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Envolée des prix : le pire est encore à venir

Entre les prix que « recommande » le ministère du Commerce et ceux qu’appliquent les commerces, le citoyen tunisien ne sait plus où donner de la tête. En grandes surfaces et sur l’application codeonline les pommes de terre et les tomates, si toutefois elles sont disponibles, se vendent à un prix moyen de 1,5 et 1,6 dinar. Chez les vendeurs de légumes, les prix sont autres.

De même dans les marchés où c’est l’anarchie totale. Si les étalages à l’intérieur des marchés municipaux sont relativement en règle, ceux à l’extérieur – convaincus d’avoir les coudées franches – s’autorisent des prix à la tête du client. Le citoyen se retrouve alors contraint de se procurer les produits dont il a besoin pour nourrir sa famille ou du moins essayer. Car, au vu des prix de la tomate et de la pomme de terre – des aliments de base dans la cuisine tunisienne – le risque de manger de la vache enragée est bien grand.  

Face à cette inflation dont le taux échappe à la ministre du Commerce, le département de Fadhila Rabhi se contente d’une application mobile dont nous avons appris l’existence en avril 2021 lors d’un lancement des plus timides. Annoncée initialement en octobre 2020, codeonline est supposée communiquer aux citoyens les prix des produits alimentaires tels qu’appliqués sur le marché. Or, l’application ne permet que quelques références. Elle utilise la localisation pour afficher la moyenne minimale et la moyenne maximale des prix de vente en plus des prix pratiqués sur le marché le plus proche à la zone géolocalisée par codeonline. Si vous êtes du côté d’Ennasr par exemple c’est le marché de la Manouba qu’on vous recommande alors que le quartier est entouré d’au moins trois autres marchés plus proches ; celui de l’Ariana, de Menzah 8 et Menzah 9, entre autres. 

Codeonline fait, également, office d’un outil de dénonciation via lequel les consommateurs peuvent signaler des infractions. Cela sous-entend que le ministère du Commerce dispose, en plus des agents de contrôle municipaux, d’un outil digital qui communique en temps réel les violations commises par les commerçants. L’effort reste, toutefois, minime vu l’ampleur de la crise. Les 500 téléchargements en deux ans de service ne font nullement le poids face à l’envolée des prix et à l’inflation qui ne cesse de creuser les poches des salariés qui se vident au bout de dix jours, et non par mauvaise gestion.  

Pire ! Mme Rabhi semble méconnaître ou ignorer les principaux indicateurs de la santé économique du pays, pourtant publics. Récemment, elle a affirmé au micro de plusieurs médias que les prix appliqués étaient abordables et l’inflation loin d’être alarmante en comparaison avec certains pays européens où le taux d’inflation a atteint les 10%. Au mois de novembre 2022, la Tunisie affichait un taux d’inflation est de 9,8%, selon l’Institut national de la statistique (INS). Il était de 6,4% à la période correspondante l’année dernière. Pour Mme Rabhi l’inflation ne dépasse pas 8,9%.  

Si le département de Mme Rabhi n’a pas la main sur l’inflation importée, il reste tout de même responsable d’un autre facteur qui a aggravé la hausse des prix des produits alimentaires : l’absence de stocks y compris stratégiques. La guerre du président de la République contre les spéculateurs et les monopoleurs en ignorance totale du fonctionnement des circuits de distribution a créé des pénuries et par conséquent une augmentation des prix de certains produits. Terrorisés d’une éventuelle descente inopinée et parfois injuste des agents du ministère du Commerce – en application des consignes du locataire de Carthage – les distributeurs et fournisseurs ont abandonné leurs entrepôts laissant ainsi les rayons des magasins vides. Le ministère du Commerce continue cependant dans sa démarche oubliant le principe même de l’offre et de la demande : une offre restreinte et une forte demande conduisent systématiquement par une hausse des prix. 

Entre temps le citoyen paye de sa poche les résultats de la politique du gouvernement. La situation risque d’ailleurs de s’aggraver car, rappelons-le, le gouvernement de Najla Bouden a conclu un accord préliminaire avec le Fonds monétaire international. Si approuvé, cet accord esquintera davantage les ménages. Une des conditions pour l’obtention du prêt du FMI étant la levée des subventions appliquées à plusieurs produits de première nécessité, au gaz, carburant, eau et électricité… Mais peu importe ! Après tout, « il est plus économique de mourir de faim que de mourir de trop manger », comme disait Philippe Geluck. 

 

Nadya Jennene 

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