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Seuls les Kaïssistes peuvent être au-dessus des lois

 

Il s’appelle Mahmoud Benmabrouk, il est secrétaire général du parti du Massar 25-Juillet (allié du pouvoir) et a été l’invité de Moez Ben Gharbia mardi dernier sur Diwan FM. Durant son interview, il a déclaré, sans sourciller, avoir faire l’objet de trois plaintes en vertu du décret 54 et que les trois plaintes ont été retirées suite à des instructions données au plus haut sommet de l’État.

Elle s’appelle Hayet Guettat Guermazi, elle était ministre des Affaires culturelles et elle est citée dans la célèbre affaire de complot contre l’État dans laquelle figurent 25 noms de personnes célèbres et moins célèbres dont certains sont passés par la case prison. La semaine dernière, Mme Guettat Guermazi a fait l’objet d’une plainte pour complot contre l’État déposée par du personnel de son ancien ministère, mais cela n’a pas inquiété pour autant la dame.

Il s’appelle Ezzedine Chelbi, il est gouverneur de Ben Arous et il a humilié, vendredi dernier, le personnel d’une recette des Finances de son gouvernorat, le tout filmé par une caméra et posté sur les réseaux sociaux. Techniquement et légalement, M. Chelbi n’a pas à effectuer une visite à cette recette des finances, n’a aucun lien hiérarchique avec son personnel et n’a pas à leur adresser la parole. Moralement, son poste ne lui accorde aucun droit à humilier autrui, encore moins devant une caméra. Mais bien qu’il ait attaqué et humilié des représentants de l’État dans l’exercice de leurs fonctions, bien qu’il ait filmé et diffusé publiquement ces humiliations les exposant ainsi devant le peuple (le monde) et leurs familles et bien que son acte tombe sous plusieurs articles de loi (dont le décret 54), Ezzedine Chelbi n’a pas été inquiété pour autant. Il continue à pavaner comme un paon devant les caméras. 

Ceux-là, ils ne méritent pas qu’on cite leurs noms. Ils sont moins que rien. De toute façon, on ne peut pas les citer tous, tant ils sont nombreux. Ils pullulent sur les réseaux sociaux et certains médias, ils sont connus pour être des aficionados du régime de Kaïs Saïed et ils attaquent 24/7 nommément les opposants (ainsi que leurs avocats et leurs familles), les journalistes, les hauts fonctionnaires, les magistrats, la police, etc. Ils sont toujours là pour défendre les positions du régime et dénoncer tous ceux qui lui sont opposés ou ceux qui ne vont pas dans son sens. Ils n’hésitent pas à injurier, insulter et salir l’honneur de leurs victimes. Ces dernières ont beau avoir déposé des dizaines de plaintes, elles ont beau médiatiser ce qui leur est arrivé, cela n’a pas inquiété pour autant ces fayots et propagandistes.

 

C’est une constante depuis la nuit des temps, il y a toujours eu deux justices en Tunisie. Une pour le commun des mortels et une autre pour le régime et ceux qui gravitent autour. C’était le cas avant la révolution et cela n’a pas changé après. Le fait est que la situation a empiré après le putsch du 25 juillet 2021. C’est un constat indéniable. Avant, « l’immunité judiciaire » ne touchait que quelques apparatchiks. Maintenant, elle protège les hommes et femmes d’appareil, mais aussi la racaille.

C’est frustrant et affligeant que de constater « le deux poids, deux mesures » dans des affaires de même nature. On ne peut pas, en aucun cas, juger deux choses analogues avec partialité, selon des règles différentes. Walid Balti a été jeté en prison dans l’affaire de complot contre l’État, mais Hayet Guettat Guermazi continue de bénéficier de sa totale liberté de mouvement bien que citée dans la même affaire. Des dizaines d’opposants politiques sont jetés en prison dans d’autres affaires de complot, en l’absence totale de faits tangibles, alors que Hayet Guettat Guermazi bénéficie de sa totale liberté de mouvement.

