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Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu

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Sans surprise, le second tour des législatives a été boycotté par la majorité des Tunisiens. Comme au premier tour, les Tunisiens ont envoyé une formidable claque au régime de Kaïs Saïed, sa constitution et ses élections. Comme au premier tour, le taux de participation a avoisiné les 11%. Et encore, on parle là du pourcentage officiel de l’Isie, il n’est pas sûr que les chiffres réels concordent. Kaïs Saïed a taillé sur mesure le code électoral, il a fait gonfler (bêtement) le nombre des électeurs, il a exclu les partis politiques et il s’attendait à un raz-de-marée approuvant sa politique. Au final, il a eu un bras d’honneur. « Un mercredi 3 mars » comme diraient certains. En s’abstenant d’aller aux urnes les 17 décembre et le 29 janvier, le peuple tunisien a crié un grand « non » au président.

Kaïs Saïed écoutera-t-il ce peuple civilisé ? Non ! Et parce qu’il ne va pas écouter l’abstention record des 17 décembre et 29 janvier, Kaïs Saïed sera chassé du pouvoir comme un malfraiteur. Lui qui aime tant citer l’Histoire, qu’il voie ce qu’il est advenu de Nicolae Ceaușescu et de Laurent Gbagbo. Qu’il voie ce qu’il est advenu de Habib Bourguiba et Zine El Abidine Ben Ali. Sa fin ne diffèrera pas trop.

 

Les législatives ont été, pour les Tunisiens, un non-événement. Les week-ends des 17 décembre et 29 janvier étaient d’une platitude extraordinaire. Une première depuis 2011.

Kaïs Saïed a tout gâché par son populisme à tout va.

Regardez les personnes qu’il a nommées aux postes-clé de l’État, aucun n’a une biographie digne de ce nom. En considérant qu’ils ont une biographie déjà, car je doute fort que les gouverneurs de Bizerte ou de Ben Arous en aient une.

Regardez ses défenseurs dans les télévisions et les radios, les Chaftar, Jrad, Dziri and co. À les voir et les écouter, on devine en deux minutes que leur QI est largement inférieur à la moyenne et qu’ils n’ont aucun bagage intellectuel.

Regardez ses aficionados sur les réseaux sociaux et vous conclurez, en deux minutes, qu’ils sont majoritairement de la racaille qui n’a que l’injure et l’invective des adversaires pour programme.

Ce type de personnes qu’on voit à la télé, qu’on écoute à la radio et qu’on croise sur les réseaux sociaux porte un nom : populace. C’est elle qui prétend aujourd’hui gouverner, c’est elle qui prétend défendre le peuple, c’est elle qui parle au nom du peuple et c’est elle qui prétend raisonner. Et « quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu », disait Voltaire dans sa « Lettre à Damilaville » en 1766.

 

Plus de 250 ans après, l’analyse de Voltaire demeure valable pour la Tunisie. Notre génération est témoin de la décadence du pays à vue d’œil. L’inflation galopante et les pénuries de divers produits n’en sont que les symptômes visibles. Ça a commencé avec la troïka et les islamistes ? Oui. Mais ça a pris des proportions démesurées avec Kaïs Saïed, notamment après le 25 juillet 2021 quand il s’est accaparé les pleins pouvoirs. Il est en train de mener la Tunisie vers l’abîme avec sa gouvernance anachronique et son populisme affligeant.

Mon analyse importe peu, cependant. Nul n’est prophète en son pays.

Quand il s’agit d’analyse-pays, la seule et unique qui importe est celle des agences de notation souveraine, les Fitch, Moody’s et Standard & Poor’s.

Vendredi dernier, un séisme a de nouveau frappé la Tunisie. Moody’s a abaissé la note de la Tunisie à Caa2 avec perspectives négatives.

