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À Tunis, une foule vêtue noire fait front contre l’injustice

Par Raouf Ben Hédi

Ils sont environ 2500, rassemblés dès la fin de matinée, vêtus de noir comme un seul corps. Le cortège s’élance du centre de Tunis, compact, silencieux d’abord, puis de plus en plus sonore. Ce samedi 22 novembre 2025, la ville résonne des voix de plusieurs milliers de personnes venues dénoncer l’injustice, défendre les droits et rappeler qu’un pays ne peut avancer quand ses libertés reculent.
La marche, initiée par la famille de l’avocat détenu Ahmed Souab, se veut citoyenne, sans bannières partisanes, sans banderoles politiques, sans portraits de prisonniers. « Aucun slogan partisan », ont répété les organisateurs, qui exigent des messages strictement nationalistes et patriotiques. Et dans la foule, cette consigne est respectée au mot près. Ce sont les voix, les rythmes et les pas qui parlent – pas les couleurs des partis.


Lafayette, premier arrêt : Gabès au cœur de Tunis

Le cortège avance par vagues, dans un mélange de gravité et de détermination. En atteignant le quartier de Lafayette, les manifestants s’arrêtent devant le siège du Groupe chimique. Là, les slogans changent, montent d’un cran : solidarité avec Gabès, soutien face à la catastrophe écologique qui s’y déroule, dénonciation des nuisances industrielles et d’années de dégradation environnementale.
Dans la foule, un slogan revient avec force : l’appel au démantèlement des unités polluantes. Les bras se lèvent, les voix se synchronisent, et pendant quelques minutes, la capitale appartient à ceux qui refusent qu’on sacrifie une région entière.


Devant le SNJT, une halte pour les journalistes

Quelques rues plus loin, nouvelle pause devant le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT). Ceux présents lèvent leurs téléphones, enregistrent les chants, transmettent des images, comme une boucle de solidarité qui tourne à plein régime. Les slogans de soutien aux journalistes fusent. Ici, les cris portent contre l’injustice, mais aussi pour la liberté de la presse, devenue un réflexe de survie plus qu’un principe abstrait.


Une unité rare, visible à chaque coin de rue

Au fil de la marche, une scène se répète : des inconnus se saluent, se reconnaissent, se hèlent. « On n’est pas d’accord sur tout, mais on marche ensemble », dit l’un. Et c’est exactement ce que soulignent les organisateurs depuis le début : toutes les mouvances politiques, tous les partis sont présents.
Le journaliste Mehdi Jelassi et Saeb Souab, fils d’Ahmed Souab, parcourent la foule, appellent à l’unité, rappellent les injustices accumulées, les arrestations, les procès interminables, les détentions jugées arbitraires. Ils martèlent la nécessité de faire front commun pour défendre des droits qui s’effritent jour après jour.


Les slogans : un pays en miroir

Au milieu du cortège, un groupe de jeunes scande :
— « Libertés, l’État policier c’est fini ! »
Un autre répond :
— « Le capital au-dessus, le travailleur en bas ! »
Puis la foule entière reprend :
— « Il est beau le pays, injustice, mépris et autoritarisme ! »
À chaque coin de rue, des voix dénoncent un « pays devenu une immense prison », d’autres interpellent : « Un président qui ne maîtrise que l’injustice et les menaces, où en est votre processus du peuple et de ce qu’il veut ? »
On lit aussi : « Toi, peuple opprimé, appauvri et affamé ».
Et puis, il y a cette phrase, scandée comme un présage : « L’hiver arrive ». Une métaphore, un avertissement collectif, un diagnostic politique glacial lancé à travers les rues de Tunis.


Un mouvement jeune, massif et discipliné

La présence policière est décrite comme normale. Les forces de l’ordre observent, sans tension apparente. Les manifestants, eux, avancent en chantant l’hymne national. Les voix tremblent parfois, mais la cohésion est palpable. Beaucoup de jeunes sont là, parfois pour leur première manifestation. Ils filment, chantent, échangent, et certains murmurent qu’ils n’avaient jamais vu autant de monde marcher ensemble sans bannière, sans rivalités.

Un moment suspendu, un appel à un pays plus juste

Dans ce contexte où la justice est décrite comme « totalement aux ordres », les manifestants rappellent que des dizaines de personnalités politiques, médiatiques et économiques sont en prison depuis des années, pour des motifs que leurs proches, leur défense, qualifient de fallacieux.


Ce constat plane sur la marche comme une ombre tenace

Mais ce samedi, pour quelques heures, la rue appartient à ceux qui refusent de s’y résigner. Et la capitale vibre de cet élan commun : un pays qui réclame de respirer, de débattre, de choisir, de vivre dans un État de droit.

Raouf Ben Hédi

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6 commentaires

  1. Fares

    22 novembre 2025 | 21h26

    Le contraste est flagrant entre le civisme des manifestants d’aujourd’hui et de toutes les autres manifestations d’ailleurs et les discours haineux, les arrestations et condamnations sauvages et le sourire revanchard de la sinistre de la répression. Les forces du mal ont la vie courte. BASTA.

