La situation demeure particulièrement tendue à Gabès, où l’atmosphère reste chargée d’inquiétude et de colère. Depuis le samedi 15 novembre 2025, la ville du Sud tunisien est de nouveau le théâtre de manifestations nocturnes, ravivant un climat social déjà fragilisé par des années de contestation environnementale.
Dans les différents quartiers, des groupes de manifestants ont érigé des barricades, bloqué les axes routiers et allumé des feux pour exprimer leur exaspération face à ce qu’ils qualifient de mutisme persistant des autorités. Au cœur des revendications : l’arrêt des activités industrielles du Groupe chimique (CGT) et ses émanations toxiques qui alimentent depuis longtemps les craintes pour la santé et l’environnement.
Invité de la matinale de Jawhara FM, lundi 17 novembre 2025, Ahmad Chelbi, président de la section locale de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), a dressé un tableau préoccupant des dernières nuits d’affrontements. Selon lui, les forces de l’ordre ont largement recouru aux gaz lacrymogènes pour disperser les protestataires, provoquant de nombreux cas de suffocation.
Il a également fait état de plusieurs interpellations : dix personnes devraient être déférées devant le ministère public, tandis que cinq autres ont été placées en comparution immédiate pour les événements survenus entre vendredi et samedi. Les chiffres concernant la nuit de dimanche à lundi n’ont, pour l’heure, pas encore été communiqués.
Cette résurgence de la contestation à Gabès s’inscrit, notons-le, dans un contexte social déjà fortement dégradé. En octobre dernier, Gabès avait été paralysée par une grève générale d’envergure, menée sous l’égide de la Centrale syndicale l’UGTT, exigeant la fermeture des unités les plus polluantes du complexe chimique.
Les habitants accusent depuis des décennies ce site industriel d’être à l’origine d’émissions nocives provoquant des troubles respiratoires, des cas d’asphyxie à répétition et une détérioration globale de la qualité de vie.
Les militants du collectif Stop Pollution, particulièrement actifs dans la région, affirment que la disparition de ces installations permettrait d’enrayer la dégradation de l’air, de l’eau et du sol, qui, dénoncent-ils, empoisonne progressivement la ville et ses environs.
Les habitants, dont la colère s’intensifie à mesure que s’accumulent les incidents, attendent désormais des autorités une prise d’engagement ferme et des mesures concrètes susceptibles d’apaiser durablement la situation.
La section de Gabès de la LTDH a, rappelons-le, publié, samedi dernier, un communiqué alarmant au sujet de la crise environnementale qui frappe la région. Selon l’organisation, plus de deux mois de fuites gazeuses continues ont provoqué des centaines de cas d’asphyxie, touchant notamment les enfants scolarisés, les personnes âgées et les habitants souffrant déjà de fragilités respiratoires. Certains cas auraient même évolué vers des formes de paralysie partielle, signe d’une dégradation inquiétante de la situation sanitaire.
La LTDH a souligné, également, que les infrastructures médicales de la ville — l’hôpital universitaire comme les dispensaires — ne parvenaient plus à faire face à l’afflux croissant de patients, déplorant le silence des autorités et l’absence de mesures d’intervention rapides.
Face à cette inertie, la LTDH–Gabès a formulé trois demandes essentielles : l’arrêt immédiat des unités industrielles polluantes du complexe chimique, la déclaration officielle de Gabès comme zone sinistrée afin de débloquer des moyens d’intervention exceptionnels, et la mise en cause de la responsabilité des autorités locales et nationales, accusées d’avoir laissé la situation se détériorer au point de porter atteinte au droit à la santé et à un environnement sain.
N.J












2 commentaires
zaghouan2040
Le régime est strictement incapable de répondre efficacement aux revendications de la population
Car pas question de cesser les activités du site CGT
Et pas d’argent ni d’ailleurs de moyens humains et techniques pour réduire et prevenir de manière efficiente les risques sanitaires et environnementaux
Donc de l’enfumage hypocrite pour anesthésier une population presupposee débile, comme le reste de la population
Mais certe fois cela ne marchera pas
Mes prières pour les prochaines victimes de cette caricature de gouvernance
Judili58
Voilà 3 semaines La Présidence de la République a annoncé la nomination d’un expert pour résoudre les problèmes posés par les ICM de Gabes. Où est ce monsieur ? Qu’est il en train de faire ? Pourquoi ne communique t il pas ? De toute façon force est de constater que pour l’instant sa nomination est un échec total.