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Il a suffi de trente six petites secondes

Par Sofiene Ben Hamida         

Il a suffi de 36 petites secondes ! Trente six petites secondes pour convaincre, même les plus récalcitrants, que le pays est entrain de changer. Ces trente six petites secondes, ce n’était pas la durée qu’a prise la diffusion par la chaine publique, ce samedi 22 novembre 2025, au milieu du journal télévisé de 20 heures, d’un reportage sur la marche organisée par les différentes composantes de la société civile. C’était la preuve que la boussole du pays commence à retrouver son nord.

Il faudrait imaginer le courage et la détermination des journalistes de la chaine publique pour convaincre et imposer la couverture de la marche et la diffusion du reportage. Trop longtemps terrassés par les directives, les consignes, les interdits et la liste noire qui n’a cessé de s’allonger ces derniers temps, les journalistes dans les rédactions ont fini par se muer en simples scribouillards, ce qui augmentait leur frustration et attisait leur colère. Ils ont exprimé cette colère d’ailleurs, la veille de la marche, en allant la crier, à l’appel de leur syndicat, jusqu’à sous les fenêtres de la cheffe du gouvernement qui assume à merveille sa fonction : rester inerte en l’absence de sommation de son président de la république.

Des unes enduites de chloroforme

Mais il semble qu’il faudrait beaucoup plus que des milliers de jeunes et de moins jeunes qui sortent dans la rue, bravant leurs craintes, le froid de canard et la pluie, pour que la presse écrite locale prenne la mesure de l’événement. Toutes le unes des journaux tunisiens sont parues ce dimanche enduites de chloroforme. Les responsables des rédactions de ces journaux ont totalement zappé la marche de la société civile. Normalement, ils devraient être secoués par les remords d’avoir raté l’occasion d’être crédibles en suivant les fils des agences de presse étrangères et même celui de l’agence officielle Tap. Ils auraient probablement eu honte en regardant le reportage diffusé par la chaine nationale, même si cette honte n’aurait duré que trente six petites secondes.

De l’autre côté, il a n’a fallu que quelques petites heures dans l’après-midi  d’un samedi pluvieux pour convaincre que le pays vit comme plus que jamais, que sa quête de liberté est intacte comme toujours, depuis la Kahena et même avant, et que sa voix contre l’injustice et l’arbitraire reste aussi stridente que quand elle s’élevait contre la dictature ou la colonisation. En quelques petites heures seulement, des milliers de Tunisiens se sont rassemblés à la Place des Droits de l’Homme, à l’appel du comité de défense du désormais leader Ahmed Souab. Ils étaient en majorité des jeunes, soutenus par des moins jeunes que la grisaille du ciel et de leurs chevelures n’a pas érodé leur engagement pour la démocratie et les droits publics et individuels.

En quelques petites heures seulement, dans la désinvolture et la fraicheur qui caractérisent leur âge, ces jeunes ont changé quelques codes et conventions et s’apprêtent à changer des attitudes sclérosées qu’on croyait éternelles. D’ailleurs, l’un des enseignements de cette marche qui n’a duré que quelques petites heures a été le passage de témoin, sans cérémonie ni chichi, entre les générations. Désormais c’est aux jeunes de guider la marche du pays sur la longue voie vers la liberté.

Le noir, couleur de la colère

Tout semble indiquer que cette passation ne fait pas douter ces jeunes qui, en quelques heures seulement, ont commencé à bousculer l’ordre ancien. Ils ont commencé à bousculer les codes. Désormais, le noir dans lequel se sont drapés les participants à la marche, n’est plus la couleur du fascisme mais celle de la colère, de l’espoir et de la révolte contre l’injustice. Le parcours « historique » de la marche a été modifié et détourné de l’avenue Bourguiba vers place Pasteur. Les centaines de policiers qui se sont amassés tout au long du parcours historique supposé sont restés hors-jeu. Enfin, sans trop communiquer là dessus, ils ont ouvert la marche à la participation de toutes les composantes politiques du pays. Depuis très longtemps, on n’a as vu des islamistes, des destouriens des unionistes arabes et des groupes de la gauche se côtoyer dans un même lieu, marcher dans la même direction et scander les mêmes slogans. Mais là,  ce n’est qu’un premier pas vers le remodelage du paysage politique. Il faudrait attendre que les choses murissent plus et  éviter de crier trop vite victoire.

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2 commentaires

  1. zaghouan2040

    24 novembre 2025 | 8h59

    Je tiens a saluer l’immense courage et la détermination de Mr Sofien BEN HALIMA
    Peu de Tunisiens connaissent le combat qu’il mène
    Cela ne rend que plus admirable son engagement éthique intellectuel et politique au sens noble du terme
    Pour revenir à la situation actuelle elle me semble cadenassée du fait de la férocité de cette dictature policière qui a déployé des efforts et des ressources énormes y compris financières pour mettre un place un système de surveillance et de flicage digne de la Corée du Nord
    C’est un régime a la fois cynique vicieux sordide mais aussi profondément lâche et indigne qui n’a pas hésité a faire reactiver la basse police benaliste quitte carrément à en perdre le contrôle au moins partiel et la traçabilité de ses besognes imondes
    Voilà pourquoi je suis personnellement pessimiste quant aux possibilités d’eclaircies

  2. tda

    24 novembre 2025 | 5h19

    La presse écrite qui par la voix du syndicat des journalistes crie au et fort à son independance prouvent une fois de plus qu’elle est à la solde du pouvoir. Une honte