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L’Union européenne et nous

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    Jeudi 16 mars 2023, le Parlement européen adopte une résolution sur la Tunisie sous l’intitulé « Attaques récentes contre la liberté d\’expression et d\’association et les syndicats, notamment le cas du journaliste Noureddine Boutar » et ce par 496 voix pour, 28 contre et treize abstentions.

    Diplomatiquement parlant, la publication d’une telle résolution signifie l’échec de notre ministre des Affaires étrangères à faire le lobbying nécessaire pour véhiculer une bonne image de son régime. Un échec accentué par le fait qu’il était ambassadeur à Bruxelles.

    « À l’impossible, nul n’est tenu ». En dépit de toute sa bonne volonté, Nabil Ammar ne peut blanchir un régime qui a bafoué toutes les règles de la démocratie et qui méprise et emprisonne son peuple.

    En réponse à la résolution du Parlement européen, il n’y a eu aucune réaction officielle des autorités tunisiennes. On se suffira d’une discussion arrogante du chef de l’État avec sa cheffe du gouvernement (publiée sous forme d’un communiqué présidentiel) et de quelques dizaines de réactions injurieuses des partisans du président sur les réseaux sociaux, unanimes pour dénoncer ce qu’ils appellent ingérence dans nos affaires intérieures.

    Durant sa rencontre avec Najla Bouden, Kaïs Saïed a évoqué la nécessité de respecter la souveraineté nationale, « en particulier face aux tentatives d\’ingérence de certaines parties étrangères qui ne connaissent pas la vérité ou qui, probablement, font mine de l’ignorer. La contrefaçon de sceaux fait-elle partie du travail syndical, le blanchiment d\’argent relève-t-il du cadre de la liberté des médias, et un média a-t-il été fermé ou un journal interdit de publication ? »

    Il a indiqué que « certains sont encore animés par la nostalgie de la tutelle et du colonialisme, et qu\’ils se trompent sur l\’histoire et sur les personnes ».

     

    Qui Kaïs Saïed pense convaincre par ses phrases effrontées ? Comme beaucoup de Tunisiens, il se positionne en rang supérieur pensant donner des leçons de démocratie à 498 élus représentant 27 nations démocratiques ? 

    Il dit que les Européens font mine d’ignorer la vérité, alors qu’il fait mine d’ignorer la vérité depuis son putsch du 25 juillet 2021.

    Il a actionné l’article 80 de la constitution pour geler, puis dissoudre, un parlement élu et s’accaparer ainsi les pleins pouvoirs.

    Il a dissout un Conseil supérieur de la magistrature élu pour le remplacer par un autre choisi, mettant ainsi le pouvoir judiciaire sous la coupe du pouvoir exécutif. Il a limogé 57 magistrats désobéissants sans aucune autre forme de procès. Il a mis en résidence surveillée, interdit de voyage et emprisonné des dizaines d’opposants.

    Il a écrit tout seul une constitution pour l’imposer à tous les Tunisiens après un référendum controversé auquel auraient pris part 30,5% des inscrits et qui s’est achevé par un score soviétique (94,6%).

    Il a imposé un parlement élu à la suite de législatives dont le taux de participation avoisine officiellement 11,4% seulement du corps électoral.

    Kaïs Saïed accuse les Européens de faire mine d’ignorer les vérités, alors qu’il a balayé d’un revers toutes ces vérités !

    Il accuse ses adversaires d’être animés par la nostalgie et la tutelle du colonialisme, alors que lui-même donne l’impression de vivre dans une autre époque.

     

    En démocratie du XXIe siècle, un président a des obligations envers le peuple à la tête desquelles le respect de sa voix. Quand un peuple sort dans les rues par milliers et boycotte les élections par millions, il doit de se faire entendre et obéir.

    En démocratie du XXIe siècle, un président a des comptes à rendre à son peuple (via des discours périodiques et des interviews journalistiques) et publie toutes ses activités, jusqu’à son agenda quotidien.

    En démocratie du XXIe siècle, il n’y a aucune mainmise, aucune ingérence et aucune intimidation du pouvoir exécutif sur le pouvoir législatif et encore moins sur le pouvoir judiciaire.

    En démocratie du XXIe siècle, un journaliste ne risque pas dix ans de prison pour un article critique à l’encontre du régime.

    En démocratie du XXIe siècle, quand on emprisonne des personnalités publiques et quand il y a polémique, le sujet devient d’intérêt général et impose au parquet de communiquer suffisamment de détails et de preuves pour convaincre l’opinion et les avocats que la justice suit réellement son cours.

    En démocratie du XXIe siècle, la présomption d’innocence et le respect des procédures priment. Toujours et systématiquement.