Si on avait un président et des membres de gouvernement qui respectaient leur pays et se respectaient eux-mêmes, ils auraient démissionné de suite. La dégradation de la note souveraine tunisienne signifie, tout simplement l’échec de leur gouvernance et l’incrédibilité de leur plan de sauvetage. Ni plus, ni moins. En termes simples, la gouvernance actuelle a conduit à la dégradation et le plan mis en place pour les années à venir a été considéré comme non crédible, d’où les perspectives négatives.

Que signifie concrètement la dégradation de la note tunisienne ? Business News a déjà répondu à la question, mais s’il faut résumer, disons que la Tunisie appartient désormais à la classe de pays ultra-spéculatifs. En dessous, il n’y a que les pays en défaut de paiement. Dans cette catégorie de pays ultra-spéculatifs, on trouve la Grèce, l’Ukraine, le Congo, l’Éthiopie ou le Mali. Précisons qu’il y a une guerre sur les territoires des quatre derniers pays.

À cause de cette classification, il va être difficile à la Tunisie de trouver des prêteurs et encore moins des investisseurs. Quand bien même elle trouverait, ce serait à des taux usuriers.

Faute de crédits, à des taux acceptables, il sera difficile de répondre aux besoins de la population en matière de médicaments, de blé, de semoule, d’équipements, de pétrole, d’huiles etc.

Dans sa loi de finances 2023, le gouvernement a prévu des crédits du FMI et d’autres bailleurs de fonds. Mais ça, c’était avant la dégradation. Quel est leur plan avec une notation de Caa2 ? Gouverner c’est prévoir et le gouvernement Bouden n’a rien prévu. Encore moins Kaïs Saïed.

 

Ce qui nous arrive aujourd’hui était prévisible. Nous l’avons dit, écrit et répété à plusieurs reprises, ce qui nous a valu des centaines de commentaires d’injures de la part des aficionados du président. Parmi les rares institutions tunisiennes gouvernées par des gens qui ont un QI respectable, la Banque centrale (BCT) a publié le 6 octobre 2021 un communiqué alarmant sur la situation du pays.

Nous avons, alors, expliqué le signal d’alarme en termes simples dans l’espoir que la clique putschiste rattrape ce qui est encore rattrapable. La réponse fut des invectives du plus haut sommet de l’État.

Qu’a fait le président face au signal d’alarme de la BCT et des médias et de la dégradation à venir de la note souveraine ? Il a reçu le 7 octobre le gendarme de la Bourse qui n’a absolument rien à voir avec le sujet. C’est en effet, avec Noureddine Sayel, président du CMF, que Kaïs Saïed s’est entretenu pour lui dire que les agences de notation doivent changer de critères d’attribution de notes souveraines. Ce n’est pas une blague !  En termes simples, c’est comme s’il est allé voir un ophtalmo pour des douleurs aux reins, le tout en demandant aux radiologistes de changer leurs équipements.

Deux jours après, face au tollé, il a reçu le ministre de l’intérieur et s’est permis de se moquer des agences  de notation les qualifiant d’Ommek Sannefa. Un jeu de mots de langue arabe à l’humour très approximatif.

 

En cet octobre 2021, Kaïs Saïed n’a fait qu’étaler son ignorance totale du sujet. Il ne connait rien aux finances et à l’économie. Il ne connait rien à la gouvernance et à la politique tout court. Il ne fait même pas la différence entre millions et milliards, comme il l’a montré à plusieurs reprises.

La nouvelle notation de la Tunisie est la simple conséquence de l’analphabétisme et l’inculture présidentiels. Quand on a les pleins pouvoirs depuis un an et demi et que l’on ne réagit pas aux avertissements, il est normal que l’on mène son pays vers l’abîme et que les arbitres du temple (les fameuses agences) vous dégradent.

Kaïs Saïed affirme tout le temps faire partie du peuple, sous-entendant qu’il ne fait pas partie de l’élite. OK !

C’est quoi l’antonyme de l’élite ? Disons, pour être poli, que c’est la populace. Et quand la populace gouverne, tout est perdu. On en est là en Tunisie en cette fin du mois de janvier 2023.

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