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La propagande de la Wataniya ne répond toujours pas aux attentes de Kaïs Saïed

 

Une nouvelle fois, le président de la République a épinglé la Télévision publique et ses deux chaînes Wataniya 1 et Wataniya 2. Il était furieux que le journal de 20-Heures ne diffuse pas les images de propagande relatives à la traque des migrants irréguliers, le week-end dernier à Sfax et Kerkennah.

 

Cela n’étonne plus personne, c’est même devenu une règle pour la présidence de la République de diffuser les activités du chef de l’État très tard le soir.

Lundi 18 septembre, deux vidéos ont été diffusées par la présidence de la République, la première de 18 minutes à 22h23 et la seconde de 51 minutes à 23h02. Elles montrent deux réunions du président de la République avec le chef du gouvernement et quelques ministres et on y entend Kaïs Saïed discourir.

Dans la première vidéo, le chef de l’État montre sa colère après la Télévision publique qui n’a pas diffusé, la veille dans son journal de 20-Heures, les images d’une campagne conjointe des forces de sécurité et de l’armée, ciblant les migrants subsahariens irréguliers à Sfax et Kerkennah.

Dans la deuxième vidéo, le chef de l’Etat aborde plusieurs sujets sans qu’il n’y ait nécessairement de lien entre eux. Justice, finances, privatisation, corruption, service public, blanchiment d’argent, rentrée scolaire, souveraineté, notation souveraine, il y en avait pour tout le monde. Ça ressemblait davantage à ces discussions d’afterwork, dans un café ou dans un bar, où des ami(e)s parlent de tout et de rien en étalant leur savoir et leur faux savoir. Il y a beaucoup de vérités dans le speech présidentiel, dans cette vidéo de 51 minutes, mais il y a également beaucoup de contrevérités et d’approximations. Il y aussi un clair piétinement des principes de loi et de la présomption d’innocence avec ses accusations gratuites basées sur des informations pas toujours authentiques.

En tout état de cause, on ne voit pas trop comment des décisions concrètes peuvent résulter d’une telle réunion et d’un tel long monologue décousu.

Il n’en est cependant pas de même pour la première vidéo abordant le sujet des médias, et notamment la Télévision publique.

La réunion objet de cette vidéo a vu la présence du chef du gouvernement Ahmed Hachani, du ministre de l’Intérieur Kamel Feki et de la ministre de la Justice Leïla Jaffel, ainsi que d’un technicien. L’ordre du jour était de « traiter d’un ensemble de sujets nationaux, occultés par les médias supposés être nationaux », selon les propos du chef de l’État.

Élevant la voix, clairement en colère, le président relève que « ces médias commencent, tous les jours, par parler de crises qui, peut-être, existent, mais qui, peut-être aussi, sont imaginaires dans l’objectif de tendre la situation à l’intérieur du pays. Le journal de 20-Heures (de la Wataniya 1, ndlr) a commencé par parler de l’inflation à l’occasion de la rentrée scolaire, puis des crèches, puis des sujets internationaux, puis de la météo, comme si les opérations réalisées par nos forces de sécurité et nos forces armées n’avaient pas lieu en Tunisie. ».

Les opérations en question ont eu lieu vendredi et samedi dernier à Sfax et Kerkennah et ont ciblé les migrants subsahariens irréguliers. Des vidéos ont été diffusées par les services de l’Intérieur et le chef de l’État s’attendait de les voir au Journal de 20-Heures.

Un média, soit-il public, est-il obligé de diffuser des images de propagande réalisées par un ministère donné ? Cet arbitrage, théoriquement exclusif au comité de rédaction d’un quelconque média et étroitement corrélé à sa ligne éditoriale, n’est pas du goût du président. Kaïs Saïed estime qu’il ne peut y avoir de ligne éditoriale qui tienne. « Nous sommes en train de libérer la nation et ils se doivent de s’inscrire dans cette ligne de libération, crie le Président. Ils n’ont pas à s’inscrire avec ceux qui cherchent à hypothéquer la nation, voire la vendre. Nous avons mis à leur disposition des images et, hélas, elles étaient absentes des écrans tunisiens et des bulletins d’information ».

