L’avocat et dirigeant du Front de salut national, Ridha Belhaj, a publié vendredi 14 novembre 2025 depuis la prison de Siliana une lettre dans laquelle il accuse le pouvoir judiciaire tunisien de traverser « ses pires moments depuis l’indépendance ».
Le détenu politique, poursuivi dans l’affaire de complot contre la sûreté de l’Etat, compare la situation actuelle à « l’époque des ténèbres et du Moyen Âge », évoquant des procès en l’absence des accusés et des témoins dissimulés, utilisés pour condamner les opposants.
Dans ce texte, rendu public par son comité de défense, Belhaj rappelle que les principes de la justice moderne, tels que la présence obligatoire du prévenu, la publicité des audiences, les droits de la défense et le droit à la confrontation, ont été instaurés après la Révolution française et consacrés par les codes pénaux du XIXe siècle. Il estime que ces garanties sont aujourd’hui « piétinées » en Tunisie, notamment à travers « l’insistance » à le juger à distance, une procédure qu’il considère contraire aux lois en vigueur.
Belhaj accuse les autorités de mener une politique de « maltraitance organisée » visant à démanteler les acquis en matière de droits et libertés, imposant, selon lui, un « désert politique et juridique ». L’objectif, poursuit-il, dépasserait la volonté de briser la résistance des détenus d’opinion pour s’étendre au « dressage des forces sociales et civiles » par la peur.
Dans sa lettre, il appelle à une mobilisation urgente pour « libérer la justice de la mainmise du pouvoir » et permettre au barreau de remplir son rôle dans la défense de l’État de droit. Il invite également les détenus politiques à renforcer leur solidarité.
Grève de la faim solidaire avec Jaouhar Ben Mbarek
Belhaj exprime par ailleurs son soutien au militant et universitaire Jaouhar Ben Mbarek, détenu lui aussi, et annonce être entré depuis le 8 novembre dans une grève de la faim en signe de solidarité. Il affirme enfin qu’il boycottera toute audience à distance et demande à ses avocats de se retirer de sa défense si le tribunal persiste à recourir à cette procédure.
La lettre se conclut par un appel à la défense des libertés publiques et à la préservation de l’unité nationale : « Vive la Tunisie libre, démocratique et indépendante pour toujours. »


R.B.H.











