A la fin de la COP28 qui s’est tenu du 30 novembre au 13 décembre à Dubaï, et après de longues réunions et des négociations parfois intense, presque tous les pays du monde ont accepté de se détourner des combustibles fossiles, représentant la première fois qu’un tel accord est conclu en 28 ans de négociations internationales sur le climat. Cet engagement faisait partie du premier bilan mondial dans le cadre de l’Accord de Paris, visant à évaluer les progrès et à accélérer l’action pour atteindre les objectifs climatiques.
Le texte bruant présenté par la présidence émiratie quelques jours avant la clôture de la session, a été critiqué pour son manque d’ambition par l’Union européenne, les États-Unis, les petits États insulaires et de nombreux pays sud-américains, car il ne préconisait pas explicitement la sortie des énergies fossiles. Après des débats acharnés sur le choix des termes lors des négociations, la formulation retenue a finalement été la transition hors des énergies fossiles.
Ainsi la réalisation clé de cette COP28, a été l’engagement mondial à se détourner des combustibles fossiles, marquant une avancée significative pour aborder la principale cause du changement climatique. L’accord comprenait des objectifs visant à tripler la capacité mondiale d’énergies renouvelables et à doubler l’efficacité énergétique d’ici 2030, fournissant une direction claire pour la transition vers une énergie durable.
Le Bilan mondial, connu sous le nom de Consensus des Émirats arabes unis (UAE Consensus), couvrait un large éventail de questions climatiques, fournissant des signaux critiques pour l’énergie, les transports, la nature et offrant une orientation pour les futurs engagements climatiques nationaux.
Malgré l’engagement à se détourner des combustibles fossiles, de nombreux pays ont été frustrés par l’absence d’un appel clair à une élimination progressive des combustibles fossiles au cours de cette décennie. Le texte comportait des échappatoires et des distractions potentielles qui pourraient permettre la poursuite de la production et de la consommation de charbon, de pétrole et de gaz.
Concernant le Fonds pour les pertes et les dommages, des riches pays ont annoncé une contribution qui s’élève environ 700 millions de dollars au fonds, soit moins de 0,2 % des pertes économiques et non économiques irréversibles auxquelles les pays en développement font face chaque année en raison du réchauffement planétaire.
L’engagement financier de 100 millions de dollars des Émirats arabes unis a été égalé par l’Allemagne, puis légèrement surpassé par l’Italie et la France, qui ont chacune promis 108 millions de dollars. Les États-Unis n’ont jusqu’à présent promis que 17,5 millions de dollars, le Japon a offert une contribution de 10 millions de dollars.

Les pays en développement ont exprimé leur déception face au manque de nouveaux engagements financiers pour la transition hors des combustibles fossiles et l’adaptation aux impacts climatiques. Bien qu’un fonds pour les pertes et les dommages ait été établi, les fonds contribués étaient considérés comme insuffisants par rapport aux dommages potentiels.
Notons qu’en 2009, les pays riches se sont engagées à mobiliser annuellement 100 milliards de dollars de financement climatique d’ici 2020 pour aider les nations vulnérables à faire face au changement climatique.
Le texte comprenait un soutien à la technologie de capture et de stockage du carbone et aux carburants de transition, comprenant le gaz fossile. Les critiques soutiennent que la technologie de capture et de stockage du carbone a des limitations et ne peut pas jouer un rôle significatif dans la lutte contre le changement climatique, et le soutien aux carburants de transition pourrait entraver la transition vers une énergie propre.
En ce qui concerne les gaz à effet de serre autres que le dioxyde de carbone (CO2), le texte final appelle à « accélérer et réduire de manière significative » les émissions, « en particulier les émissions de méthane d’ici 2030 ». Cependant, il ne comporte pas les objectifs numériques qui figuraient dans les versions précédentes.
Pour les subventions aux combustibles fossiles, le texte demande l’élimination progressive des subventions « inefficaces… qui ne traitent pas de la pauvreté énergétique ou des transitions justes, dès que possible ».
Une autre décision importante issue de la COP28 a été l’adoption d’un cadre destiné à guider les nations dans leurs efforts pour protéger leurs populations et leurs écosystèmes contre le changement climatique. Il s’agit d’une avancée majeure pour l’objectif mondial d’adaptation, qui était initialement conçu pour accroître la visibilité de l’adaptation afin qu’elle soit au même niveau que l’atténuation dans le processus climatique des Nations Unies. Il s’agit depuis longtemps d’une priorité pour les pays les plus vulnérables au climat, en particulier les nations africaines qui ont proposé cet objectif en premier lieu.