    En démocratie du XXIe siècle, jamais au grand jamais, un président ne se prononce sur des affaires judiciaires en cours.

    En démocratie du XXIe siècle, un président fédère et rassure, il ne clive pas et ne fait pas monter une partie du peuple contre une autre.

     

    Kaïs Saïed fait mine d’ignorer toutes ces vérités et accuse les Européens de les ignorer !

    Il pense que sa parole suffit pour qu’on croie qu’il y a complot contre l’État, blanchiment d’argent et tentative d’assassinat, alors que même son parquet, hiérarchiquement dépendant de lui, ne s’est pas prononcé sur le sujet.

    En vérité, seuls quelques-uns de ses partisans et aficionados le croient. Ils sont sortis pour attaquer et injurier l’Union européenne allant jusqu’à déchirer, devant les caméras, les protocoles d’accord signés. Ah ce que l’ignorance peut faire !

    Quand on est si imbu de soi, et qu’on s’élève contre l’ingérence et le néo-colonialisme, on critique son président quand il se trompe et on défend ses compatriotes (quelles que soient leur couleur politique) quand ils subissent des injustices.

    Quand on est si imbu de soi, et qu’on s’élève contre l’ingérence et le néo-colonialisme, on refuse que son président mène une politique similaire à celle de l’Iran ou de la Corée du Nord.

    Quand on est si imbu de soi, et qu’on s’élève contre l’ingérence et le néo-colonialisme, on n’accepte pas la position de serpillère et on refuse tout mépris de ses gouvernants.

    Quand on est si imbu de soi, et qu’on s’élève contre l’ingérence et le néo-colonialisme, on exige de son président de faire ses devoirs.

    Quand on est si imbu de soi, et qu’on s’élève contre l’ingérence et le néo-colonialisme, on ne fait pas de la mendicité sa politique et on cesse de réclamer des aides et des crédits à autrui.

    Quand bien même il n’y a pas d’aides et de crédits, il y a une réalité historique et géographique qui t’impose d’avoir des relations politiques, économiques et commerciales avec l’Europe.

     

    La réalité, que Kaïs Saïed et ses aficionados feignent de ne pas voir, c’est que la Tunisie est fortement dépendante de l’Europe et qu’elle ne peut pas changer cette réalité.

    Nos usines (textile, industrie automobile…) travaillent essentiellement pour les grandes marques européennes. Elles ne peuvent pas trouver des clients ailleurs, leurs produits sont exclusifs pour les Européens.

    Les principaux clients de notre agriculture se trouvent en Europe et c’est là où on écoule notre huile d’olive, notre vin, nos tomates et nos agrumes. Il est extrêmement difficile de trouver des clients chinois, arabes ou africains car il ne s’agit pas uniquement de relations commerciales, il s’agit de relations amicales et de confiance et d’affinités culturelles qu’on met des années à établir. Ce n’est pas propre à notre génération, les relations commerciales tuniso-européennes remontent à des siècles.

    L’essentiel de nos TRE se trouvent en Europe et c’est là où veulent aller nos futurs émigrés.  Ça n’a rien de nouveau non plus.

    La première destination touristique des Tunisiens, c’est l’Europe et, ici aussi, ça n’a rien de nouveau.

    La balance commerciale de la Tunisie est négative. Paradoxalement, elle est positive avec l’Union européenne, c’est-à-dire que la Tunisie exporte plus ce qu’elle importe. En chiffres (2021), l’Union européenne représente 70,2% de nos exportations et seulement 47,7% de nos importations. La Tunisie a un excédent commercial de 2,7 milliards de dinars avec l’UE et cet excédent s’enregistre avec les plus grands pays (France, Italie, Allemagne).

    Tout cela sans parler des relations culturelles et sociales que les Tunisiens ont avec les Européens depuis des siècles, bien avant les conquêtes arabo-islamiques.

     

    Kaïs Saïed fait mine d’ignorer toutes ces vérités et accuse les Européens de les ignorer ! Il fait mine d’ignorer des siècles de collaboration fructueuse, bien supérieure à la collaboration avec le monde arabo-islamique.

    Par ignorance, par bêtise, par manque de clairvoyance et de culture, ses aficionados injurient les Européens, sans se rendre compte qu’ils sont en train d’injurier tous les acteurs économiques de la Tunisie et de saboter leur travail générant des devises pour qu’ils puissent manger et se soigner. En déchirant le protocole d’accord avec l’Union européenne, ils portent préjudice à l’économie nationale. Ils crachent sur des siècles de collaboration fructueuse pour les deux parties et notamment pour nous.

    Si on ne veut pas d’ingérence européenne, et on n’en veut pas, balayons d’abord devant nos portes !

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