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Libération conditionnelle pour Sonia Dahmani après un an et demi d’incarcération

Par Myriam Ben Zineb

La ministre de la Justice a signé, jeudi 27 novembre 2025, une décision accordant la libération conditionnelle à l’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani. Selon une source informée citée par l’agence de presse officielle TAP, l’arrêté pris aujourd’hui même autorisait sa remise en liberté immédiate.

Un cumul de condamnations liées à ses prises de parole

Poursuivie notamment pour avoir dénoncé les conditions carcérales ou le racisme en Tunisie, l’avocate cumulait déjà cinquante mois de prison ferme à la suite de précédentes condamnations liées à ses prises de parole publiques, et restait détenue depuis dix-huit mois. Ses défenseurs estimaient que ces procédures visaient à sanctionner sa liberté d’expression et à prolonger sa détention par des renvois successifs.

Une audience du 11 novembre marquée par une scène choquante

La scène de l’entrée de Sonia Dahmani dans la salle d’audience, mardi 11 novembre 2025, avait profondément marqué les présents. L’avocat Sami Ben Ghazi avait dénoncé « une humiliation pour les avocats, une offense faite à la femme et une honte pour tout le pays ». Il expliquait que les conditions dans lesquelles l’avocate était apparue devant le tribunal portaient atteinte à la dignité de tous. Un témoignage de sa sœur, Ramla Dahmani Accent, avait également souligné la détresse de l’avocate incarcérée : « Sonia Dahmani : “Je veux rentrer chez moi.” Pour la première fois, Sonia a pleuré aujourd’hui », écrivait-elle, en précisant que l’audience avait été renvoyée.

La contestation du délai d’une semaine imposé par la Cour d’appel

La défense de Sonia Dahmani avait exprimé, vendredi 21 novembre 2025, son profond étonnement et sa vive protestation lorsque la Cour d’appel de Tunis avait décidé de reporter l’audience dans un nouveau dossier d’une seule semaine, malgré la demande d’un délai raisonnable pour préparer le dossier. Dans une publication sur Facebook, Me Sami Ben Ghazi avait dénoncé une atteinte manifeste au droit de la défense et au principe des délais adéquats pour l’instruction.

Il avait expliqué que le comité de défense avait déposé des dizaines de notifications auprès du parquet et sollicité un report suffisant pour assurer une préparation complète du dossier. Selon lui, les affaires concernant des personnes libres étaient généralement reportées de plusieurs mois, et même celles impliquant une détention, pouvaient être différées de plusieurs semaines. Malgré ces arguments, la Cour avait maintenu un délai d’une semaine seulement, une décision qualifiée par la défense d’« atteinte manifeste au droit de la défense » et de violation du principe des délais raisonnables nécessaires à la coordination de l’équipe et à la préparation du dossier.

Un dossier traité avec une rapidité dénoncée par la défense

Le comité de défense, accompagné de membres de l’Ordre régional des avocats, s’était rendu auprès du président de la Cour d’appel pour exprimer son incompréhension et sa protestation contre ce qu’il avait décrit comme un « abus manifeste ». Selon Sami Ben Ghazi, la célérité avec laquelle le dossier avait été traité ne pouvait s’expliquer que par une intensification des sanctions visant l’avocate. Il avait estimé que le rôle de la défense semblait vidé de sa substance et que « les décisions paraissaient déjà prises ».

Une série de poursuites fondées sur le décret-loi 54

Sonia Dahmani faisait alors l’objet de poursuites dans cinq affaires fondées sur le décret-loi 54 de 2022, un texte fréquemment critiqué comme un instrument répressif portant atteinte à la liberté d’expression. En première instance, elle avait été condamnée dans l’une de ces affaires à deux ans de prison ferme, peine réduite à un an et six mois par la Cour d’appel de Tunis. Parallèlement, la chambre d’accusation avait confirmé la qualification criminelle des accusations portées contre elle. La défense avait introduit plusieurs requêtes, dénonçant un acharnement judiciaire et estimant que les procédures en cours portaient atteinte à son droit à un procès équitable.

Des critiques internationales persistantes

Des organisations internationales, dont Amnesty International, avaient vivement critiqué l’arrestation et le traitement judiciaire de l’avocate, les qualifiant de détention arbitraire visant à museler une voix dissidente.

