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La Loi de finances 2026 n’intéresse pas les patrons

Par Marouen Achouri

Le projet de Loi de finances 2026 présenté par le gouvernement de Sarra Zaâfrani Zenzri suscite le débat et parfois la polémique. Plusieurs élus ont publiquement exprimé leur mécontentement du projet, pointant sa faiblesse et son manque de vision stratégique. La centrale syndicale a également commenté certains points de ce projet en se focalisant particulièrement sur l’augmentation unilatérale des salaires décidée dans l’article 15 du projet de loi. Reste un acteur aux abonnés absents : les patrons.

Patrons introuvables face au PLF 2026

L’examen minutieux des pages Facebook de la Confédération des entreprises citoyennes (Conect) et de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) démontre un désintérêt presque total du projet de Loi de finances. « Presque », car il existe quand même une publication rapportant la séance d’audition d’une délégation de l’Utica par la commission des finances au sein de l’Assemblée. Une séance où les représentants des patrons, à leur tête l’indéboulonnable Samir Majoul, ont exprimé leurs avis et leurs réserves sur certains points évoqués par le PLF 2026.

Mais, mis à part cette apparition protocolaire, l’Utica n’a pas communiqué ce que la centrale patronale pense réellement du projet de Loi de finances 2026, ni comment celui-ci s’intègre dans le plan de développement 2026-2030, sans parler de la situation des finances publiques ou encore du recours de plus en plus banalisé au financement direct du budget par la Banque centrale de Tunisie, par exemple. La Conect a été un peu plus courageuse lors de son audition par la même commission en pointant l’absence de réformes structurelles dans le projet de loi ainsi que l’absence d’évaluation des lois de finances passées et de leur impact sur les caisses de l’État et les entreprises. Elle a également souligné l’absence de mesures en faveur de la compétitivité des entreprises.

Un climat économique délétère… sans voix patronale

Climat d’investissement, pression et parfois persécution fiscale, diabolisation des hommes d’affaires, chefs d’entreprise en prison, réconciliation pénale… autant de sujets en relation avec la situation économique du pays où les patrons sont pratiquement aux abonnés absents. L’Utica et la Conect ont été incapables d’exercer les pressions nécessaires pour faire modifier des taux de TVA ou des mesures fiscales mineures. À titre d’exemple, les sociétés de commerce international sont toujours tenues de payer la TVA sur l’achat de produits tunisiens destinés à l’export. Le gouvernement parle de promotion des produits nationaux à l’étranger, mais veut quand même récupérer la TVA en alourdissant les comptes des sociétés spécialisées dans l’export. Il s’agit d’une mesure en vigueur depuis quelques années maintenant. En contrepartie, l’export stagne, le déficit commercial se creuse, la croissance est en berne et le chômage est en hausse.

Pourtant, tout cela ne semble pas émouvoir outre mesure les représentants des chefs d’entreprise. En des temps qui paraissent aujourd’hui lointains, les représentants de l’Utica et de la Conect arpentaient les plateaux médiatiques et meublaient les colonnes des journaux pour expliquer et exprimer l’avis de l’entreprise par rapport aux principales problématiques du pays. Cela faisait d’ailleurs partie de leur rôle en tant que syndicats représentatifs. Cela permettait, par exemple, au citoyen lambda de comprendre que dans la caste des patrons il y a également le chauffeur de taxi, le coiffeur du quartier, la petite PME qui emploie une dizaine de personnes, le vendeur de prêt-à-porter et bien d’autres encore. Bien loin de l’image que l’on se fait des grands patrons qui brassent des milliards, roulent en grosses cylindrées et passent leurs vies entre deux avions. Les représentants des patrons défendaient le pouvoir d’achat du citoyen en critiquant la manière dont l’État dépense l’argent du contribuable, qu’il soit entreprise, patron ou employé. Ils donnaient des pistes à l’État pour que ce dernier puisse créer de la richesse, ce qu’il n’a pratiquement jamais su faire.

Cet abandon de la part des patrons conforte l’idée selon laquelle ce sont des profiteurs qui ne se montrent pas en temps de crise et en temps de disette. Il est vrai que le patronat, en Tunisie et ailleurs, n’est franchement pas connu pour son courage, comme l’avait si bien dit un de nos chefs du gouvernement. Quand les circonstances s’y prêtent, les représentants de l’Utica adorent rappeler l’histoire de leur organisation et son caractère militant, même pour l’indépendance. Mais comme dirait la publicité, ça, c’était avant. Aujourd’hui, l’Utica ne semble pas concernée par ce qui se passe dans le pays, y compris quand cela touche directement ses affiliés. Même quand des voix s’élèvent de l’intérieur même de l’organisation, elles sont mises au ban et marginalisées.

Le désengagement d’un patronat devenu docile

Désormais, la centrale patronale historique est un exemple de docilité et de complaisance envers le pouvoir. La Conect, qui porte un élan de renouveau et de fraîcheur, essaie encore de se faire entendre. Mais au final, les petits patrons de PME, ceux qui gèrent tant bien que mal des petites affaires, les artisans et autres producteurs de richesses, sont laissés pour compte. Ils se trouvent aujourd’hui dans une situation de précarité profonde.

À tout moment, ils peuvent se retrouver en prison, à tout moment une loi pondue par des populistes peut détruire leur commerce ou leur activité, tout cela sous la menace du fisc et de l’État. Eux, personne ne viendra les défendre sur les plateaux ni ailleurs et ils devront, en plus, supporter de voir leur image ternie et diabolisée. Ils devront toujours être capables de justifier leur réussite.

Quel choix leur reste-t-il quand, d’un côté, ceux qui sont censés les défendre s’accrochent à leur chaise et, de l’autre, l’État estime que posséder plus de trois millions de dinars représente une fortune taxable ? Il faudrait peut-être qu’ils se tournent vers les sociétés communautaires. Ça ne gagnera pas de pain, mais ça les mettra à l’abri.

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