Le journaliste Mohamed Boughalleb est jeté en prison pour avoir soi-disant sali l’honneur d’une haute fonctionnaire, alors que des dizaines de chroniqueurs et facebookers salissent impunément l’honneur des opposants et ne sont même pas convoqués devant la justice.

Qu’il y ait un, deux, trois ou dix cas qui échappent aux mailles du filet judiciaire en bénéficiant de leur proximité de l’appareil de l’État, passe encore, mais force est de constater que ces exceptions sont devenues une règle. Il suffit d’être un apparatchik ou un aficionado de ce régime pour devenir un homme (ou une femme) au-dessus des lois.

 

La faute aux magistrats ? Techniquement, cela leur incombe de poursuivre ces hors-la-loi supposés pour qu’ils répondent de leurs actes devant la justice. Sauf que les magistrats se sont retrouvés, malgré eux, entre le marteau et l’enclume. S’ils poursuivent un apparatchik ou un aficionado du régime ou s’ils ne poursuivent pas un opposant, ils sont tout de suite mutés, suspendus ou radiés par leur hiérarchie et lynchés sur les réseaux sociaux. 

C’est leur job et ils doivent assumer, diriez-vous. C’est plus facile à dire qu’à faire, car il est bon de rappeler que les magistrats n’ont pas vraiment de recours quand ils subissent des injustices. S’ils saisissent la justice (c’est-à-dire leurs pairs) et que cette dernière leur donne raison et ordonne leur réaffectation, le ministère de la Justice refuse d’appliquer la décision. S’ils choisissent de quitter le corps des magistrats et de rejoindre le barreau, l’Ordre des avocats refuse de les intégrer. Ce dernier, sous la mandature de Hatem Mziou, ne prend même pas la peine de refuser officiellement la réintégration, car il sait que le refus peut faire l’objet d’un pourvoi en appel et que si cet appel aboutit favorablement, cela l’oblige à intégrer les ex magistrats dans le barreau. En refusant de répondre, le cynique bâtonnier les prive de toute solution légale opposable devant les tribunaux.

En attendant, tous les magistrats qui ont eu le malheur de prendre des décisions défavorables au régime de Kaïs Saïed se trouvent aujourd’hui au chômage, sans ressources minimales pour subvenir à leurs besoins. 

 

Grâce à cette infernale machine judiciaire partiale, mise en place par sa ministre Leïla Jaffel, le régime de Kaïs Saïed est en train de faire ce qu’il veut du peuple. Incarcérations abusives, procès fallacieux, intimidations diverses d’avocats, d’opposants, de syndicats et de journalistes, mise au pas de toute l’administration, de l’armée, de l’appareil judiciaire et des médias publics. Le régime ne profite plus seul de cette machine infernale, il en fait également profiter ses aficionados. Conscients de jouir d’une totale impunité, ils s’en targuent en toute indécence dans les médias et les réseaux sociaux, lançant ainsi un pied-de-nez à tout le peuple.

Assurément, et sans doute aucun, cela ne va pas durer éternellement. L’Histoire est un éternel recommencement. Les apparatchiks et les aficionados du régime ont beau se croire et être au-dessus des lois et du peuple, ils sont plus bêtes que ce dernier, car ils n’ont pas retenu les leçons de l’Histoire. Les apparatchiks et les aficionados de Ben Ali sont passés par la case prison, y compris ses ministres de la Justice Béchir Tekkari et Lazhar Bououni. Ce dernier est mort de dépit à l’âge de 69 ans. Les apparatchiks et les aficionados islamistes sont également passés par la case prison, y compris leur très sulfureux ministre de la Justice Noureddine Bhiri, actuellement incarcéré.

C’est vrai que la justice à deux vitesses a toujours été une constante dans l’Histoire de la Tunisie, mais cela est vrai aussi que cette justice a toujours su se venger des politiques qui l’ont piétinée en usant de leur pouvoir. Un pouvoir qui a toujours été, de tous temps et partout dans le monde, éphémère.

 

* Les Kaïssistes sont les partisans de Kaïs Saïed

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