Le Parlement européen est allé plus loin le 26 novembre 2025 en proposant une résolution sur l’état de droit et la situation des droits de l’Homme en Tunisie, qui mentionne explicitement le cas de Sonia Dahmani. La résolution :

  • condamne sa détention arbitraire, le harcèlement judiciaire et ses condamnations multiples ;
  • exige sa libération immédiate et inconditionnelle ainsi que celle de tous les détenus pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression ;
  • dénonce les conditions de détention inhumaines et le manque d’accès aux soins médicaux ;
  • demande l’abrogation du décret-loi 54, utilisé pour poursuivre des opinions critiques, et appelle à la protection de la liberté d’expression et de l’indépendance de la justice ;
  • exprime sa solidarité avec la société civile, les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes indépendants en Tunisie, tout en appelant l’Union européenne à exercer une pression diplomatique coordonnée.
Une reconnaissance internationale lors des Prix du CPJ

Dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 novembre 2025, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) avait remis à New York ses Prix internationaux de la liberté de la presse. Parmi les personnalités distinguées figurait l’avocate et chroniqueuse tunisienne, alors emprisonnée. Le CPJ avait salué une « défenseure audacieuse des droits de l’Homme et des libertés civiles », rappelant que son arrestation en 2024 pour avoir dénoncé le racisme avait attiré une attention internationale. Selon l’organisation, son parcours et son incarcération faisaient d’elle « un symbole de l’espace rétréci accordé à la dissidence ».

Lors de la cérémonie, le CPJ avait réaffirmé poursuivre son plaidoyer pour sa libération.

M.B.Z

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12 commentaires

  1. Citoyen_H

    27 novembre 2025 | 22h40

    EN CETTE HEUREUSE OCCASION, PARAIT-IL

    Tout Hollywood et Tout Broadway, ont allumé, avant terme, toutes les illuminations prévues pour le Thanksgiving !!

    • Fares

      27 novembre 2025 | 23h17

      Quel minable!

    • zaghouan2040

      28 novembre 2025 | 9h26

      Je vous ai connu autrement plus sérieux et cohérent
      A moins que vous avez usurpé l’identifiant

      • Citoyen_H

        28 novembre 2025 | 13h43

        RASSUREZ-VOUS

        personne n’a usurpé mon pseudonyme !

  2. Citoyen_H

    27 novembre 2025 | 21h14

    ENFIN…?

    Je propose qu’on décrète un jour férié en cette occasion, pour les années à venir !

  3. Roberto Di Camerino

    27 novembre 2025 | 14h43

    Un jour tu verras… Le regime derive et quand le skif chavirera, beaucoup de malfrats vont le payer cher.

    • zaghouan2040

      27 novembre 2025 | 17h36

      L’arrestation l’inculpation et la détention arbitraire de Sonia Dahmani est un crime d’Etat
      Mais ne croyez surtout surtout pas que ce régime a été pris de remord
      Il veut simplement contrebalancer de manière anticipée la possibilité de la mort de Jawher Ben MBAREK

  4. Gg

    27 novembre 2025 | 14h40

    Ça y est, elle est donc sortie???

    • Roberto Di Camerino

      27 novembre 2025 | 17h41

      Oui , elle est sortie, et il y à deuil a Carthage. Le requin a perdu le poulpe.

    • A4.A4

      27 novembre 2025 | 18h53

      En fin de compte … Heyla lebled !!!

      • Fares

        27 novembre 2025 | 22h45

        Al hamdollah, mais ne va pas remercier le régime de Saied pour cette libération. Sonia n’aurait jamais dû passer une seule journée en prison. Saied lui a volé deux ans de sa vie. Oui il s’agit d’un crime envers elle comme envers tous les autres prisonniers politiques. La roue va certainement tourner un jour, gardez ça en tête.

  5. HatemC

    27 novembre 2025 | 13h44

    Excellente nouvelle : Sonia Dahmani retrouve enfin la liberté.
    Après 18 mois d’incarcération, la ministre de la Justice — totalement inféodée au régime — a fini par signer sa libération conditionnelle.
    Une décision qui n’a rien d’un geste de justice : c’est un calcul politique, tardif et maladroit.

    Sonia Dahmani, poursuivie sous le tristement célèbre décret 54 pour avoir dénoncé le racisme, la migration instrumentalisée, les dérives judiciaires et les conditions de détention, sort aujourd’hui plus grande, plus forte, plus digne.

    LE POUVOIR, LUI, S’ENFONCE ….. HC