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L’État c’est lui et lui c’est l’État

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    Treize jours que le président n’a pas donné signe de vie, treize jours que les Tunisiens s’interrogent sur le chef de l’État et sa santé, treize jours d’inquiétude pour les uns et d’espoir pour les autres, treize jours que les autorités refusent de donner une quelconque information à ce sujet.

    C’est à la fois drôle et frustrant que de pouvoir suivre de près, les activités de Joe Biden, d’Emmanuel Macron et de Rishi Sunak et de ne pas pouvoir obtenir une information de première importance de son propre président !

    À l’instant où ces lignes sont rédigées, nous sommes incapables de dire si Kaïs Saïed est mort ou vivant, sain ou alité, conscient ou sous machine.

    La dernière fois qu’on a vu le président remonte au 22 mars avec une journée pleine d’activités, sans rapport avec les urgences du moment. Depuis, aucun signe de vie si ce n’est une rencontre (sans caméras) avec Paolo Gentiloni, commissaire européen à l’économie et le limogeage (via un communiqué) du gouverneur de Gabès.

    Les faits, ou plutôt l’absence de faits, sont là. Treize jours que le président n’a pas montré le bout de son nez, alors que l’économie du pays est au bord de l’effondrement.  

     

    Ici et là, on s’en prend aux médias qui refusent de faire leur travail et de dire au peuple ce qu’il en est de son président. C’est vrai, c’est aux médias d’informer le public, mais faut-il déjà qu’ils aient l’information et qu’ils aient un environnement propice pour la donner.

    Supposons qu’un journaliste ait réussi à se renseigner auprès des médecins de à l’hôpital militaire. Que serait-il passé ensuite ? N’est-ce pas ce même peuple qui l’aurait démenti et injurié appelant les autorités à emprisonner ce menteur qui ose proférer des mensonges à l’encontre du président ? Ces autorités ne l’auraient-elles pas emprisonné sur la base du décret 54 lui faisant risquer dix ans de prison ?

    Pour qu’un journaliste puisse faire son travail et accorder au peuple son droit basique à l’information, il faut un environnement propice garanti par les autorités de l’État. Dans cet environnement, il faut des ministres qui assument leur rôle et des directeurs de la communication qui donnent l’information brute. Or, depuis son putsch, Kaïs Saïed a annihilé cet environnement. Il n’a même pas de directeur de la communication et d’attaché de presse, ni même de directeur de cabinet.

    Face à la colère des journalistes qui n’ont de cesse de réclamer leur droit (et celui des citoyens) d’accès à l’information, la réponse était de les traduire sur la base d’un décret créé sur mesure pour les museler. Les partisans du président multipliaient les injures à notre encontre pour nous dire que l’État n’a pas besoin de médias et que le président communique directement avec son peuple via les réseaux sociaux.

    Les informations déplaisantes étaient démenties et les analyses critiques étaient décriées. Elles ont laissé place à la propagande outrancière et aux remerciements du régime à la une.

    Conséquence de ce système mis en place par Kaïs Saïed, le peuple se trouve privé d’une information à la fois capitale et basique. Vous avez applaudi bêtement le président ? Vous l’avez soutenu aveuglement ?  Vous avez injurié éhontément ses critiques ? Buvez maintenant ! Buvez jusqu’à la lie !

     

    Depuis son putsch du 25 juillet 2021, le président a créé un système de telle sorte que l’État c’est lui et lui c’est l’État. Il a dissous l’assemblée pour légiférer à sa place. Il a mis au pas les magistrats allant jusqu’à dire que le pouvoir judiciaire n’en est pas un et s’est immiscé plein de fois dans des affaires en cours. Il a transformé les médias publics en outils de propagande et tenté (avec peu de succès) de bâillonner les médias privés et les réseaux sociaux en pondant un décret des plus liberticides. Il a discrédité son propre gouvernement en prônant le contraire de ce que dernier entreprenait. Il a semé la peur partout, prenant ses fantasmes pour des réalités.

    Kaïs Saïed a fait de telle sorte qu’il soit le seul maître à bord et que rien ne peut se décider sans qu’il ne fourre son nez dedans.

    Le résultat est là, une simple angine grippe l’État entier. Sauf que Kaïs Saïed n’a pas une simple angine, autrement il ne serait pas resté treize jours sans donner signe de vie.

     

    Le système mis en place par Kaïs Saïed empêche les autorités de communiquer quoi que ce soit. Ces autorités sont à des années-lumière du b.a.-ba de la communication. On ne voit pas ça, même dans les pays sous-développés. Par la grâce de Kaïs Saïed, on en est devenus un, au moins en matière de communication officielle.

    Sauf que voilà, les autorités ont beau jouer l’autruche et mépriser les médias et le peuple, personne ne peut empêcher ce dernier de parler. Et ça parle !

    Ces derniers jours, on a eu droit aux histoires les plus farfelues. Kaïs Saïed serait décédé, Kaïs Saïed serait dans le coma, Kaïs Saïed aurait subi une intervention au cœur et sa situation ne s’est pas améliorée…

    Face à ces scénarios fous, les autorités maintiennent le silence. Et ce silence est à la fois coupable et approbateur. Ces autorités auraient dû démentir et elles ne l’ont pas fait. Par leur silence, elles cautionnent les thèses faisant état que Kaïs Saïed a quelque chose de grave.

     

    Par leur silence, les autorités cautionnent quelque chose d’encore plus grave que l’état de santé de Kaïs Saïed, elles cautionnent le fait que l’État c’est le président et le président c’est l’État. Si ces autorités respectaient leur rang, elles auraient communiqué au peuple ce qu’il en est. C’est leur devoir et elles sont en train de faillir à ce devoir.

    L’État n’est pas et ne devrait pas être Kaïs Saïed. Kaïs Saïed est au service du peuple, de la République et de l’État et non l’inverse. Les autorités sont au service du peuple, de la République et de l’État et non de Kaïs Saïed.

    Que Kaïs Saïed soit mort ou malade, c’est secondaire par rapport au peuple, à la République et à l’État.

    Le peuple, c’est nous, la République c’est nous, l’État c’est nous et c’est à nous que les autorités doivent rendre des comptes. Communiquez ! Dites-nous ce qu’il en est, c’est notre droit fondamental !

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