Dans une interview accordée à l’émission « Sbah El Ward » sur Jawhara FM, le député Tarek Mehdi a affirmé que « des milliers de naissances » ont été enregistrées récemment parmi les migrants subsahariens nés en Tunisie, ajoutant que ces enfants seraient « élevés avec l’éducation de gangs ». Il a également soutenu que la politique de retour volontaire des migrants « n’est pas au niveau souhaité » et que ceux qui se trouvent en Algérie et en Libye utiliseraient la Tunisie comme « le passage le plus facile », revenant selon lui s’installer dans plusieurs régions du pays pour « préparer le terrain aux autres ».

Des chiffres avancés, mais non confirmés
Ces déclarations ont immédiatement suscité la polémique. Elles établissent un lien direct entre naissances, migration et criminalité, tout en alimentant l’idée d’une menace démographique. Plusieurs internautes y ont vu une rhétorique dangereuse, s’inscrivant dans une montée des discours de stigmatisation visant les migrants subsahariens.
Le député avance un chiffre supérieur à 6 000 naissances enregistrées dans les hôpitaux publics parmi les femmes subsahariennes. Ce chiffre a été repris par plusieurs médias, mais aucune source officielle indépendante — ni le ministère de la Santé, ni l’Institut national de la statistique — ne publie à ce jour de données détaillées confirmant ces volumes. Il s’agit donc d’une information déclarée par le député, et non vérifiée.
« Élevés par des gangs » : une affirmation sans fondement
Quant à l’affirmation selon laquelle ces enfants seraient « élevés par des gangs », aucune preuve publique, étude académique ou rapport institutionnel n’établit l’existence de structures criminelles organisées prenant en charge ces enfants. L’expression relève d’un registre alarmiste, sans données objectives pour l’étayer.
Cette idée d’une « éducation de gangs » apparaît comme un raccourci qui associe migration et criminalité de manière injustifiée et potentiellement dangereuse.
Menace démographique et « État dans l’État » : spéculation politique
Le député évoque ensuite un risque de « modification de la composition démographique » et l’émergence d’un « État dans l’État ». Là encore, aucune analyse démographique produite par des institutions tunisiennes ou internationales ne confirme un changement structurel de la population tunisienne lié aux naissances ou à la présence migrante.
D’après le recensement de l’Institut national de la statistique (INS) de 2024, la Tunisie compte environ 14 570 étrangers résidents entre 2019 et 2024, représentant ainsi 0,55% de la population totale. Ce qui contredit la théorie du grand remplacement avancée. La majorité de ces résidents proviennent par des pays du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et des pays européens, comme la France.
Ces assertions relèvent davantage de la spéculation politique que de la donnée mesurable.
Code de la nationalité : un vide juridique inexistant
Enfin, il mentionne la nécessité de revoir le code de la nationalité pour éviter l’attribution automatique de la citoyenneté aux enfants nés en Tunisie. Or, le droit tunisien n’accorde déjà pas la nationalité de manière automatique aux enfants de parents étrangers nés sur le territoire. Le débat sur une réforme existe dans certains cercles politiques, mais son argument laisse entendre un vide juridique qui n’existe pas.
Verdict BN Check
Si les déclarations du député mentionnent des chiffres présentés comme factuels, elles ne reposent sur aucune donnée vérifiée et accessible publiquement. L’essentiel de son propos s’inscrit dans un discours anxiogène qui amalgame migration, natalité et criminalité, sans fondement factuel solide.
Verdict : information non vérifiée et potentiellement trompeuse.
R.A.













Commentaire
zaghouan2040
Ce que ne mentionne pas ce depute c’est le rôle de gangs de trafics d’êtres humains de l’autre côté de la frontière algérienne et l’étrange porosité de cette frontière