Le chef de l’État n’en veut pas uniquement aux médias tunisiens, il en veut également aux médias étrangers qui diffusent des informations déplaisantes et fausses à ses yeux, comme si elles étaient à la place de l’État. « Qu’ils s’occupent de leurs informations et de leur situation, s’ils étaient objectifs, eux qui parlent de liberté d’expression et de la presse, qu’ils nous parlent de leur situations internes, mieux que de nous accuser comme s’ils étaient à la place du parquet. Qu’ils arrêtent de s’immiscer dans nos affaires, nous ne nous sommes pas immiscés dans les leurs. »

Lors de son monologue, le président a indiqué qu’il va y avoir des décisions prochainement pour remettre les choses en ordre. Il parlait là des médias tunisiens, notamment publics.

Ce n’est pas la première fois, ni la dernière, que le président de la République s’immisce dans la programmation de la Wataniya.

La dernière fois, c’était le 4 août dernier, quand il a convoqué la directrice de la Télévision publique, Awatef Daly pour la sermonner. « Plusieurs programmes mais aussi les bulletins d’informations et l’ordre donné à la priorité des actualités, ne sont pas innocents », a souligné alors le chef de l’État. « Ceci n’est pas une ligne éditoriale mais c’est celle des forces qui s’opposent à la liberté et au mouvement de libération nationale dans lequel nous devons tous nous inscrire ».

Ce qu’il a vociféré hier n’est finalement qu’une redite du sermon du 4 août. Seule différence, Mme Daly n’était pas présente. Très probablement, cette dernière serait limogée sous peu, vu que son travail continue à déplaire au président de la République et qu’elle n’a pas semblé retenir la leçon. C’est-à-dire qu’elle n’a pas assuré la propagande requise.

Pourtant, force est de constater que la TV Nationale est inscrite totalement dans la droite ligne du programme présidentiel. Depuis le 25 juillet 2021, elle ne cesse de faire de la propagande pour le régime putschiste, au point de violer la loi et la déontologie, ce qui lui a causé des rappels à l’ordre de la Haica, gendarme tunisien de l’audiovisuel, et des communiqués dénonciateurs du syndicat national des journalistes.

En dépit de ses efforts et d’une ligne totalement flatteuse et acquise à la cause de Kaïs Saïed, Awatef Daly ne réussit toujours pas à répondre aux attentes du régime.

En l’espace de moins de trois mois, c’est la troisième fois qu’elle se fait remonter les bretelles.

Le président a pourtant été clair. Il ne veut pas qu’on le flatte et qu’on le louange, il veut qu’on mette en valeur ses efforts et qu’on vende sa politique.

À défaut de pouvoir ordonner cela aux médias privés, qui gardent malgré tout encore une indépendance toute relative, malgré les menaces et les pressions, il le fait aux médias publics.

Dans son esprit, les médias publics, notamment la TV nationale et spécialement le journal de 20-Heures, doivent être à sa solde pour vendre sa politique.

La Haica n’a pas sa considération et l’indépendance des journalistes n’a pas lieu d’exister. Le fait qu’il considère qu’il est en train de mener une lutte pour la libération nationale est suffisant, d’après lui, pour convaincre tous les médias de s’inscrire sur cette ligne.

Le fait qu’il n’ait pas de services de communication dignes de son nom dans son gouvernement (ni même à la présidence) et de spin doctor n’entre pas en ligne de compte. Les médias doivent deviner tous seuls ce que le président veut.

En clair, il veut de la propagande sans mettre en place les instruments nécessaires pour l’assurer.

Du coup, la TV nationale et sa directrice Awatef Daly, ont beau se mettre au service de la présidence, vendre leurs âmes, piétiner la déontologie et se montrer prêtes à faire de la propagande, elles ne réussissent quand même pas à répondre aux attentes présidentielles.

 

Raouf Ben Hédi

 

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