La COP30 a fermé ses portes dans une atmosphère mêlée d’exigence morale et de désillusion pratique. Tenue au cœur de l’Amazonie, cette trentième conférence des Parties devait être la COP de la mise en œuvre, celle où l’on traduirait enfin l’urgence scientifique en décisions tangibles et en financements à la hauteur des besoins.
Le paquet politique final, baptisé « Mutirão Global » par la présidence brésilienne, affiche sur le papier des ambitions claires : réaffirmer l’objectif de 1,5 °C, viser une réduction globale des émissions de 43 % d’ici 2030 et 60 % d’ici 2035 pour atteindre la neutralité carbone en 2050. La portée réelle de ces engagements dépendra cependant de ce que les États transformeront en contributions nationales améliorées d’ici la COP31.
Sur le plan symbolique, Belém a remis la transition juste, la protection des forêts et la place des peuples autochtones au centre de la gouvernance climatique. Sur le plan opérationnel, de nombreux dossiers décisifs ont été reportés, laissant un goût d’inachevé chez les pays les plus vulnérables.

Pertes et dommages : des progrès institutionnels mais des financements insuffisants
La gestion des pertes et dommages a constitué l’un des rares points de progrès institutionnel incontestable. La troisième revue du Mécanisme international de Varsovie (WIM) a été finalisée. La décision renforce les fonctions de connaissance, de coordination et d’action du WIM, mandate la production régulière d’un rapport d’état sur les pertes et dommages et prévoit le renforcement du groupe d’experts chargé d’assister les pays en difficulté.
L’adoption d’orientations pour améliorer la collecte de données et la coordination entre le WIM, le Santiago Network et le Fonds pour les Réponses aux Pertes et Dommages est une avancée technique utile. Mais la réalité financière demeure alarmante : les besoins estimés pour faire face aux pertes et dommages se chiffrent en centaines de milliards par an, tandis que les promesses effectives au fonds restent dérisoires.
Le lancement des Barbados Implementation Modalities, doté d’un premier montant de 250 millions de dollars pour la phase de démarrage, crée une fenêtre d’action pratique pour des projets de 5 à 20 millions USD, mais ces sommes restent une goutte d’eau face aux besoins. Le risque d’épuisement du Fonds sans apports massifs et rapides demeure réel.
Adaptation et finance climatique : promesses volontaristes, mise en œuvre incertaine
Sur l’adaptation, Belém a inscrit l’objectif de tripler les financements, une promesse affichée qui renvoie au cadre plus large du New Collective Quantified Goal et à des échéances qui ont suscité l’inquiétude des délégations les plus exposées.
La tonalité politique est plus volontariste que par le passé : des indicateurs volontaires pour mesurer le progrès en matière de résilience ont été adoptés et un programme de travail sur la finance climatique a été lancé pour améliorer la prévisibilité des flux publics. Mais certains engagements restent conditionnels et échelonnés dans le temps, laissant craindre que l’accélération promise ne soit trop lente face à l’accélération des impacts climatiques.
Énergies fossiles : le compromis reste fragile
Le dossier des énergies fossiles a montré toute la fragilité du compromis international. Plus de quatre-vingts pays ont soutenu des formulations explicites sur la nécessité de réduire l’utilisation des combustibles fossiles, et un nombre comparable de pays s’y est opposé.
Pour sortir de l’impasse, la présidence a proposé des « roadmaps » hors du régime onusien formel : une feuille de route pour un transfert équitable hors des énergies fossiles et une autre pour stopper et inverser la déforestation. Ces roadmaps représentent un signal politique fort, en particulier avec la Déclaration de Belém et les initiatives lancées par plusieurs pays latino-américains, mais elles restent des engagements de principe plutôt que des obligations juridiquement contraignantes.
L’impact réel dépendra du contenu effectif des trajectoires nationales et de la manière dont seront traitées les questions de justice sociale et d’emploi dans les transitions.
Amazonie et gouvernance forestière
La question de la gouvernance forestière et de l’Amazonie a trouvé à Belém une résonance particulière. L’accueil de la COP au cœur de l’Amazonie a permis de placer la protection des forêts tropicales et le rôle des peuples autochtones au centre des débats.
La coalition pour la protection des forêts et la mise en place d’un mécanisme de surveillance renforcé, appuyé par des technologies satellitaires et des fonds dédiés, sont des avancées concrètes. Elles restent cependant fragiles si elles ne sont pas soutenues par des financements durables et par des dispositifs permettant aux communautés locales d’accéder directement aux ressources.

Désinformation climatique : un défi reconnu
Belém a été le théâtre d’une prise de conscience nouvelle : la bataille de la gouvernance climatique se joue désormais aussi sur le terrain de l’information. La diffusion massive de rumeurs, de récits trompeurs et de campagnes coordonnées visant à discréditer certaines solutions ou à semer la méfiance envers la science représente un frein significatif à l’action.
À la COP30, la désinformation climatique est passée d’un thème périphérique à une menace reconnue par les États et par la société civile. Les débats ont souligné que le débat public manipulé peut retarder des décisions, saper l’acceptabilité sociale des politiques de transition et attaquer frontalement les populations les plus vulnérables, en minimisant l’ampleur des pertes et dommages ou en promouvant des « fausses solutions ».
Une réponse multilatérale coordonnée
La réponse annoncée à Belém prend la forme d’une initiative internationale visant à coordonner la détection et la réponse à la désinformation climatique. Cette initiative associe gouvernements, agences onusiennes, ONG, réseaux de fact-checking et plateformes numériques autour d’un observatoire des narratifs malveillants, d’un fonds de soutien aux médias locaux et d’actions de renforcement des capacités pour journalistes et acteurs communautaires.
L’objectif proclamé est double : protéger l’espace public des manipulations et soutenir la capacité des sociétés à comprendre des enjeux techniques complexes, de la comptabilité carbone aux mécanismes financiers internationaux, afin de construire un débat public informé et résilient.
BN Check sur le front de la vérification
Au sein de cet écosystème, les organisations de fact-checking jouent un rôle pivot. BN Check, par exemple, a intensifié son travail pendant la COP30, traquant les rumeurs virales et publiant des vérifications approfondies sur des allégations concernant la conférence. Ces vérifications ont aidé à rétablir des éléments de réalité dans l’espace public francophone et maghrébin, en documentant les écarts entre annonces politiques et engagements financiers effectifs.
En filigrane : la contradiction du régime climatique
La COP30 a mis en lumière une contradiction majeure : la multiplication des instruments institutionnels accélérateurs d’implémentation (programmes technologiques, plans genrés, dialogues sur le commerce et la finance) ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée d’un engagement financier massif, prévisible et conditionné.
Les preuves accumulées à Belém montrent que les structures existent désormais pour agir, mais qu’il manque encore un corpus financier et politique capable d’opérationnaliser les décisions à l’échelle requise.
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Rabeb Aloui












