Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Le gouvernement juillettiste de Bouden ne sera jamais usé par le pouvoir

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

     

    L’ancien ministre, feu Daly Jazy, aimait avec sa lucidité et son calme légendaires, que le pouvoir use. Lui, le grand commis de l’État, le farouche opposant, le défenseur de la démocratie et des droits de l’Homme, le juriste et professeur émérite de droit, savait de quoi il parlait. Il avait choisi de faire l’expérience du pouvoir comme ministre sous le régime de Ben Ali. Cela ne l’a pas empêché de garder l’estime et le respect de tous car qu’il a réussi à garder son identité, continué de défendre courageusement ses idéaux et ses positions envers et contre tous. Foudroyé par la maladie, feu Daly Jazy est parti majestueusement, comme à son habitude, sans que l’exercice du pouvoir, pourtant dans des conditions difficiles et au sein d’un régime autoritaire, n’ait pu l’éclabousser. Paix à son âme.

    Feu Daly Jazy était-il un cas à part, une exception ? Assurément pas. La plupart des ministres de Bourguiba étaient des bâtisseurs et de véritables hommes d’État. Nous leur devons beaucoup et la nation leur est reconnaissante. Sous Ben Ali, il y avait aussi quelques ministres respectables, soit parce qu’ils étaient très compétents, même s’ils étaient dociles, ou parce qu’ils avaient le courage de faire face à la gloutonnerie mafieuse de la belle famille du Président. Quelques uns même, n’hésitaient pas lors des réunions du conseil des ministres de prendre à contre-pied «  l’artisan du sept novembre ».

     

    Aujourd’hui, en voyant les profils, mais surtout les agissements et les comportements des responsables de l’ère Kaïs Saïed, on deviendrait presque nostalgique des temps anciens. Ces responsables « du 25 juillet » (on est tenté de dire de la 25ème heure) montrent tous les signes extérieurs de la responsabilité, mais n’assument rien puisque tous leurs actes et décisions sont les échos des desiderata de leur Président. Leurs rapports avec lui ne sont pas des rapports de collaboration pour l’intérêt public. Ni le décret 117, ni la constitution de 2022 ne permettent d’ailleurs, ne serait-ce un soupçon d’horizontalité dans les rapports entre le Président et ses collaborateurs. Ce sont des rapports plus proches de la soumission et de la vassalité que de la collaboration pour l’intérêt public.

    Il est tout à fait compréhensible que l’exercice du pouvoir exige un minimum de coordination, de cohésion et d’harmonie. Mais cette nécessaire harmonie ne justifie pas la perte de toute identité au sein du groupe dirigeant jusqu’à devenir un rassemblement de clones ; jusqu’à l’effacement et l’assujettissement total. Il est compréhensible aussi que l’attrait du pouvoir soit grand et séduisant. Ceux qui s’y sont essayé le savent. Ils savent aussi, qu’ils sont amenés à faire des concessions pour le garder. Certains se fixent des limites et peuvent jeter l’éponge s’ils estiment qu’ils ont atteint les lignes rouges fixées par la morale et l’éthique. D’autres s’y attachent, s’y cramponnent, obnubilés par ses fards et artifices, jusqu’à s’y égarer, vendre leurs âmes au diable et perdre leur dignité.

     

    Le gouvernement de Madame Najla Bouden est la quintessence d’un gouvernement de l’ère Kaïs Saïed. Il symbolise les limites et les affres d’un régime autocratique. En deux ans d’exercice (ce qui lui permet à elle et aux autres membres de son gouvernement de garantir à la fin du mois d’août prochain une retraite dorée de ministre dans un pays sur les rotules), faute d’une autorisation présidentielle, la cheffe de gouvernement n’a accordé aucune interview à un média tunisien pour s’adresser à ses concitoyens tunisiens et les informer de la situation dans le pays. L’indulgence des Tunisiens à son égard s’expliquerait par le fait que même si elle est cheffe de gouvernement, elle ne gouverne rien parce que le pouvoir est ailleurs. D’un autre côté, ils n’ont pas besoin de discours (en ikhchidien ou en francophonie) pour comprendre la situation du pays, puisqu’ils la vivent dans leur chair.

    On pourrait disserter longtemps sur l’irresponsabilité des responsables tunisiens sous le régime « juillettiste » quitte à ajouter une pincée de mélancolie à la tristesse de cette période caniculaire : la compétition entre les ministres pour qui portera le plus de plaintes contres les fonctionnaires de leurs départements, les syndicalistes ou même les avocats et les journalistes, la tentative de mainmise d’un ministre sur une voiture de luxe qui lui a tapé dans l’œil, la célérité d’une ministre à mettre en marche la machine judiciaire infernale contre les opposants de son Président ou plus récemment encore, la privation de plus de vingt milles enseignants de leurs salaires dans un conflit syndical par un ministre qui appartient au corps enseignant et qui était de surcroit syndicaliste jusqu’à sa désignation récente au sein du gouvernement.

     

    Le pouvoir use certes, mais ne semble avoir aucune incidence sur ce gouvernement « juillettiste ». Dans l’absolu, le pouvoir hisse certains parmi les plus méritants qui l’exercent à bon escient au panthéon des héros de la nation. Il marque d’autres à jamais par le sceau de la honte. A bon entendeur salut !

     

       

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *