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Il y a dix ans, l’attentat contre le bus présidentiel : mémoire d’un 24 novembre tragique

Par Myriam Ben Zineb

Il y a dix ans, le 24 novembre 2015, la Tunisie basculait dans l’une des attaques les plus traumatisantes de son histoire récente. En plein cœur de la capitale, sur l’avenue Mohamed V, un kamikaze se faisait exploser à bord d’un bus de la Garde présidentielle, décimant une unité encore en tenue civile et sur le point de rejoindre le Palais de Carthage. Douze agents avaient perdu la vie. Le choc avait été immédiat, immense, national.

Un bus visé au cœur de Tunis

Ce mardi-là, en fin d’après-midi, alors que les bureaux se vidaient, un individu est monté à bord du bus réservé au personnel de la Sécurité présidentielle et a déclenché sa charge explosive. Le lieu choisi était l’un des plus sensibles de la capitale, sur la contre-allée de l’avenue Mohamed V, bordée par la Banque centrale et plusieurs grands établissements financiers, par l’ancien siège du RCD dissous, par le ministère du Tourisme, l’ONTT, le Palais des congrès et le chantier encore figé de la future Cité de la culture.

Depuis des années, les bus blancs utilisés par la Garde présidentielle y stationnaient deux fois par jour pour acheminer les agents en direction de Carthage. Non armés, en tenue civile, ils montaient dans des véhicules sans marquage distinctif. Ce jour-là, la routine avait été brisée par une explosion d’une rare violence. L’attaque visait à la fois un symbole de l’État et un espace emblématique de la capitale.

Un bilan humain lourd et un pays en deuil

Les victimes appartenaient toutes à la Garde présidentielle. Leurs noms restent gravés dans la mémoire collective.

• Mohamed Hajri (capitaine)

• Jamel Abdejlil (capitaine)

• Mohamed Hédi Tahri (lieutenant)

• Néjib Saâdouni (sous-lieutenant)

• Mohamed Salah Zouaoui (sous-lieutenant)

• Tarek Boussenna (sous-lieutenant)

• Maher El Kebsi (sous-lieutenant)

• Amor El Amri (sergent-chef)

• Amor Khayati (sergent-chef)

• Mohamed Ali Zaoui (sergent)

• Atef Hamrouni (adjudant-chef)

• Chokri Ben Amara (adjudant)

Une vingtaine de blessés avaient également été recensés, parmi eux plusieurs civils.

Les premières heures, entre confusion et sidération

Les minutes qui avaient suivi l’explosion avaient été marquées par des scènes d’horreur. Les images du bus éventré circulaient déjà sur les réseaux sociaux. Des experts de la police scientifique s’affairaient à l’intérieur de la carcasse tordue sous les regards des témoins encore pétrifiés.

Tout au long de la soirée, les autorités avaient donné plusieurs bilans provisoires. Un treizième corps avait été découvert sans possibilité d’identification immédiate en raison du déchiquetage des doigts. Les enquêteurs avaient alors ordonné des analyses ADN pour déterminer s’il s’agissait d’un civil ou du kamikaze.

Habib Essid, alors chef du gouvernement, s’était rendu aux hôpitaux militaires et civils accompagné du ministre de l’Intérieur Najem Gharsalli et du ministre de la Santé Saïd Aïdi. Une cellule de crise avait été convoquée en urgence avant un conseil des ministres exceptionnel. Quelques heures plus tard, l’ancien président de la République, Béji Caïd Essebsi décrétait l’état d’urgence et annonçait un couvre-feu sur le Grand Tunis. Il avait également décidé de reporter sa visite d’État en Suisse.

À l’international, de nombreuses réactions avaient condamné un acte qualifié de lâche et exprimé leur soutien à la Tunisie.

Le lendemain, les révélations sur l’explosif et la revendication

Le 25 novembre, les premières conclusions techniques étaient rendues publiques. Le ministère de l’Intérieur avait annoncé que l’explosif utilisé était du Semtex. Il s’agissait du même type de produit que celui introduit clandestinement depuis la Libye et saisi l’année précédente. L’attaque avait été menée avec plus de dix kilos d’explosifs militaires transportés dans une ceinture ou un sac à dos.

Dans l’après-midi, l’organisation État islamique avait revendiqué l’attentat et divulgué le nom du kamikaze, présenté comme Abou Abdallah Ettounsi.

Les services de sécurité avaient également durci les dispositifs de protection dans les infrastructures sensibles. À l’aéroport Tunis-Carthage, l’accès au hall avait été limité aux seuls voyageurs et certaines zones avaient été fermées.

Un traumatisme national durable

L’attentat du 24 novembre 2015 avait été pensé pour semer la peur en attaquant un corps de prestige, épargné jusque-là par la violence terroriste. Le choix du lieu et de l’heure visait à provoquer un choc maximal, au moment où des milliers de Tunisois se trouvaient encore dans le centre-ville.

Cette attaque s’inscrivait dans une année particulièrement éprouvante pour le pays, marquée par les attentats du Bardo et de Sousse. Mais frapper un bus de la Garde présidentielle au cœur de Tunis avait constitué une rupture profonde dans la perception de la menace.

Dix ans ont passé, mais le souvenir de cette journée continue de traverser la conscience nationale. Sur l’avenue Mohamed V comme dans les esprits, le 24 novembre 2015 demeure une date gravée, une blessure qui a forgé une mémoire collective.

M.B.Z

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Commentaire

  1. HatemC

    Répondre
    24 novembre 2025 | 19h59

    Bien que l’attaque ait été revendiquée par l’État islamique sous le nom de Abou Abdallah al-Tounissi, les enquêtes tunisiennes et les analyses ultérieures ont identifié le kamikaze comme Houssem Abdelli.

    Il venait d’un quartier modeste : ses voisins ont déclaré qu’il avait travaillé comme vendeur ambulant (vêtements) dans la région d’Ettadhamen.

    Il a, selon les témoignages, changé beaucoup au fil des années : il est devenu plus isolé, passant beaucoup de temps à la mosquée, et s’éloignant de ses anciennes fréquentations.
    Ses voisins ont affirmé qu’il consommait de l’ALCOOL et fumait du HASCHICH : ce qui montre un passé plus « conventionnel » ou du moins pas complètement « religieux pur » au départ.

    Le profil du kamikaze du 24 novembre 2015 (Houssem Abdelli / « Abou Abdallah Ettounsi ») montre un parcours typique mais sérieux de radicalisation : jeune, économiquement vulnérable, isolé, idéologiquement influencé, instrumentalisé par l’EI.

    C’est un exemple frappant de comment des individus ordinaires, pas nécessairement « extrémistes radicaux » depuis toujours, peuvent basculer dans le terrorisme violent quand l’idéologie, la précarité et la manipulation se rejoignent.

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