Que le pays soit très vulnérable au changement climatique – en raison de l\’augmentation des températures et de l\’aridité, de la diminution des précipitations et de l\’élévation du niveau de la mer – n’est qu’en bas de la liste des priorités du locataire de Carthage. Selon le dernier rapport de Green Peace, toute l\’Afrique du Nord, notamment le Maroc, l\’Algérie, la Tunisie et l\’Égypte, font face à de graves épisodes de chaleur et de sécheresse extrêmes en plus de la diminution des précipitations moyennes. Cette combinaison devrait accroître la pression sur les productions agricoles dans une grande partie de la région, en particulier dans les pays qui dépendent fortement de l\’agriculture pluviale, notamment la Tunisie. Selon les projections climatiques de l’Institut national de la météorologie, la Tunisie devrait connaître une hausse des températures entre 1°C et 1,8°C à l’horizon 2050, et entre 2°C et 3°C à la fin du siècle, et une diminution des précipitations annuelles aux horizons 2050 de 5% à 10%.

 

Green Peace affirme, dans ce sens, que la hausse des températures impacterait les productions agricoles davantage et pousserait le pays à importer plus pour subvenir à ses besoins alimentaires. De quoi alourdir les caisses vides de l’État. Rien qu’en blé dur, la Tunisie a dépensé en 2022, 408.181.967 de dollars pour l’achat de 984.155 tonnes, selon l’Office des céréales. Le total des importations de céréales en 2022 était, lui, de 897.033.715 de dollars. Avec l’envolée des prix, cela risque d’empirer.


 

Nadya Jennene

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