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L’économie tunisienne progresse-t-elle ? : l’analyse de Mohamed Nekhili

Par Imen Nouira

Le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, a affirmé, vendredi 21 novembre 2025, que la situation économique de la Tunisie est « bonne comparée à de nombreuses autres années » et que la trajectoire générale reste positive, démentant l’idée d’une « plus grave crise économique ». Il a souligné une amélioration relative en 2025, avec un PIB en croissance de 2,4 % au troisième trimestre, un déficit courant contenu, des réserves en devises couvrant 105 jours d’importation et une inflation en baisse. La note souveraine du pays a également été relevée, reflétant une perception plus favorable des agences internationales.

Lundi 24 novembre 2025, l’enseignant universitaire en droit bancaire Mohamed Nekhili a commenté ces déclarations lors d’une interview téléphonique accordée à Nabila Abid dans l’émission Yaoum Saïd sur Radio Nationale, détaillant un ensemble d’indicateurs qu’il juge révélateurs d’une amélioration tangible de la situation économique tunisienne.

Réserves en devises, inflation, notation souveraine et croissance : un faisceau d’indicateurs que Nekhili juge positifs

En ouverture de son intervention, Mohamed Nekhili a rappelé que les neuf premiers mois de 2025 ont été marqués par une reprise de plusieurs secteurs déterminants, notamment l’agriculture, le tourisme et les industries mécaniques. Ces performances, explique-t-il, ont eu un impact direct sur les équilibres financiers de l’État.

Il souligne que les réserves en devises ont atteint, au 20 novembre 2025, l’équivalent de 105 jours d’importation, un niveau qu’il décrit comme « très positif », nettement supérieur à celui des années récentes où les réserves étaient sous pression.

Pour lui, cette progression constitue l’un des signaux les plus visibles de stabilisation : « Comparé aux années précédentes, nous sommes aujourd’hui sur un niveau bien plus confortable. C’est un indicateur de consolidation financière. »

Autre élément mis en avant : la baisse continue de l’inflation, descendue à 4,9 %, un niveau inédit depuis plusieurs années.

Selon l’universitaire : « Nous observons clairement une décélération du rythme de hausse des prix, ce qui améliore le climat économique général. »

Il estime que ce ralentissement a un impact direct sur la confiance des ménages et sur la capacité de l’économie à retrouver un rythme de croissance plus stable.

L’enseignant met également en avant l’évolution de la notation souveraine de la Tunisie, rappelant que Moody’s a relevé la note du pays de Caa3 à Caa2 avec des perspectives stables.

« Les chiffres parlent d’eux-mêmes », souligne-t-il, ajoutant que ce relèvement reconnaît la capacité du pays à honorer ses engagements financiers, malgré le contexte international difficile et les réticences habituelles des agences envers Tunis.

Interrogé sur la stratégie de financement de l’État, Mohamed Nekhili affirme que la Tunisie a su maintenir une discipline dans la gestion de sa dette.

Selon lui, le pays a réussi à équilibrer le recours à l’endettement interne et externe, tout en respectant ses échéances : « Cette régularité renforce la crédibilité du pays auprès de ses partenaires. »

Perspectives : une saison agricole prometteuse et un appel à renforcer l’investissement

En se projetant vers les prochains mois, l’universitaire se montre prudent mais optimiste. Il évoque notamment les signaux positifs d’une saison agricole annoncée comme « très bonne », susceptible d’améliorer davantage les performances macroéconomiques.

Pour autant, il insiste sur l’importance des réformes structurelles :

  • simplification des procédures administratives et juridiques ;
  • amélioration du climat des affaires ;
  • encouragement de l’initiative privée ;
  • modernisation du cadre d’investissement.

Selon lui, la Tunisie ne pourra consolider ses acquis sans un effort significatif pour attirer davantage de capitaux : « Si nous renforçons notre attractivité tout en consolidant les équilibres actuels, les perspectives peuvent être réellement positives. »

Critiques et réserves sur la fiabilité de certains indicateurs

Malgré le tableau positif dressé par Mohamed Nekhili, plusieurs économistes appellent à nuancer la lecture gouvernementale.

Certains experts remettent en question la fiabilité de plusieurs indicateurs, estimant que les méthodologies utilisées ne sont plus conformes aux standards actuels.

L’exemple le plus cité concerne le panier de consommation utilisé pour le calcul de l’inflation, qui n’a pas été révisé depuis 2015 alors qu’il devait l’être tous les cinq ans. Selon eux, un panier obsolète fausse le véritable taux d’inflation.

D’autres critiques évoquent des lenteurs au sein de la Banque centrale de Tunisie dans le traitement et le déblocage de fonds provenant de l’étranger. Certains y voient une stratégie visant à maintenir artificiellement un niveau élevé de réserves en devises afin d’afficher une stabilité plus flatteuse que la réalité.

Pour ces économistes, ces éléments invitent à interpréter les indicateurs mis en avant avec prudence et à exiger une plus grande transparence dans la production des statistiques économiques, afin de garantir une lecture fidèle de la situation réelle.

I.N.

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