Paris, CO21
Depuis l’Accord de Paris, la communauté internationale a également adopté un cadre pour son Objectif mondial sur l’adaptation afin de guider les efforts d’adaptation à travers le monde. L’adoption de ce nouveau cadre est un progrès bienvenu, mais le Bilan Mondial convenu également à Dubaï a détaillé que l’écart de financement pour l’adaptation s’élargit et que les niveaux actuels de financement climatique, de développement et de transfert de technologie, ainsi que de renforcement des capacités pour l’adaptation, demeurent insuffisants.
Pour ceux qui vivent en première ligne de l’urgence climatique, beaucoup plus doit encore être fait. L’écart croissant de financement pour l’adaptation doit être comblé. Ceux qui ont le moins contribué au changement climatique et risquent le plus de subir ses impacts doivent être soutenus dans leurs efforts d’adaptation.
Mais des préoccupations ont été aussi soulevées durant la COP 28 concernant le manque de détails sur les objectifs d’adaptation, le manque d’attention aux questions liées aux finances et la nécessité de percées sur des questions fondamentales concernant les finances lors des futures conférences climatiques.
La Tunisie, un nouveau « partenariat » avec la Suisse :
Dans le cadre de la COP 28, le Département fédéral suisse de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (Detec) a annoncé, le 10 décembre 2023, la signature d’un accord avec la Tunisie visant à mettre en œuvre des projets de réduction des émissions de CO2. Conformément à cet accord, les émissions ainsi réduites par la Tunisie pourront être prises en compte par la Suisse dans le cadre de ses efforts de réduction des énergies fossiles. Par ailleurs, la Suisse a également conclu un accord similaire avec le Chili, comme indiqué dans le communiqué émis par le département.

Une compensation contestée puisque jusqu’à présent, la compensation carbone n’a pas démontré pleinement son efficacité ni sa capacité à réduire de manière significative et durable les émissions de gaz à effet de serre. Des critiques nombreuses ont été formulées à la fois à l’encontre du concept même de compensation carbone et de sa mise en œuvre, en particulier sur les marchés étatiques. Ce principe pose problème en déléguant à autrui la responsabilité du changement de comportement. Il est considéré comme un réflexe conditionné des pays développés, agissant simultanément comme une forme de déni de la réalité. Selon Les Amis de la Terre, ce système légitime un transfert de responsabilité des plus riches vers les plus pauvres, ce qui va à l’encontre du principe de responsabilité différenciée de l’ONU. Ce principe souligne que les pays n’ont pas les mêmes responsabilités historiques.
Rappelons que les émissions de gaz à effet de serre résultant de la combustion de combustibles fossiles sont liées au réchauffement climatique de la planète. Certains polluants atmosphériques, tels que les émissions de carbone, contribuent non seulement au réchauffement planétaire, mais sont également soupçonnés d’avoir un impact immédiat sur les climats régionaux. Les émissions de dioxyde de carbone de la Tunisie étaient de 31,6 millions de tonnes équivalent CO2 en 2019, ce qui place la Tunisie au 70e rang mondial des émetteurs de CO2.
Pour la première fois les pays du monde ont formellement convenu de se détourner des combustibles fossiles et d’accélérer rapidement la transition vers les énergies renouvelables, maintenant que la COP28 est fini, l’attention se tourne vers les prochaines tâches essentielles notamment la concrétisation des objectifs exprimés lors de la COP28 en actions nationales et les appuyer avec les financements nécessaires. Il est crucial de noter que ces engagements doivent être considérés comme un point de départ, et non comme une limite, dans la lutte contre le changement climatique. Les communautés et les pays vulnérables au climat ne peuvent se permettre d’être lésés.
Rabeb Aloui










