Est-il nécessaire de revenir sur les événements de l’année passée pour comprendre que les choses iront de mal en pis pour celle qui arrive ? Il n’est point difficile de saisir l’étendue de la débâcle qui touche la Tunisie. Ça ne l’est, difficile, que pour les rêveurs dénués de toute jugeote ou les opportunistes mus par des sentiments de haine et de revanche. Ces gens-là, ils ne comprennent pas. Ils sont frappés par une forme de cécité et de déni incurables, ayant pour conséquence d’empoisonner la vie de tout un peuple et de contribuer à l’effondrement d’un État déjà fragilisé par des années d’improvisations et de faux-pas.
Ce fut l’année des arrestations et des poursuites visant les voix qui dérangent. L’année de l’injustice et de l’arbitraire et d’un pays plus que jamais verrouillé. Ne vous y méprenez pas, cette dynamique ira crescendo dans l’avenir. C’est inéluctable vu la nature même du régime et des appareils qui profitent de la conjoncture pour tout boucler.
Pas plus tard qu’hier un journaliste, Zied El Heni a critiqué dans la matinée la ministre du Commerce. Dans une émission matinale et dans le feu de l’action, il a lancé un mot péjoratif, mais aucunement insultant. Rapidement, à sa sortie du plateau, il sera convoqué dans la journée. Il comparaitra en tant que suspect et en début de soirée, il sera placé en garde à vue. C’est que le journaliste semble avoir commis un crime de lèse-majesté au regard de nos autorités, très véloces et compétentes quand il s’agit de faire taire les gens. Zied El Heni n’est pas le premier et ne sera pas le dernier à subir les effets de l’unique et véritable lutte menée par le régime, celle contre les libertés et la parole critique et irrévérencieuse à l’encontre du pouvoir.
Ironie de la chose, au moment même où l’on plaçait injustement un journaliste en détention, le chef de l’État présentait ses vœux aux Tunisiens dans un discours quasi-militant. À écouter notre Président, tout en se déconnectant de la réalité tunisienne bien évidemment, on pourrait être transportés par le lyrisme de ses paroles. Il parle de la tragédie palestinienne. Il nous dit que les valeurs humanistes vont vaincre. Il lance un appel d’union aux Hommes libres du monde pour que chaque nouvel an, on puisse se féliciter de la chute de toutes les formes de racisme, d’injustice et de tyrannie. Partant de ce postulat, il en ressort que si on croit dur comme fer en l’universalité de ces valeurs, c’est qu’on est tout autant convaincu qu’elles s’appliquent en Tunisie également. Il semble toutefois qu’un syndrome dissociatif aigu sévisse dans le cas d’espèce.
Ce fut aussi une année sous le signe de la paranoïa et des complots à n’en plus finir. Le pouvoir n’a eu de cesse de nous assurer que les comploteurs ourdissent leurs plans à tous les niveaux et qu’ils lui mettent donc des bâtons dans les roues. C’est sûrement pour cela qu’aucune réalisation pour le pays n’a été accomplie et qu’au contraire il continue de sombrer. Ce fut l’année des pénuries et des files d’attente à n’en plus finir. Le Tunisien, pourtant résilient, est devenu irascible alors qu’il se trouve face à l’incertitude de s’assurer un minimum de vie décente. Un triste constat et c’est bien là la réalité en dépit du déni et des slogans creux qu’on nous sert à longueur de discours. Une quasi-mascarade.
Je souhaite à nos lecteurs la force de la patience et de la résilience, car comme l\’entonnait le grand Mahmoud Darwich, « sur cette terre, il y a ce qui mérite vie ». Bonne année à toutes et à tous.










