Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

La stratégie gagnante de Kaïs Saïed

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

     

    Tous les indicateurs sont au rouge, les échecs sont patents dans tous les domaines et, pourtant, Kaïs Saïed reste très populaire. Le secret de sa stratégie ? Le populisme à outrance quitte à agir contre les intérêts de l’État et de la population.

     

    Les chiffres sont là et ils sont têtus. 56% des Tunisiens sont satisfaits du rendement de Kaïs Saïed. S’il y a une élection présidentielle aujourd’hui, il la remporterait dès le premier tour avec 68,7%. Ce sont là les chiffres d’Emrhod Consulting, pour le compte de Business News et Carthage +, suite au sondage réalisé entre le 6 et le 9 juin sur un échantillon représentatif de 1176 personnes.

    Cette popularité est antinomique à la situation du pays et la détresse des Tunisiens face à leur quotidien. L’inflation dépasse les 30% pour certains produits alimentaires, les pénuries sont nombreuses, l’eau du robinet est rationnée dans plusieurs endroits, plus de 300 médicaments sont manquants dans les pharmacies, rétention des notes depuis des mois dans l’école publique, restriction des importations pour plusieurs produits, 72% des petites entreprises ont mis la clé sous la porte, les libertés sont bafouées, la justice est aux ordres, les élections sont boycottées, une bonne vingtaine d’opposants est en prison, la presse est menacée…

    En dépit de cette réalité, tout aussi têtue que les chiffres, les Tunisiens plébiscitent Kaïs Saïed. Certes, ils ne nient pas la réalité de leur quotidien, puisque 81% d’entre eux estiment que l’économie va mal, sauf qu’ils sont optimistes pour l’avenir (67%), et disculpent le chef de l’État d’être à l’origine de ce qu’ils endurent.

     

    En théorie, la popularité de Kaïs Saïed est contraire au bon sens. Depuis son élection en 2019 et son putsch en juillet 2021, il n’a apporté aucune solution efficace aux problèmes des Tunisiens. Absolument aucune. Non seulement, il demande aux Tunisiens d’apporter les solutions, comme il l’a fait, il y a deux jours, à Gafsa, mais il rejette les solutions préconisées par son propre gouvernement et par les partenaires de la Tunisie, l’Union européenne en tête. Il n’a fait qu’accuser ses prédécesseurs et un tas de conspirationnistes d’être à l’origine de l’ensemble des maux des Tunisiens.

    Et c’est là qu’opère la magie de la stratégie Kaïs Saïed. Les Tunisiens rejettent d’un revers toutes les critiques des médias, des experts et des étrangers et adoptent les théories du complot du chef de l’État. Avec son air sincère et sa réputation de probité, ils prennent ce qu’il dit pour de l’argent comptant. Et c’est ce qui explique, dans la foulée, leur optimisme.

    La stratégie de Kaïs Saïed n’a rien de nouveau, elle porte un nom : le populisme. Il a toujours existé et il a souvent marché, dans tous les pays qu’ils soient développés ou pas.

    Attaquer les lobbys et les médias, jouer la victime des conspirationnistes locaux et étrangers, mentir de façon éhontée est le jeu favori de ceux qui n’ont que verbe pour marchandise.

    L’avantage de cette stratégie est qu’elle apporte des dividendes immédiatement. Son danger est qu’elle n’est pas viable sur la durée et ses conséquences sont désastreuses.

     

    Le populisme du président Volodymyr Zelensky a mené l’Ukraine à la guerre. Celui de Donald Trump a failli emporter la démocratie américaine. Au Venezuela qui a adulé, et adule encore, feu Hugo Chavez et son successeur-disciple Nicolás Maduro, l’inflation est aujourd’hui à 436% et à 800% pour certains produits. Là-bas, un paquet de biscuits vaut quinze jours de salaire.

    La Tunisie n’en est pas encore là, mais Kaïs Saïed la mène clairement vers ce chemin, s’il continue avec son populisme et sa stratégie court-termiste de préférer sa popularité personnelle aux intérêts de l’État et de la population.

    Il n’est pas un peuple au monde qui voudrait de réformes douloureuses. Les Français sont descendus en masse, et par millions, pour contester la réforme des retraites ces derniers mois. Pourtant, Emmanuel Macron l’a fait passer, contre vents et marées, sacrifiant au passage sa popularité (26%).

    Le président français a agi pour les intérêts de la France parce qu’il y va de l’intérêt des Français sur le long terme.

    La différence entre le politicien et l’homme d’État est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération.” (James Freeman Clarke). Kaïs Saïed ne pense qu’à sa popularité et son maintien au pouvoir, il ne pense pas à la prochaine génération et aux intérêts, sur le long terme, des Tunisiens.

    Les sondages donnent raison à sa stratégie gagnante. La réalité du terrain lui donne tort. Les Tunisiens ont beau l’aduler et estimer que les problèmes actuels ne sont pas de sa faute, ils paieront leur crédulité au prix fort. Ils sont déjà en train de payer, en dépit de leur déni.

    « Le populisme est le plus dangereux des narcotiques, le plus puissant des opiums pour endormir et anéantir l\’intelligence, la culture, la patience et l\’effort conceptuel. » (Michel Onfray).

     

    Raouf Ben Hédi

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *