Depuis quelques jours, des publications largement partagées sur Facebook affirment que la Tunisie aurait « approuvé un projet de naturalisation des apatrides en Afrique » lors d’une session du Parlement panafricain. Présentée de manière alarmiste, cette information a été interprétée comme une décision ouvrant la voie à la naturalisation d’étrangers africains en Tunisie, nourrissant un climat de confusion et d’inquiétude. Pourtant, après vérification, ces affirmations sont totalement fausses et reposent sur une interprétation trompeuse d’informations officielles.


La participation tunisienne au Parlement panafricain
Les faits montrent que le Parlement tunisien a participé à la deuxième session ordinaire 2025 du Parlement panafricain, organisée à Midrand, en Afrique du Sud. Selon les communiqués officiels, la délégation tunisienne a pris part aux travaux le 10 novembre 2025 et a effectivement approuvé un seul texte : le projet de loi modèle sur la sécurité et la nutrition alimentaires en Afrique. Les autres sujets abordés, incluant les discussions sur le droit à la nationalité et les mécanismes continentaux visant à lutter contre l’apatridie, n’ont fait l’objet que de débats. Le terme « discuter » ne signifie en aucun cas adopter, appliquer ou s’engager juridiquement. Aucun texte relatif à la naturalisation de personnes apatrides ou étrangères n’a été approuvé par la Tunisie.

Le Parlement panafricain n’a pas de pouvoir contraignant
Il convient également de rappeler que le Parlement panafricain n’a pas de pouvoir législatif contraignant sur les États membres. Les projets de lois modèles produits par cette institution sont des documents de référence destinés à encourager le dialogue continental, mais ils n’ont aucune valeur obligatoire.
Une discussion technique sur un texte panafricain ne signifie donc pas que la Tunisie accepte de modifier sa législation nationale ou de mettre en place un mécanisme de naturalisation collective.
La législation tunisienne sur la nationalité
Le droit tunisien en matière de nationalité est régi exclusivement par le Code de la nationalité tunisienne. La nationalité tunisienne s’obtient principalement par filiation, par naissance dans certaines conditions ou, plus rarement, par naturalisation individuelle.
Cette procédure est strictement encadrée : elle exige une résidence prolongée en Tunisie, une intégration prouvée, une bonne conduite et l’absence de risque pour l’ordre public. La Tunisie ne pratique pas la naturalisation collective et aucun organisme régional ne peut lui imposer de le faire. Le cadre juridique national protège clairement la souveraineté de l’État en matière de nationalité.
Désinformation et manipulation terminologique
L’idée selon laquelle la Tunisie aurait décidé de « naturaliser des apatrides en Afrique » relève donc purement de la désinformation. Elle détourne un simple débat institutionnel africain pour fabriquer l’illusion d’un engagement national inexistant.
Ce type d’intox repose souvent sur des manipulations terminologiques, notamment l’exploitation du mot « nationalité » hors de son contexte juridique, afin de provoquer l’inquiétude du public.
Un contexte de haine et de peur
Cette rumeur s’inscrit dans un contexte plus large. Depuis des années, les réseaux sociaux tunisiens sont traversés par une prolifération de contenus hostiles aux personnes originaires d’Afrique subsaharienne. Certaines pages diffusent systématiquement de fausses informations associant migration, perte de souveraineté et prétendus projets de naturalisation massive.
Ces narratifs fallacieux s’inscrivent dans une dynamique de désinformation ciblée, destinée à attiser la peur, la méfiance et parfois la haine envers les Subsahariens présents en Tunisie.
Verdict
Après vérification, l’information selon laquelle la Tunisie aurait approuvé un projet de naturalisation d’apatrides en Afrique est totalement fausse. Il s’agit d’une interprétation trompeuse d’un débat institutionnel africain et d’une manipulation terminologique visant à créer la confusion et la peur.
R.A.












