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La ministre Leila Jaffel et la reine Marie-Antoinette

Par Sofiene Ben Hamida

Par Sofiene Ben Hamida

« Ils mentent.. Et savent qu’ils sont des menteurs, et savent que nous savons qu’ils sont des menteurs.. Pourtant ils mentent à voix haute. » Nejib Mahfoudh.

Disons-le d’emblée, la prestation de la ministre chargée de la fonction de ce que le pouvoir actuel considère comme la justice, devant les deux chambres censées être celles des représentants du peuple, à l’occasion de la discussion du budget de l’État pour l’année prochaine, a été sidérante. Dans ses interventions, avec son air prétentieux et hautain, Leila Jaffel, de son identité civile, était d’une condescendance ahurissante tellement elle débitait, calmement, sans sourciller, des contre-vérités et des affirmations que la réalité récuse.

Une vision angélique de la justice

Pour elle, la justice dans le pays se porte bien et tout va pour le meilleur du monde. Pour preuve, elle prévoit de bâtir de nouvelles prisons et d’agrandir et aménager d’autres existantes. Elle aurait pourtant pu faire l’économie de ces dépenses inutiles en libérant la moitié de la population carcérale (estimée à plus de 36.000 individus, du jamais vu dans le pays même sous Bourguiba, Ben Ali ou la troïka) qui croupit actuellement en prison en attendant d’être jugée.

Elle aurait pu aussi désobstruer les prisons avec une politique judiciaire plus respectueuse des droits humains qui ne met pas à tour de bras en prison les opposants du pouvoir, les acteurs politiques, les militants associatifs, les avocats, les journalistes et même les citoyens qui osent s’intéresser à la chose publique.

Au vu de ce qui se passe dans le pays depuis plus de trois ans, l’annonce de la création de nouvelles unités carcérales pourrait supposer que le pays devrait s’attendre à l’intensification des représailles contre les acteurs de la société civile qui adopteraient des positions critiques envers le pouvoir en place.

Déclarations provocatrices et réécriture de la réalité

D’ailleurs, contre toute logique, la ministre de la fonction de la justice affirme sans broncher que l’article 24 du décret 54 n’est absolument pas liberticide et ne bâillonne pas la liberté d’expression. Face à cette extravagance, on n’ose plus citer les dizaines d’inculpés et d’emprisonnés sur la base de cet article. La couleuvre est tellement grosse qu’elle reste en travers de la gorge.

Sans broncher aussi, elle débite que l’absence du conseil supérieur de la magistrature ne porte pas atteinte à l’indépendance de la justice vu que l’ancien conseil n’a pas joué son rôle correctement. C’est ce qu’on appelle jeter le bébé avec l’eau du bain. Si le cursus universitaire de la ministre Jaffel n’était pas authentifié, on aurait pu penser qu’elle a suivi ses études de droit en Corée du Nord.

Le point d’orgue : le déni de la grève de la faim

Mais le point d’orgue de la prestation de la ministre Jaffel a été quand elle a allégué que les prisonniers politiques dans l’affaire dite du complot qui sont en grève de la faim sauvage ne le sont pas réellement. « Ils mangent tous » a-t-elle dit en ricanant. « Ceux qui n’ont pas beaucoup mangé, ont mangé un peu, même dans les lieux qui ne sont pas adéquats pour manger », faisant allusion aux toilettes dépourvues de caméras de surveillance. Face à cette ignominie, on ne peut qu’espérer que les grévistes de la faim s’en sortent avec les moindres dégâts.

Dans la France révolutionnaire, on avait attribué à la reine Marie-Antoinette la phrase « Donnez-leur de la brioche » pour des fins propagandistes mais aussi pour symboliser l’ignorance des élites face aux problèmes du peuple. Deux siècles et demi après, la ministre Jaffel semble adopter la même attitude, la finesse et la grâce de la reine de France en moins.

Dans une République démocratique, une sortie aussi catastrophique de la ministre de la justice lui aurait coûté son portefeuille et l’aurait poussée à présenter des excuses publiques et à la démission. Dans un régime présidentiel, le chef de l’État aurait limogé sa ministre de la justice. Dans un pays où les institutions fonctionnent correctement, le parlement aurait refusé de voter le budget du ministère de la Justice.

Parions que les deux chambres parlementaires tunisiennes joueront comme d’habitude leur rôle de chambres d’enregistrement et qu’elles voteront le budget de l’État pour l’année 2026.

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Commentaire

  1. Fares

    16 novembre 2025 | 17h38

    Comble de l’indécence, du cynisme avec un brin de vulgarité. Certaines et certains traînent toute une batterie de cuisine et non pas juste quelques casseroles. Rira bien celui qui rira le dernier. On aimerait pas être à leur place dans la Tunisie de l’après Saïed, mais on rira à gorge déployée.