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A-t-on encore les moyens de fonder une famille ?

 

En dehors de toutes les pressions politiques qui secouent le pays. De l’épée de Damoclès qui pèse sur la tête de chaque journaliste, chaque avocat et chaque opposant politique, une autre, pèse sur la tête de chaque citoyen. Celle du coût élevé de se marier et d’enfanter. Un sujet qui mériterait qu’on en parle davantage. A-t-on encore les moyens de fonder une famille ? Et surtout, a-t-on encore envie de le faire ?

 

Les chiffres les plus récents de l’Institut national de la statistique évoquent une baisse évidente du nombre de mariages en Tunisie. « Les mariages sont passés de près de 110 mille en 2014 à seulement 77 mille en 2021 », a déclaré le DG de l’INS à la presse.

Non seulement on se marie moins, mais on se marie également à un âge de plus en plus avancé. Et plus on a de diplômes, plus cet âge tend à augmenter. De 30-31 ans en moyenne, l’âge du mariage passe à 35 ans pour un couple de diplômés.

Idem pour le nombre annuel de nouveaux nés qui est passé, lui, de 225 mille en 2014 à seulement 160 mille en 2021.

Une combinaison de facteurs sociaux, éducatifs et familiaux est derrière cette évolution de la société tunisienne et de la composition de la famille. L’accès à l’éducation, la généralisation de la contraception, l’activité professionnelle n’y sont certainement pas pour rien. Mais une autre dimension a beaucoup à dire dans cette modification de la famille tunisienne.

Une dimension économique qui impacte fortement le taux de mariages. Ces dernières années (2017-2021), le nombre des mariages a diminué d’environ 25%, passant de 95 mille en 2017 à 71 mille mariages en 2021. Idem pour le nombre des naissances. Durant la même période, les Tunisiens ont eu 23% moins de bébés dans l’ensemble des régions du pays (chiffres INS).

 

Même si, dans le monde, la population ne cesse d’augmenter, le nombre de naissances par famille lui ne cesse de baisser. Ces changements démographiques sont en effet loin d’être l’apanage du citoyen tunisien. Dans d’autres pays aux cultures différentes, on observe la même configuration ou presque. En France, par exemple, le nombre de naissances en 2023 est inférieur d’environ 20% à celui de 2010.

Derrière ces chiffres bien parlants, une réalité socio-économique, elle aussi évidente. Le mariage coûte de plus en plus cher en Tunisie tout comme l’accès au logement.

Le passage à la parentalité n’est désormais, lui aussi, plus une décision à prendre à la légère. Les coûts du suivi médical de la femme enceinte, de l’accouchement, de la scolarité et des différents autres besoins d’un enfant en bas âge ne cessent d’augmenter, alourdissant ainsi le portefeuille des jeunes parents qui doivent y réfléchir à deux fois avant de prendre cette décision qui impactera leur vie. La décision est d’autant plus lourde lorsqu’il s’agit de donner un frère ou une sœur à leur premier enfant. En effet, alors qu’une femme tunisienne accouchait en moyenne de six enfants en 1975, ce nombre passe à deux actuellement.

Une situation qui impacte directement la hausse parallèle du taux de divorces mais aussi celui des enfants nés hors du cadre du mariage. Des enfants auxquels la société tunisienne n’accorde que très peu de place et qui sont, malgré eux, obligés de subir la stigmatisation culturelle et religieuse.

 

Cette mutation de la société influe profondément sur la configuration de la Tunisie. Ses effets visibles seront encore plus visibles d’ici quelques années. C’est sur les pays de la vieillissante Europe que la Tunisie marche démographiquement, même si la situation économique n’est certes pas la même. Son indice synthétique de fécondité s’approche en effet de celui enregistré en Europe ces dernières années.

 

Une reconfiguration moins lente que ce qu’on pourrait penser aux conséquences mal planifiées sur la société tunisienne. Pour l’instant, aucune politique publique connue n’a été mise en place afin de saisir les messages que donnent les chiffres, et d’anticiper la mutation de la société tunisienne afin de mieux y faire face…

 

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