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Populisme, incompétence, médiocrité

 

Quand le régime nous dit et répète, du plus haut dignitaire au plus petit tapeur de clavier sur Facebook, qu’il n’y a plus aucun retour en arrière possible, qu’est-ce que cela implique, que comprendre ?

 

Certains ébahis sont sûrs que cela signifie la fin sans retour de la dénommée « décennie noire ». Dans cette catégorie de gens, il y a deux groupes.

Il y a ceux qui rejettent idéologiquement les islamistes au point d’aspirer à l’anéantissement de toute l’expérience démocratique qui les a amenés au pouvoir. Tout le processus sans distinction aucune avec ces bons et ces mauvais côtés. Ils ont réduit le foisonnement, les combats, les débats, les espoirs de la décennie post-révolution à l’avènement des islamistes et leurs entourloupes. Une haine idéologique qui leur a fait perdre de vue l’essentiel. Ils ont jeté le bébé avec l’eau du bain pensant se débarrasser une bonne fois pour toutes du fléau. Sauf qu’ils ont oublié que ces mêmes islamistes étaient au plus bas, qu’ils avaient perdu la sympathie de la population, que leur pouvoir s’érodait et que cela se manifestait démocratiquement à travers leurs chutes successives aux élections. Ils étaient presque finis, leur crédibilité entachée durablement. En mettant un coup d’arrêt à cette déchéance qui suivait le cour ‘naturel’ de la chose démocratique, ils ne se rendaient pas compte de la bouée de sauvetage qui aura été lancée à ces islamistes tellement honnis. Ils en ont fait des victimes de l’arbitraire et leur ont donné la possibilité de rebondir drapés de l’aura victimaire.

 

Il y a ceux qui n’ont aucune motivation idéologique, mais qui rejettent toute la classe politique, les médias, la société civile, tout ! Cette catégorie, les discours du régime sur la fin de la récré, la fin des partis, de l’exercice démocratique tel qu’expérimenté, ça leur parle. Qu’est-ce que cela nous a apporté, disent-ils, on n’en a rien à faire de la démocratie et de la liberté, affirment-ils, tous des pourris, table rase de cette décennie, réclament-ils. Une vision biaisée de ce qu’est le véritable exercice démocratique motivée, certes, par les couacs et les échecs de la transition. Cela a trouvé écho dans la propagande populiste du régime qui n’a eu de cesse de diaboliser la vie politique et les corps intermédiaires alimentant ce rejet.

 

Certains non-ébahis comprennent cela comme un non-retour à la « décennie noire », mais veulent un retour aux décennies d’avant. Une occasion en or pour défaire la défiance faite à un système séculaire et qui a été ébranlé par l’avènement de la révolution. Une occasion à saisir et à ne pas rater pour raviver les anciennes pratiques et une vision d’un État fort qui s’articule autour d’un seul et unique. L’opportunité se présente actuellement et peu importe l’identité de celui qui est en train de tout démonter. L’outil de la destruction des quelques acquis et de la dynamique progressiste charriés par la révolution ne compte pas vraiment, puisqu’il est en train de paver le chemin, de le préparer pour l’après. Anéantir les aspirations à une véritable démocratie, aux rêves de liberté, de droit et d’équité est une fin en soi qui ouvrirait les portes plus tard à plus compétent, à plus à même de représenter et de renforcer le système.

 

Maintenant, pour le régime et ces quelques bruyants aficionados le non-retour en arrière signifie surtout l’instauration d’une vision qui devrait changer non seulement la Tunisie et les Tunisiens, mais aussi l’humanité tout entière. Un nouveau modèle présenté comme révolutionnaire et qui aura pour effet de nous propulser vers des sommets insoupçonnés. Gouvernance par les bases, restriction du champ d’action politique traditionnel pour faire émerger de nouvelles forces (?), chasse aux sorcières lancée contre les élites ou toute opposition au projet, diabolisation des nantis, entreprises communautaires comme modèle de croissance économique, faire régner la peur et les théories du complot pour maîtriser les foules, opter pour le sensationnel plutôt que les solutions concrètes. Bref, on peut continuer à mélanger les étonnantes réalisations du pouvoir, mais épargnons-nous cette peine.

Une vision, si on peut qualifier cela comme tel, ubuesque où le populisme le dispute à l’incompétence et la médiocrité, formant un cocktail détonnant. « Populisme, incompétence, médiocrité », cela ferait une belle devise qui tombe sous le sens.

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