Le président de la République est sorti hier de son triangle des Bermudes. Les Tunisiens sont rassurés de savoir qu’il se porte bien. Cependant, à l’heure actuelle, aucune information officielle n’a été communiquée sur son état de santé. Ce qui s’est réellement passé pendant ces treize jours de disparition demeurera, pour de très nombreux Tunisiens, un éternel mystère.
L’apparition tant attendue du chef de l’État hier soir a bien fait taire les rumeurs-informations-scénarios catastrophes quant à une éventuelle vacance. Pendant que les Tunisiens préparaient leurs briks et s’apprêtaient à passer à table, le chef de l’État sort de son (long) silence et leur dit que leurs questions n\’avaient pas lieu d\’être posées. Treize jours qu’il n’a fait aucune rencontre, aucun discours et aucune apparition, alors que ses discours présidentiels sont l’unique lumière qui nous renseigne sur la voie entreprise.
D’une voix enrouée, ses premières paroles ont été des invectives contre ceux qui ont évoqué la possibilité d’une vacance. « Nous avons atteint un degré de folie inédit, on parle de vacance, ils ont fait leur diagnostic et proposé des médicaments, ils ont présenté des chiffres et des analyses (…) leur but est la vacance, ils ne font même pas la différence entre la vacance et l’incapacité ponctuelle, que le président ne se manifeste pas deux ou trois jours et on parle de vacance ou s’il est enrhumé, cela devient un problème » a déclaré Kaïs Saïed face à une Najla Bouden, toujours aussi mutique.
Nous sommes tous fous, il n’y a pas de doute là-dessus. Il faut en effet être sérieusement atteint pour se demander où est passé celui qui détient tous les pouvoirs. Il faut être fou de se poser la question sur l’avenir d’un pays à la situation plus que délétère. Il faut être malade pour oser demander à connaitre qui pilotera la période à venir, à l’heure où plusieurs dossiers brûlants attendent impatiemment.
Après cette disparition toujours inexpliquée, le président de la République ne vient pas rassurer, dire qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter, au contraire, il parle de complotistes, de crises, de dégoût et de mépris.
Dans tout pays qui se respecte – même un petit peu – et qui respecte ses citoyens – même un minimum – toute absence officielle, pour raisons de santé ou autre, doit être expliquée et communiquée au peuple comme il se doit. Un chef de cabinet, un chargé de communication ou, à défaut, un chef de gouvernement ou un ministre, devrait s’exprimer pour dire que le président souffre de quelque chose et qu’il se rétablira sous peu.
Un simple communiqué officiel de quelques lignes sur la page officielle de la présidence aurait pu dissiper toutes les rumeurs, mais le pouvoir n’a fait que les alimenter davantage, s’étonnant par la suite, du poids qu’elles ont pris. En Tunisie, les médias ont été totalement mis à l’écart alors que la presse italienne communiquait, de son côté, sur l’état de santé de notre président et présentait les différents scénarios possibles grâce aux sources que nous n’étions pas autorisés à citer à cause des pressions que nous ne connaissons que trop bien.
En Tunisie, la disparition de l’Omniprésident a permis de faire ressurgir des questions existentielles. L’indispensable cour constitutionnelle qui doit être instaurée dans l’urgence. La nécessité de doter la présidence d’un chef de cabinet et d’un organe de communication qui se respecte et qui saurait répondre aux questions lorsque le ministre de la Santé, face aux questions des journalistes, se contente d’un silence gêné et esquive le sujet.
La faute n’est évidemment pas à ceux qui s’inquiètent et demandent des explications, la faute est à cet État qui a montré, à la première occasion, qu’il n’est pas capable de faire face à un simple « rhume ». Il suffit que le président de la République s’absente quelques jours pour que le scénario catastrophe pointe son nez et inquiète ceux qui sont déjà très peu rassurés.
Tout ceci n’aurait pas eu lieu si le président n’était pas seul maître à bord et si on avait un État qui respecte son peuple et ne le traite pas de « fou » lorsqu’il ne fait que réclamer ses droits…