    • zaghouan2040

      23 novembre 2025 | 11h54

      A vérifier
      Le pays est cadenassé
      L’écoute téléphonique est systématique les réseaux sociaux surveillés 24h sur 24 les indics sont dispersés partout par milliers
      Meme les comptes bancaires sont épluchés dans l’illégalité la plus totale
      La population est littéralement prise en.otage
      Pareille dictature policière arrange les intérêts européens
      Le régime estime donc perdurer pour les 15 a 20 prochaines années meme les futures élections présidentielles sont d’ores et déjà truquées
      Sauf mécontentement des US cette dictature ne sera pas renversée a court et moyen termes

      • Fares

        23 novembre 2025 | 13h21

        Est-ce qu’il y a des éléments qui permettent de renforcer la thèse de cette surveillance policière? Ça ne m’ étonnerait pas que certains sécuritaires essaient de protéger la poule aux oeufs d’or en la personne de KS. Je parie qu’ils ne sont jamais aussi bien régalés.

        Aussi et avec la fin de l’islamisme, j’aimerais comprendre pourquoi les pays européens seraient pour un État répressif ? Pour freiner l’immigration clandestine ou pour pousser l’élite à quitter le pays et s’installer en Europe ?

        Si par miracle ce régime arrive à se maintenir pendant encore 15 à 20 ans, ça ne sera pas avec KS. La pression de la rue est à son paroxysme et KS finira par craquer bien avant 2029 si nous incluons son état de santé dans l’équation.

        • zaghouan2040

          23 novembre 2025 | 14h11

          Je ne sais pas si tu résides en Tunisie
          Tu sais probablement qu’à la faveur de dons de la Banque Mondiale destinés initialement a tout autre chose la Tunisie a acquis un dispositif hautement sophistiqué d’écoute et de suivi de milliers d’individus a la fois
          Ce dispositif semble être analogue a celui proposé par Israël
          Ce qui est absolument certain c’est la résurgence d’une véritable police politique dédiée aux basses oeuvres comme au temps de benali
          Autre indice fort la réaffectation a grande échelle des anciens indics du système benaliste dont nombre d’eux sont des malfrats purs et simples

          • TOUAGUINE MED B. ALI

            24 novembre 2025 | 11h17

            Comment ça se passe et jusqu’à présent notre haute bienveillance Kais Sayed n’a pas encore ingéré dans le jeux peut être le manque de conseiller était la cause chaque pays pourra entrer dans cette situation mais ce qui est essentiel de trouver des solutions en envisageant le motif réel .La libération de toutes les prisonniers politiques est inévitable car les prisons sont uniquement réservés à des hommes politiques que jugent ceux qui sont entrain de suivre de près la situation en Tunisie probablement ils vont accuser notre Président qu’il est entrain de prévenir pour assurer sa continuation dans le pouvoir à vie ceux qui sont en prison dont toutes les conditions se réunient pour assumer le rôle d’un président. Je suis certain que le président actuel qu’il n’est pas au courant de ses probabilités ni d’une vision lointaine qui pensent les autres peut être il n’a jamais fait des cours du Tahramyette des politiciens comme un président voisin qui avait sauvé son pays d’un dérive certain planifié par un état à cause de l’intervention en 1967 et la création de l’état de phalestien en 1987 dont ses conséquences l’élimination physiquement d’un président dans un climat sombre et la déstabilisation de cette pays en créant une guerre civile qui a durée dix ans sans interruption grâce à bon Dieu et celui qui a fait des cours de Tahramyette des politiciens et surtout sur le caractère Juif ( Oujda ) la situation sécuritaire a été rétablie dans un court délai . Mois personnellement je ne suis pas à l’aise d’avoir un pays comme la Tunisie instable plein de fitna et surtout chez un peuple bien éduqué qui invente son existence avec de peu de ressources ,un histoire bien apprécié Bourguiba, Ben Ali Z.E le Souwahli qui a été accusé du dictateur mais ce n’est pas vrai Un l’opposant Tawfik Ben Brik Zoghlamy activité en opposition sans crainte mais ce le contraire qui se passe pour l’instant il a cesser de donner sans avis par peur mais il est très respecté par une majorité d’El Kef où il passe son temps attablé dans les belles cafés ou l’accueil des touristes de toute les coins du monde traités avec courtoisie.

    • TOUAGUINE MED B. ALI

      23 novembre 2025 | 18h35

      C est le moment où jamais que notre bienveillance le président devra s’ingérer et faire la diagnostic pour arriver au motif d’éclatement de ces manifestations spontanées dont ceux auteurs sont les jeunes Notre président peut être il ne save pas qu’il y a des exceptions à la règle où son intervention est très utile pour établir un ordonnance efficace pour calmer ces manifestations avant qu’il atteint la totalité du pays même s’il faudra entrer dans une réconciliation conjointement avec les hommes sages la libération des prisonniers politiques pourra stabiliser le pays et ouvrir une page nouvelle et c’est dans l’intérêt du président sans doute .