Mehdi Mahjoub, membre du bureau exécutif de la Chambre syndicale des concessionnaires et constructeurs automobiles, est revenu, jeudi 27 novembre 2025, sur l’initiative législative récemment approuvée par la commission des Finances à l’Assemblée portant sur l’importation de véhicules au tarif d’origine.
Invité de l’émission Sbeh El Ward animée par Hatem Ben Amara sur Jawhara FM, le représentant du secteur a souligné que le volume des ventes sur le marché domestique demeure structurellement insuffisant. Sur la base des données qu’il a présentées, les immatriculations annuelles se situent autour de 80.000 unités, dont 55.000 écoulées par les concessionnaires, incluant la gamme dite « populaire », tandis qu’environ 30.000 véhicules — soit près de 30 % du total — transitent par les circuits parallèles.
M. Mahjoub a affirmé que la mise en œuvre de ce mécanisme serait de nature à répondre aux attentes des ménages, dans un contexte où les prix des véhicules en Tunisie sont fortement renchéris par la fiscalité indirecte. À cet égard, il a rappelé que le taux effectif des droits et taxes atteint 43 % pour un véhicule de gamme moyenne, contre un taux réduit de 7 % pour les modèles « populaires », et peut s’élever jusqu’à 140 % pour les voitures luxueuses.
La commission des Finances a validé, mardi, ce dispositif dérogatoire autorisant les citoyens résidant en Tunisie — et ce, à titre non renouvelable — à importer un véhicule ou à en acquérir un localement au tarif d’origine. L’objectif étant d’alléger la pression financière pesant sur les ménages et à améliorer l’accès à la mobilité individuelle, dans un cadre strictement régulé.
Selon M. Mahjoub, cette proposition émane initialement des concessionnaires, qui plaidaient depuis plusieurs années pour l’extension aux Tunisiens résidant dans le pays d’avantages similaires à ceux du régime FCR applicable aux Tunisiens de l’étranger. Il a précisé que les concessionnaires avaient proposé que les véhicules exonérés de taxes puissent être commercialisés via leurs réseaux, moyennant une marge bénéficiaire plafonnée par le ministère de tutelle.
Il a, dans ce contexte, mis en exergue les difficultés liées à une importation directe par les bénéficiaires, notamment l’exportation de devises, une opération strictement encadrée et plafonnée en vertu du Code des changes. Ce point, a-t-il insisté, constitue une zone d’incompatibilité juridique potentielle.
Le responsable a également attiré l’attention sur les risques induits par l’importation de véhicules ayant parcouru un kilométrage élevé ou ayant un âge avancé, lesquels nécessiteraient des interventions fréquentes en matière de maintenance et d’entretien. Il a ajouté que le caractère non renouvelable du dispositif limitait son efficacité, estimant qu’un régime analogue au FCR — applicable tous les dix ans — serait davantage pertinent.
Il a par ailleurs rappelé l’existence d’un système de quotas imposé aux concessionnaires, soulignant l’inadéquation d’un tel volume pour répondre à une demande potentielle dépassant largement un million de bénéficiaires.
« Un encadrement plus rigoureux du dispositif s’impose », a-t-il déclaré, déplorant l’absence de concertation préalable entre les autorités législatives et les acteurs du secteur.
Le mécanisme adopté cible les ménages répondant à des critères socio-économiques déterminés, notamment un revenu inférieur ou égal à 18 fois le SMIG pour les couples. Une priorité est accordée aux familles ayant la charge d’une personne en situation de handicap, sous réserve qu’elles n’aient jamais bénéficié d’un régime préférentiel pour un véhicule adapté.
En outre, le texte encadre strictement les spécifications techniques des véhicules autorisés : âge inférieur à dix ans et puissance fiscale limitée à sept chevaux.
Enfin, M. Mahjoub a rappelé que les véhicules anciens sont soumis en Europe à des taxes spécifiques liées à leur circulation et que l’Union européenne cherche, dans une logique environnementale, à accélérer leur retrait du parc. Il a ainsi laissé entendre que l’initiative législative, si elle n’était pas rigoureusement encadrée, pourrait favoriser l’afflux de véhicules obsolètes vers la Tunisie, avec les conséquences techniques et environnementales que cela implique.
N.J












